Rachida Dati accuse « Complément d’enquête » d’avoir tenté de payer un proche

La ministre de la Culture affirme que l'émission de France 2 a proposé de rémunérer un membre de sa famille pour obtenir des informations

Rachida Dati accuse « Complément d’enquête » d’avoir tenté de payer un proche
Rachida Dati lors d'un événement officiel au ministère de la Culture Claire Delattre / INFO.FR (img2img)

Dans une nouvelle escalade de tensions avec les médias, Rachida Dati a publiquement accusé l'émission « Complément d'enquête » d'avoir tenté de corrompre un membre de sa famille. Selon la ministre de la Culture, la rédaction de France 2 aurait proposé, via un intermédiaire, de payer un proche en échange d'informations confidentielles sur elle. Ces révélations interviennent dans un contexte déjà explosif entre l'ancienne garde des Sceaux et plusieurs médias qui ont enquêté sur son parcours et ses revenus.

L'essentiel

  • Rachida Dati accuse « Complément d'enquête » d'avoir proposé de payer un membre de sa famille via un intermédiaire pour obtenir des informations sur elle
  • L'émission de France 2 a diffusé le 5 juin 2025 un portrait de 55 minutes de la ministre sans sa participation, malgré de nombreuses relances
  • La ministre a multiplié les confrontations médiatiques, notamment sur le plateau de « C à vous » le 18 juin 2025 face à Patrick Cohen
  • Le ministère de la Culture fait face à des annulations de crédits de 99,9 millions d'euros en autorisations d'engagement et 93,8 millions d'euros en crédits de paiements
  • Ces accusations interviennent dans un contexte politique parisien tendu, marqué par la publication des notes de frais des élus avant les municipales de 2026

Les accusations de Rachida Dati contre l’émission « Complément d’enquête » marquent un nouveau tournant dans les relations houleuses entre la ministre de la Culture et les médias français. « Ils ont proposé, via un tiers, auprès d’un membre de ma famille, de pouvoir le payer s’il fournit des informations sur moi. Je le maintiens », a déclaré la femme politique, sans apporter pour l’instant de preuves documentaires à l’appui de ces allégations graves qui mettent en cause la déontologie journalistique de l’émission de Tristan Waleckx.

Un portrait sans la principale intéressée

Ces accusations interviennent après la diffusion, le 5 juin 2025, d’un portrait de 55 minutes consacré à Rachida Dati par « Complément d’enquête » sur France 2. Selon Le Parisien, l’émission a retracé le parcours de la ministre « sans elle… Ou presque ». Malgré de nombreuses relances, l’ancienne garde des Sceaux n’a jamais répondu aux reporters de l’émission.

Les tentatives de contact sur le terrain se sont révélées particulièrement tendues. À la sortie d’un Conseil de Paris, face au journaliste Louis Milano-Dupont, Rachida Dati a fustigé l’équipe de reportage dans des termes sans équivoque.

« Vous m’emmerdez, vous m’emmerdez… Vous allez réaliser mon portrait ailleurs. Je ne parle pas avec des voyous ! », a lancé la ministre selon Le Parisien.

Sa plus proche collaboratrice n’a pas été plus conciliante lors d’un déplacement en Normandie, demandant aux équipes : « Vous allez nous faire chier toute la journée comme ça ? »

Une stratégie offensive face aux médias

Cette nouvelle accusation s’inscrit dans une série de confrontations médiatiques pour Rachida Dati. Le 18 juin 2025, elle a créé la polémique sur le plateau de « C à vous » en contre-attaquant violemment Patrick Cohen qui l’interrogeait sur les révélations de « Complément d’enquête » concernant une somme de 300.000 euros qu’elle aurait reçue de GDF Suez entre 2010 et 2011.

Selon Closer, la ministre avait alors retourné les questions contre le journaliste, l’interrogeant sur des accusations de harcèlement parues dans Mediapart. « Monsieur Cohen, il y a une enquête Médiapart qui vous a mis en cause pour harcèlement, management toxique. Est-ce que c’est vrai Monsieur Cohen ? », avait-elle lancé dans une séquence qualifiée de « surréaliste » par plusieurs observateurs.

Elle était allée jusqu’à menacer le journaliste : « J’aurai beaucoup de peine pour vos collaborateurs qui ont été harcelés. J’en ai fait une politique pénale la lutte contre le harcèlement. Vous pourriez aussi tomber sous le coup de ce délit. Il suffirait que je fasse un article 40 pour dénoncer suite à cet article de Mediapart, je peux saisir le tribunal. »

Des tensions multiples au ministère de la Culture

Au-delà de ses démêlés médiatiques, Rachida Dati fait face à de vives critiques du milieu culturel. Lors de la cérémonie des Molières en mai 2025, elle a été étrillée par plusieurs artistes sur la question des coupes budgétaires. Le gouvernement a acté des annulations de crédits à hauteur de 3,1 milliards d’euros dans le cadre d’un effort supplémentaire de 5 milliards d’euros pour 2025. Pour la culture, cela s’est traduit par une annulation de 99,9 millions d’euros en autorisations d’engagement et 93,8 millions d’euros en crédits de paiements.

Sur France Inter le 7 mai 2025, la ministre avait dénoncé ce qu’elle qualifiait de « jeu politico-mondain ».

« Ce jeu politico-mondain de vouloir se taper, se payer le ministre de la Culture quelle que soit l’étiquette, c’est un débat contradictoire. Ce sont les mêmes qui donnent des leçons de morale sur l’abaissement du débat public, la lutte contre les fausses informations », avait-elle déclaré au micro de Léa Salamé.

Elle avait notamment ciblé l’acteur Didier Brice qui avait évoqué sur scène « 200 milliards de cadeaux fiscaux aux multinationales et aux plus riches depuis 2017 », le qualifiant de « gars qui fait le malin » et critiquant « l’actrice sur 12 centimètres de talons aux semelles rouges, qui me donne des leçons sur la précarité et les inégalités ».

Un contexte politique parisien tendu

Ces accusations contre « Complément d’enquête » interviennent également dans un climat politique parisien particulièrement électrique. Rachida Dati, maire du VIIe arrondissement de Paris, se trouve en opposition frontale avec Anne Hidalgo, la maire de Paris, dont les notes de frais ont été révélées par Mediapart en septembre 2025.

Entre 2020 et 2024, Anne Hidalgo a dépensé 84.000 euros pour sa garde-robe et 125.000 euros pour ses déplacements à l’étranger. En riposte, la maire de Paris a publié les notes de frais de tous les maires d’arrondissement, dont celles de Rachida Dati. Selon Le HuffPost, ces révélations ont tendu les élus de la Ville de Paris à l’approche du scrutin municipal de 2026.

Des questions déontologiques en suspens

Les accusations de Rachida Dati contre « Complément d’enquête » soulèvent des questions déontologiques majeures. Si elles s’avéraient fondées, elles constitueraient une violation grave des règles journalistiques qui interdisent formellement de rémunérer des sources pour obtenir des informations. À ce stade, ni France 2 ni la rédaction de « Complément d’enquête » n’ont officiellement réagi à ces allégations.

La ministre n’a pas précisé l’identité du « tiers » qui aurait servi d’intermédiaire, ni celle du membre de sa famille qui aurait été approché, ni le montant qui aurait été proposé. L’absence de preuves tangibles rend difficile la vérification de ces accusations, même si Rachida Dati affirme les maintenir avec fermeté.

Cette nouvelle polémique illustre la détérioration continue des rapports entre certains responsables politiques et les médias d’investigation. Dans un contexte où la défiance envers les journalistes progresse dans l’opinion publique, ces accusations risquent d’alimenter davantage les tensions. Reste à savoir si Rachida Dati apportera des éléments concrets pour étayer ses affirmations, ou si « Complément d’enquête » décidera de porter plainte pour diffamation afin de défendre son honneur professionnel.

Sources

  • Le Parisien (6 avril 2025)
  • Closer (19 juin 2025)
  • Le HuffPost (7 mai 2025)
  • Mediapart (28 septembre 2025)
  • Le HuffPost (2 octobre 2025)
Claire Delattre

Claire Delattre

Journaliste spécialisée dans l'analyse politique et les affaires publiques. Formation en sciences politiques et journalisme. Plusieurs années d'expérience en presse écrite et digitale, notamment sur la couverture des institutions françaises et européennes. Rejoint INFO.FR en novembre 2025 pour développer la rubrique politique.