Puffs interdites en France : pourquoi elles circulent encore

Six mois après la loi du 24 février 2025, les cigarettes électroniques jetables restent facilement accessibles pour les adolescents, entre épiceries complaisantes et livreurs sur Snapchat.

Puffs interdites en France : pourquoi elles circulent encore
Photo : Puffs interdites en France : pourquoi elles circulent encore Illustration Nathalie Rousselin / INFO.FR

La France a interdit les puffs en février 2025. Six mois plus tard, un adolescent sur sept en a déjà consommé et les filières de vente prospèrent.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Interdiction effective depuis le 25 février 2025 : la loi n° 2025-175 a été adoptée à l'unanimité et interdit la vente sous peine de 100 000 € d'amende.
  • 44 % des lycéens ont déjà vapoté selon l'OFDT (2022), et 47 % des consommateurs de puffs déclarent y avoir fait leurs débuts avec la nicotine.
  • 13 établissements en infraction identifiés par la DGCCRF sur 160 contrôlés six mois après l'entrée en vigueur.
  • Des packs semi-rechargeables reproduisent le fonctionnement des puffs tout en échappant à la définition légale.
  • Le marché noir s'organise sur Snapchat, avec des livreurs à domicile ciblant directement les mineurs.

La France a interdit les puffs en février 2025. Six mois plus tard, un adolescent sur sept en a déjà consommé et les filières de vente prospèrent.

À Poitiers, en juillet 2025, un journaliste de France 3 pousse la porte d’une supérette. Moins de dix secondes après être entré, il repère des puffs en rayon. Le produit est interdit depuis cinq mois. La loi existe, les textes sont publiés au Journal officiel, les sanctions peuvent atteindre 100 000 euros d’amende. Mais dans cette boutique, comme dans des dizaines d’autres à travers le pays, rien n’a changé.

LES ENJEUX
Santé publique des jeunes
47 % des adolescents consommateurs de puffs déclarent avoir commencé leur initiation à la nicotine par ce biais.
Application de la loi
La DGCCRF a contrôlé plus de 160 établissements mais seuls 13 ont été pris en infraction, révélant un maillage de contrôle insuffisant.
Économie souterraine
Des réseaux de revente via Snapchat et des produits semi-rechargeables de contournement se sont développés depuis l'interdiction.
Harmonisation européenne
Après la Belgique et la France, le Royaume-Uni a interdit les puffs au 1er juin 2025, mais l'efficacité dépend partout de l'intensité des contrôles.

Une loi votée à l’unanimité, appliquée en pointillé

La loi n° 2025-175 du 24 février 2025 est pourtant un cas rare de consensus politique. Portée par la députée écologiste Francesca Pasquini, cosignée par 166 parlementaires issus de huit groupes, elle a été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale le 4 décembre 2023, puis définitivement le 4 février 2025. Le texte interdit la détention en vue de vente, la vente, la distribution et l’offre gratuite de tout dispositif de vapotage prérempli, non rechargeable. La France devenait alors le deuxième pays européen, après la Belgique, à bannir ces produits.

100 000 €d’amende , Maximum prévu pour un vendeur de puffs. 200 000 € en cas de récidive.

Six mois après, le constat dressé par l’AFP est sans appel : les puffs restent « facilement accessibles ». La DGCCRF a contrôlé plus de 160 établissements. Seuls 13 étaient encore en infraction. Un chiffre qui, de l’aveu même des associations, ne reflète qu’une fraction du phénomène.

Les adolescents n’ont jamais cessé d’acheter

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Sacha*, 14 ans, décrit sa puff comme un prolongement de sa main : « Je l’ai toujours sur moi. Je me balade partout avec, je ne la lâche presque jamais. » Lisa*, 17 ans, dans le Pas-de-Calais, témoigne : « Parfois, les puffs sont cachées mais pas tout le temps. Tout le monde peut s’en procurer un peu partout. Même en étant mineure, on ne m’a jamais demandé ma carte d’identité. »

Les chiffres de l’OFDT confirment l’ampleur : en 2022, un collégien sur cinq et 44 % des lycéens avaient déjà vapoté. Selon l’Alliance nationale contre le tabac, 81 % des 13-16 ans ont entendu parler de la puff, et 15 % en ont déjà consommé. Le détail le plus préoccupant : 47 % de ces jeunes consommateurs déclarent avoir commencé leur initiation à la nicotine par ce biais. Avec un taux de nicotine pouvant atteindre 20 mg/ml, soit l’équivalent d’un paquet par jour, la dépendance s’installe vite. « Les jeunes pensent que ce n’est pas grand-chose, mais c’est le plus haut taux de nicotine en France », souligne Jérôme*, vendeur dans une boutique de vapotage de Houilles.

Snapchat, le nouveau comptoir des puffs

L’interdiction a déplacé une partie du commerce vers les réseaux sociaux. Sur Snapchat, des livreurs proposent des puffs à domicile. Un étudiant de 22 ans reconnaît gagner jusqu’à 300 euros par mois grâce à ce trafic. Marine*, étudiante à Nanterre, explique la logique : « J’achetais à l’épicerie avant, 15 balles. Lui, c’est 10 euros la puff, et en plus il livre, donc c’est pratique. » Emma, 16 ans, décrit un démarchage actif : « Parfois, ce sont eux qui nous contactent, c’est comme des dealers. »

Dans certaines épiceries, la vente se poursuit sans réelle crainte. Un commerçant de la région parisienne résume : « Ça ne change rien. On en vendait déjà avant, il y a juste plus de risques. On a déjà eu quelques contrôles depuis, mais ils ne sont pas très regardants. » Le prix d’entrée reste dérisoire : 9,90 euros pour une puff de 9 000 bouffées, l’équivalent d’environ 300 cigarettes.

Des produits de contournement déjà en rayon

L’industrie a réagi rapidement. Des dispositifs dits « semi-rechargeables » sont apparus : un pack contenant une batterie et une cartouche clipsable, mais non retirable une fois posée. Le produit fonctionne exactement comme une puff, se jette de la même manière, mais échappe techniquement à la définition légale du « dispositif prérempli non rechargeable ». « C’est tout simplement un contournement de l’interdiction », alerte Amélie Eschenbrenner, responsable communication du Comité national contre le tabagisme (CNCT).

L’interdiction des puffs en Europe en 2025

    L’essentiel

    • 🇧🇪 Belgique , Premier pays européen à interdire les puffs, depuis janvier 2025.
    • 🇫🇷 France , Interdiction en vigueur depuis le 25 février 2025. Application jugée insuffisante par le CNCT. Produits de contournement en circulation.
    • 🇬🇧 Royaume-Uni , Interdiction effective depuis le 1er juin 2025. Part des 18-24 ans utilisant des puffs passée de 52 % à 40 % après l’annonce.

    Le CNCT réclame un changement d’échelle

    Amélie Eschenbrenner pose le diagnostic : « Il faudrait que le gouvernement déploie beaucoup plus de contrôles, assortis de sanctions beaucoup plus dissuasives. » Le CNCT appelle à appliquer pleinement les mesures du programme national de lutte contre le tabac 2023-2027, dont la réduction des arômes et l’emballage neutre pour les e-cigarettes. La cigarette aux couleurs de pastèque, elle, change toujours de mains dans les cours de récréation.

    Cinq ans de puffs en France

    • 2021 , Les puffs apparaissent sur le marché français. Packaging coloré, goûts sucrés, prix cassés.
    • Décembre 2023 , L’Assemblée nationale adopte à l’unanimité la proposition de loi Pasquini.
    • Janvier 2025 , La Belgique devient le premier pays européen à interdire les puffs.
    • 24 février 2025 , La loi n° 2025-175 est promulguée. Interdiction effective en France dès le lendemain.
    • 1er juin 2025 , Le Royaume-Uni rejoint la France et la Belgique.
    • Août 2025 , Six mois après l’interdiction, les ventes persistent via Snapchat et dans certaines épiceries.

Sources

Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.

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