Procès Lassalle : trois expertises psychiatriques contradictoires au cœur des débats à Pau
Le procès pour l'assassinat de la professeure d'espagnol s'est ouvert le 21 avril à la cour d'assises des mineurs de Pau, à huis clos.
Agnès Lassalle, enseignante au lycée Saint-Thomas-d'Aquin de Saint-Jean-de-Luz, avait été tuée d'un coup de couteau par un élève de 16 ans le 22 février 2023. Trois ans plus tard, son meurtrier présumé comparaît devant la cour d'assises des mineurs de Pau. La question de sa responsabilité pénale divise les experts.
Le procès s’est ouvert mardi 21 avril 2026 à Pau, à huis clos. L’accusé, Tom P., avait 16 ans au moment des faits. Il en a aujourd’hui 19. Selon Sud Ouest, il n’a pas versé une larme lors de cette première audience.
Trois expertises, trois conclusions
La question centrale est celle du discernement. Trois psychiatres ont été mandatés, et leurs conclusions divergent radicalement, comme le rappelle France Bleu. La première expertise, réalisée en mai 2023, conclut à une pleine responsabilité pénale. La deuxième, en avril 2024, retient une altération du discernement. La troisième, en novembre 2024, va plus loin : elle évoque une abolition du discernement, invoquant un trouble psychiatrique momentané, des troubles du spectre autistique, un TDAH et des troubles dys.
La défense avait demandé une quatrième expertise. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Pau a rejeté cette demande le 3 juin 2025, selon Sud Ouest, validant le renvoi devant les assises.
Une « petite voix » et un profil atypique
L’accusé est décrit par son entourage comme un élève excellent, anxieux et colérique, sans antécédent d’altercation avec Agnès Lassalle. Il aurait expliqué avoir agi sous l’ordre d’une « petite voix » dans sa tête l’incitant à « faire le mal ».
Les avocats de la partie civile ont relevé, selon Sud Ouest, un « criant manque d’empathie » de l’accusé lors de cette première journée d’audience. Le compagnon d’Agnès Lassalle, Stéphane Voirin, et sa sœur doivent être entendus comme témoins ce mercredi 22 avril.
Un contexte de violence scolaire sous tension
Ce meurtre, survenu en plein cours d’espagnol, s’inscrit dans une série de drames touchant des enseignants en France. Samuel Paty avait été assassiné en 2020, Dominique Bernard en octobre 2023. Selon BFMTV, une dizaine de professeurs ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions depuis quarante ans.
Le dossier a aussi relancé le débat sur les armes en milieu scolaire. Le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a indiqué que plus de 800 armes blanches avaient été saisies lors de 20 500 contrôles aux abords d’établissements en un an, selon Sud Ouest. Un rapport parlementaire de novembre 2024 souligne par ailleurs que le nombre de mineurs mis en cause pour meurtre ou tentative d’homicide a progressé de 136 % entre 2016 et 2023, passant de 108 à 255 cas.
Des sujets comme les interpellations liées à des comportements à risque chez des jeunes ou les signalements tardifs face à des situations alarmantes rappellent la difficulté des institutions à anticiper certaines ruptures. Le cas de Tom P. soulève les mêmes interrogations sur les alertes manquées.
L’audience doit se poursuivre jusqu’au 23 ou 24 avril. Le verdict est attendu vendredi.
Sources
- Sud Ouest : Meurtre d'Agnès Lassalle : « L'accusé n'a pas versé une larme » au premier jour du procès
- France Bleu : Enseignante tuée à Saint-Jean-de-Luz : la question de la responsabilité pénale au cœur du procès
- BFMTV : Comment un élève sans histoire a pu devenir un meurtrier ? Le procès s'est ouvert à Pau
- Sud Ouest : La justice laisse au procès le rude débat sur l'état psychiatrique de l'accusé