Protection de l’enfance à Montauban : les professionnels à bout de souffle
Les salariés de la SEHOC ont manifesté le 10 mars devant le palais de justice pour dénoncer l'épuisement et le manque de moyens.
À Montauban, les professionnels de la Sauvegarde de l'enfance Haute Occitanie ont battu le pavé le 10 mars 2026. Derrière leur mobilisation, une crise structurelle qui dure : trop d'enfants, trop peu d'agents, des finances associatives à l'agonie.
Devant le palais de justice de Montauban, une centaine de professionnels de la protection de l’enfance se sont rassemblés le 10 mars 2026. L’occasion : une audience liée au dépôt de bilan de la Sauvegarde de l’enfance Haute Occitanie (SEHOC), association fondée en 1956. En décembre 2025, plus de 270 salariés n’avaient pas été payés à quelques jours de Noël, selon La Dépêche du Midi. Les syndicats ont saisi cette date pour alerter sur des conditions de travail qu’ils jugent intenables.
1 150 enfants, 24 agents
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En Tarn-et-Garonne, 1 150 enfants sont actuellement confiés à l’aide sociale à l’enfance (ASE). Parmi eux, 200 sont en attente de placement faute de solutions disponibles. Le tout géré par seulement 24 agents départementaux, d’après Le Petit Journal. Le nombre de placements a doublé en dix ans : de 500 environ à 1 080 mesures sous responsabilité départementale en 2025, selon le rapport d’activité du Conseil départemental de Tarn-et-Garonne.
La pression est constante. Les professionnels décrivent des journées sans fin, des dossiers qui s’accumulent, une impossibilité de suivre correctement chaque enfant. Ce n’est pas la première fois qu’ils le disent.
Une mobilisation qui s’inscrit dans la durée
En février 2025, 31 agents de l’ASE avaient déjà exercé leur droit de retrait et déposé un préavis de grève, selon La Dépêche. Le 13 février de la même année, une manifestation avait perturbé la session plénière du Conseil départemental à Montauban. Les revendications étaient identiques : plus de postes, plus de moyens, moins de risques pour la sécurité des enfants.
Face à cette situation, le Comité départemental de protection de l’enfance a été installé le 16 avril 2025 par le président Michel Weill et le préfet pour coordonner les acteurs locaux, selon le site du département. Son efficacité reste pour l’instant difficile à mesurer.
Une crise nationale qui aggrave le tableau local
Le contexte national ne plaide pas pour une amélioration rapide. Les mesures d’ASE ont progressé de 44 % depuis 1998 : 396 900 en 2023, pour un coût de 9,9 milliards d’euros supportés par les départements, d’après un rapport parlementaire de l’Assemblée nationale. Dans le même temps, les assistantes familiales se font rares : leurs effectifs ont chuté de 7,2 % entre 2017 et 2022, selon l’Actualité sociale hebdomadaire. À ce rythme, il n’en resterait que 15 000 en 2030 contre 40 000 aujourd’hui.
Le budget 2026, qui impose 40 milliards d’économies au niveau national, fait peser une pression supplémentaire sur les subventions aux associations. Selon la Fédération nationale des associations et des salariés des organismes pour l’emploi (FNASFO), certains secteurs pourraient perdre jusqu’à 10 % de leurs emplois.
Prochaine étape : la procédure judiciaire liée au redressement de la SEHOC doit se poursuivre. Les syndicats n’ont pas exclu de nouvelles actions si la situation ne s’améliore pas pour les salariés et les enfants pris en charge.
Sources
- La Dépêche du Midi : Sauvegarde de l'enfance : en marge d'une audience de taille, les syndicats appellent à manifester devant le tribunal
- Le Petit Journal : « Ça craque de partout... », la protection de l'enfance est à bout !
- La Dépêche du Midi : Une manifestation de l'ASE perturbe le début de session du conseil départemental de Tarn-et-Garonne
- Conseil départemental 82 : Rapport d'activité 2024 – Conseil départemental de Tarn-et-Garonne