Pyrénées-Orientales : les agriculteurs érigent des remparts verts contre le feu
Après l'incendie de Trévillach, le rôle des ceintures agricoles dans la protection des villages est reconnu mais fragile
À Montalba-le-Château, les vergers entretenus ont stoppé les flammes début juillet. Une illustration concrète du rôle des agriculteurs face aux incendies, alors que les surfaces de coupures de feu ont fondu de 70 % en douze ans.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- L'incendie de Trévillach début juillet 2026 a parcouru 4 900 hectares dans les Pyrénées-Orientales.
- Le village de Montalba-le-Château a été protégé par une ceinture de vergers (amandiers, oliviers) entretenus par les agriculteurs.
- Les surfaces de coupures de feu entretenues sont passées de 1 200 ha en 2014 à 350 ha en 2026 (-70 %).
- La préfecture a lancé le 17 juillet un appel à manifestation d'intérêt pour expérimenter des ceintures de protection.
- 180 exploitations agricoles du département ont été impactées par les incendies de l'été 2026.
Le village de Montalba-le-Château a été épargné par l’incendie de Trévillach début juillet 2026. Les flammes, qui ont parcouru près de 4 900 hectares dans les Pyrénées-Orientales, se sont heurtées à une barrière inattendue : des pâturages entretenus, des amandiers, des oliviers. Une ceinture verte qui a fait office de coupe-feu naturel.
Cette protection n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte du travail quotidien des agriculteurs et éleveurs du secteur, qui entretiennent ces zones depuis des années. Leurs parcelles cultivées forment des coupures de combustible, répertoriées sur l’atlas opérationnel du Service Départemental d’Incendie et de Secours (SDIS).
Un dispositif qui s’effrite
Mais ce rempart vert se fissure. Entre 2014 et 2026, les surfaces de coupures de feu entretenues par les éleveurs sont passées de 1 200 hectares à 350 hectares, soit une chute de 70 %. En cause : la baisse des financements européens, selon un reportage de Franceinfo.
Fabrice Rieu, vigneron roussillonnais, milite pour une réponse structurée. Il propose des ceintures agricoles pare-feu financées à hauteur de 1 500 euros par hectare, impliquant viticulteurs, arboriculteurs et éleveurs. L’enveloppe nécessaire est estimée à 15 millions d’euros par an.
La préfecture lance un appel à expérimentation
Le 17 juillet, la préfecture des Pyrénées-Orientales a publié un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour expérimenter des ceintures de protection contre les incendies. Le dispositif associe le SDIS, la Chambre d’agriculture, l’Association des Maires de France (AMF) et le Conseil Départemental des Forêts (COFOR). L’objectif : tester ces barrières végétales autour de communes exposées.
Les pâturages, vignes et vergers sont marqués comme zones stratégiques sur les cartes opérationnelles des pompiers. Ces espaces agricoles, moins denses en biomasse, ralentissent ou arrêtent la progression du feu. Le Code forestier impose déjà des Obligations Légales de Débroussaillement (OLD) autour des habitations, mais l’entretien par les agriculteurs va au-delà de cette réglementation.
180 exploitations impactées
L’été 2026 a durement frappé le secteur agricole départemental. Selon la Chambre d’agriculture des Pyrénées-Orientales, 180 exploitations ont été touchées par les incendies. Cultures détruites, pâturages brûlés, infrastructures endommagées : le bilan est lourd.
Le préfet a salué la solidarité des agriculteurs aux côtés des secours. Certains ont été réquisitionnés en appui des pompiers, d’autres sont intervenus spontanément. Mais le cadre juridique de ces interventions reste flou, comme l’a souligné un débat au Sénat sur l’indemnisation des agriculteurs mobilisés lors de catastrophes climatiques. Des renforts venus d’autres départements ont également été déployés face à l’ampleur des feux dans le Sud.
Contexte dans les Pyrénées-Orientales
Les Pyrénées-Orientales comptent environ 501 000 habitants. Le département est exposé à un risque incendie élevé en raison de son climat méditerranéen, de sa topographie et de la végétation sèche. La viticulture et l’arboriculture (pêches, abricots, amandes) représentent des pans importants de l’économie locale.
L’incendie de Trévillach, début juillet, a nécessité l’évacuation de milliers de personnes et mobilisé des moyens considérables. Il s’inscrit dans une série de feux qui ont marqué l’été 2026, des Pyrénées-Orientales à la Gironde, où des axes routiers et ferroviaires ont été coupés. Les épisodes de canicule répétés ont aggravé la situation, allant jusqu’à contraindre l’organisation du Tour de France à raccourcir des étapes.
Prochaine étape
L’AMI lancé par la préfecture doit identifier les communes candidates pour expérimenter ces ceintures agricoles. Les résultats de cette phase pilote détermineront l’extension du dispositif à l’échelle départementale. La question du financement pérenne reste posée.