Procès Naps : l’ADN du rappeur retrouvé sur le string de la plaignante
Des traces biologiques en grande quantité découvertes lors de l'enquête sur les faits présumés d'octobre 2021
Devant la cour criminelle départementale de Paris, le procès du rappeur marseillais Naps pour viol révèle des éléments troublants. Des traces d'ADN de l'artiste ont été retrouvées en grande quantité sur les sous-vêtements de la plaignante, selon les éléments de l'enquête présentés lors de l'audience. L'artiste de 40 ans, de son vrai nom Nabil Boukhobza, conteste fermement les accusations portées par une jeune femme qui affirme avoir été violée dans son sommeil lors d'une soirée parisienne en octobre 2021.
- L'ADN du rappeur Naps a été retrouvé en grande quantité sur le string de la plaignante, accompagné d'une lésion au niveau de son hymen constatée lors de l'examen médico-légal
- Les faits remontent à octobre 2021 après une soirée dans le club parisien The Key, suivie d'un after dans une chambre d'hôtel près de la gare de Lyon où alcool, cannabis et protoxyde d'azote ont été consommés
- La plaignante affirme avoir été violée dans son sommeil et réveillée par la douleur, tandis que Naps soutient qu'il s'agissait d'un rapport consenti avec des gémissements de plaisir
- L'amie témoin Camille a été vivement bousculée par la défense qui lui a reproché de ne pas avoir réagi immédiatement, passant 22 minutes dans une autre chambre après les faits présumés
- Naps fait face à d'autres accusations : il a été mis en examen en juillet 2024 dans le Var pour viols et agressions sexuelles suite aux plaintes de trois autres jeunes femmes, qu'il conteste également
C’est une pièce à conviction qui pèse lourd dans le dossier. Selon France 3 Régions, l’ADN du rappeur Naps a été retrouvé en grande quantité sur le string de la victime présumée lors des analyses médico-légales. Une découverte qui s’ajoute à la constatation d’une lésion au niveau de l’hymen de la jeune femme, alors âgée de 20 ans au moment des faits. Le procès, ouvert le lundi 16 février 2026 devant la cour criminelle départementale de Paris, oppose deux récits radicalement différents d’une même nuit d’octobre 2021.
Une soirée dans un club parisien qui bascule
Tout commence dans l’ambiance feutrée du club parisien « The Key », situé dans le 9e arrondissement. Emma, prénom modifié pour préserver son anonymat, s’y rend avec deux amies après avoir été invitée par un promoteur. Serveuse dans un restaurant et en arrêt maladie à l’époque, elle confiera plus tard aux enquêteurs qu’elle ne se sentait pas en forme ce soir-là mais s’était « forcée à sortir pour se changer les idées ». Le rappeur Naps s’y trouve également, accompagné de son cousin et manager, d’un garde du corps, ainsi que d’un journaliste sportif et d’un ami de ce dernier. Selon BFM TV, les trois jeunes femmes sont conviées à leur table par l’artiste qu’elles rencontrent pour la première fois.
Vers 04h30 du matin, Nabil Boukhobza propose de prolonger la soirée dans son hôtel proche de la gare de Lyon. Sur le trajet puis dans la chambre, le groupe consomme du cannabis, de l’alcool et du protoxyde d’azote. La chambre est « progressivement quittée par les amis du rappeur » qui se retrouve seul avec les trois jeunes femmes. Ces dernières sont priées de laisser leurs téléphones à l’entrée de la chambre, un détail qui prendra toute son importance dans la suite des événements.
Deux versions irréconciliables d’une même nuit
C’est à partir de ce moment que les récits divergent radicalement. Sans se dévêtir, tous se couchent dans le même lit, épuisés par une nuit de fête. Emma décrit avoir été « dans les vapes », « entre le réveil et le sommeil », « lorsqu’elle sent quelqu’un lui baisser ses sous-vêtements. Elle explique ensuite avoir été réveillée par la » douleur d’une pénétration vaginale et avoir tenté de repousser le rappeur. Lorsqu’elles quittent l’hôtel vers 10 heures, Emma reste mutique. C’est l’une de ses amies qui l’encourage à déposer plainte.
De son côté, Naps livre une version totalement différente lors de son audition. Selon Midi Libre, l’artiste a déclaré à la barre : « Emma s’est assise sur mes genoux plusieurs fois, ça twerkait ». Il décrit des « danses près du corps, un peu collés-serrés » et affirme qu’il y a eu « des rapprochements, on était en cuillère, comme si on le faisait, mais tout habillés ». Le rappeur explique aux enquêteurs qu’il s’agissait d’un rapport sexuel consenti puisque la jeune femme a « émis des gémissements de plaisir ». Il ajoute même : « Le rapport a commencé, ça se passait très bien. Tous les signaux me disaient que c’était cool. »
Les témoignages des amies mis à l’épreuve
L’audience de ce mardi 17 février a été marquée par le témoignage de Camille, l’une des deux amies présentes dans la chambre cette nuit-là. Selon BFM TV, la jeune femme a été vivement bousculée par la défense. Les avocats de Naps, Mes Marceau Perdereau et Orane Quénot, l’ont questionnée de manière insistante sur son absence de réaction si elle avait réellement assisté au viol de son amie.
« J’aimerais comprendre pourquoi vous ne réagissez pas? », insiste Me Orane Quénot, provoquant les larmes de la témoin qui répond : « Je ne suis pas en garde à vue. Je ne pense pas que c’est ça qu’on vient juger aujourd’hui. »
Me Marceau Perdereau pousse plus loin l’interrogatoire en confrontant Camille sur la chronologie de la matinée : « Pourquoi vous restez 22 minutes dans la chambre du cousin alors que votre amie est toujours dans la chambre avec son violeur? » La jeune femme maintient sa version tout en reconnaissant ne pas avoir immédiatement pris conscience de la gravité de la situation. Elle explique avoir été dans le « brouillard » et que c’était « trop gros d’admettre ça » sur le moment. L’avocate générale s’offusque à plusieurs reprises de l’agressivité des questions, dénonçant une forme de mise en accusation des témoins.
L’enjeu de la notion de consentement
Au cœur de ce procès se trouve la question cruciale du consentement. La justice a estimé que la plaignante « était susceptible de ne pas être en état d’exprimer un consentement libre et éclairé » en raison notamment de la consommation d’alcool, de cannabis et de protoxyde d’azote. Cette appréciation juridique s’appuie également sur les preuves matérielles recueillies et les témoignages des deux amies présentes.
Selon Yahoo Actualités, ce type d’affaire illustre les difficultés structurelles de la justice française face aux violences sexuelles. Violaine De Filippis, avocate et cofondatrice du collectif Action Juridique Femmes, rappelle qu’une étude de 2024 de la chercheuse Maëlle Stricot révèle que 94% des plaintes pour viol sont classées sans suite, essentiellement pour manque de preuves. Dans le cas de Naps, l’enquête a été menée jusqu’au bout, permettant de recueillir des éléments matériels et des témoignages concordants.
Un artiste au sommet contesté par plusieurs femmes
Nabil Boukhobza, 40 ans, était au sommet de sa gloire en 2021 lorsque les faits se sont produits. Né en 1986 à Marseille, l’auteur du tube « La kiffance » collabore régulièrement avec des stars du rap francophone comme Ninho, Gims, JuL ou Damso. Selon Le Figaro, le premier jour du procès a été consacré à l’examen de la personnalité de l’accusé, qui répondait de façon laconique aux questions de la cour. L’artiste, qui compte plus de trois millions d’abonnés sur YouTube, avait publié en novembre 2024 un communiqué sur ses réseaux sociaux, depuis supprimé, dans lequel il se disait « tarpin serein » et niait « l’ensemble des accusations ».
Cette affaire n’est pas isolée. Midi Libre révèle que l’artiste a également été mis en examen en juillet 2024 dans le Var pour viols et agressions sexuelles après les plaintes de trois autres jeunes femmes, des accusations qu’il conteste également. Malgré ces poursuites judiciaires, selon Marsactu, Nabil Boukhobza a poursuivi sa carrière avec la bénédiction du milieu musical, local et national, soulevant des questions sur la responsabilité de l’industrie face aux artistes accusés de violences sexuelles.
Le procès devrait se poursuivre dans les prochains jours avec l’audition de la plaignante et des autres témoins. Naps encourt une peine de 15 ans de prison. Au-delà du verdict qui sera rendu, cette affaire pose une fois de plus la question de la culture du consentement et des zones grises qui persistent dans les relations entre hommes et femmes, particulièrement lorsque l’alcool et les drogues entrent en jeu. Comment la justice peut-elle trancher entre deux récits opposés quand les preuves matérielles existent mais que l’interprétation des faits diverge radicalement?
Sources
- France 3 Régions (14 février 2026)
- BFM TV (17 février 2026)
- Le Figaro (17 février 2026)
- Yahoo Actualités (17 février 2026)
- Marsactu (17 février 2026)
- Midi Libre (17 février 2026)