Rafale à l’Ukraine : 615 millions d’euros et la colère du Kremlin

Moscou dénonce l'accord sur 100 avions français tandis que l'Espagne annonce une aide militaire de 615 millions d'euros

Rafale à l’Ukraine : 615 millions d’euros et la colère du Kremlin
Avions Rafale sur tarmac militaire avec drapeaux ukrainien et français en arrière-plan Pierre Monteil / INFO.FR

Mardi 18 novembre 2025, la Russie a vivement réagi à la signature de l'accord historique entre Paris et Kiev. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, accuse la France d'alimenter la guerre après la déclaration d'intention signée lundi pour l'achat de 100 Rafale. Cette offensive diplomatique russe intervient alors que l'Espagne annonce simultanément un nouveau paquet d'aide militaire de 615 millions d'euros à l'Ukraine, marquant une intensification du soutien européen à Kiev.

L'essentiel

  • La Russie accuse officiellement la France d'alimenter la guerre après la signature lundi 17 novembre 2025 d'une déclaration d'intention pour l'achat de 100 avions Rafale par l'Ukraine
  • L'Espagne annonce mardi 18 novembre une aide militaire de 615 millions d'euros à l'Ukraine, dont 300 millions d'équipements de défense à livrer dès décembre 2025
  • Dmitri Peskov affirme que ces livraisons d'armes ne changeront rien à la dynamique du conflit, tout en dénonçant vigoureusement leur principe dans une contradiction rhétorique révélatrice
  • L'Ukraine a confirmé avoir utilisé pour la première fois des missiles ATACMS américains contre des cibles militaires sur le territoire russe, marquant une escalade significative
  • Zelensky se rend en Turquie mercredi 19 novembre pour tenter de raviver les négociations de paix, mais le Kremlin a déjà annoncé qu'aucun émissaire russe ne ferait le déplacement

À 12 heures 15 précises ce mardi, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a franchi un nouveau cap dans la rhétorique russe. Lors de son briefing quotidien, selon Le Monde, il a directement visé Paris après la signature historique de la veille à Villacoublay. La réaction russe ne s’est pas fait attendre : moins de 24 heures après que Volodymyr Zelensky et Emmanuel Macron ont paraphé leur déclaration d’intention sur le tarmac des Yvelines, Moscou dégaine son arsenal verbal.

3 chiffres qui résument tout

Le premier chiffre frappe par son ampleur : 100 avions Rafale. C’est la commande que l’Ukraine envisage d’acquérir auprès de Dassault Aviation sur la décennie à venir. Comme le rapporte L’Opinion, cet accord signé sur le tarmac de Villacoublay constitue le plus important contrat d’exportation du fleuron aéronautique français vers un pays en guerre. Pascal Confavreux, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, a déclaré sur franceinfo que l’objectif est clair : « créer une dissuasion vis-à-vis des Russes pour qu’ils soient dissuadés d’agresser de nouveau l’Ukraine ».

Le deuxième chiffre surgit de Madrid : 615 millions d’euros. C’est le montant annoncé ce mardi par le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez lors de la visite de Zelensky dans la capitale ibérique. Selon TF1 Info, ce nouveau paquet d’aide militaire devrait être mobilisé dès le mois prochain. Sur ces 615 millions, 300 millions d’euros seront consacrés à la livraison de nouveaux équipements de défense dans le cadre de l’accord bilatéral de sécurité de 1 milliard d’euros annuels entre Madrid et Kiev.

Le troisième chiffre révèle l’ampleur du conflit : depuis février 2022, date du déclenchement de l’invasion russe à grande échelle, 35 272 personnes ont été enrôlées de force en Crimée occupée, selon les déclarations de Dmytro Ousov, secrétaire du centre de coordination pour les prisonniers de guerre. D’après TF1 Info, au total, 46 327 citoyens ukrainiens ont été contraints de combattre contre leur propre pays depuis les territoires occupés.

Le pattern invisible

La réaction de Moscou suit un schéma désormais prévisible. Depuis le début du conflit en février 2022, comme le souligne Le Parisien, le Kremlin critique systématiquement les pays de l’OTAN pour leurs livraisons d’armes à l’Ukraine, tout en affirmant que ces équipements sont inefficaces sur le champ de bataille. Cette contradiction rhétorique atteint son paroxysme avec les déclarations de Dmitri Peskov ce mardi.

« Paris ne contribue en aucun cas à la paix, mais alimente au contraire les sentiments militaristes et proguerre », a martelé le porte-parole du Kremlin lors de son briefing quotidien, selon Sud Ouest.

Pourtant, Peskov poursuit avec une affirmation qui contredit sa propre inquiétude : « Peu importe quels avions sont vendus au régime de Kiev, cela ne changera rien à la situation sur le front et cela ne modifiera pas la dynamique du conflit ». Cette double posture révèle la stratégie russe : minimiser publiquement l’impact des livraisons occidentales tout en dénonçant vigoureusement leur principe. Si ces armes sont vraiment inefficaces, pourquoi Moscou y consacre-t-il tant d’énergie diplomatique ?

L’analyse des déclarations russes depuis 2022 montre une escalade progressive du vocabulaire. Après avoir qualifié les livraisons d’armes de « provocations », puis d' »escalade dangereuse », le Kremlin franchit aujourd’hui un cap en accusant directement Paris d' »alimenter » la guerre. Cette sémantique n’est pas anodine : elle vise à inverser les responsabilités, transformant les pays soutenant l’Ukraine en belligérants indirects.

Pourquoi maintenant ?

Le timing de cet accord franco-ukrainien n’est pas fortuit. Alors que l’armée russe continue de gagner du terrain dans le Donbass, comme le confirme L’Opinion, l’Europe cherche à envoyer un signal fort. L’Élysée a d’ailleurs précisé que cette déclaration d’intention « marque notre volonté de soutenir l’armée ukrainienne dans la durée ». Le message est aussi clair que son destinataire : Vladimir Poutine ne doit pas compter sur une fatigue européenne.

La séquence diplomatique de cette semaine illustre cette détermination. Lundi, Zelensky était à Paris pour signer l’accord Rafale. Mardi, il se trouve à Madrid où Pedro Sánchez lui annonce les 615 millions d’euros d’aide supplémentaire. Mercredi, selon L’Express, le président ukrainien doit se rendre en Turquie pour tenter de « raviver » des négociations de paix et reprendre les échanges de prisonniers avec la Russie. Cette tournée européenne express vise à consolider le front occidental avant d’éventuelles discussions.

« Votre combat est le nôtre », a déclaré Pedro Sánchez lors de la conférence de presse conjointe à Madrid, exprimant « le soutien total et indéfectible du gouvernement espagnol » face au « néo-impéralisme de Vladimir Poutine », rapporte Le Monde.

L’accord intervient également dans un contexte militaire particulier. Selon Le Monde, l’armée ukrainienne a confirmé mardi avoir utilisé « avec succès » des missiles tactiques ATACMS fournis par les États-Unis pour « mener une frappe de précision contre des cibles militaires sur le territoire russe ». Cette première utilisation confirmée de missiles américains longue portée contre le sol russe marque une nouvelle étape dans l’intensification du conflit.

Les 48 prochaines heures

La visite de Zelensky en Turquie mercredi s’annonce cruciale. Un responsable ukrainien a confié à l’AFP, selon L’Express, que « l’objectif principal est que les Américains se réengagent » dans les efforts de paix. L’émissaire américain Steve Witkoff est attendu à Istanbul, suggérant une possible médiation turque. Toutefois, le Kremlin a déjà indiqué qu’aucun émissaire russe ne se rendrait en Turquie pendant la visite du président ukrainien, refroidissant les espoirs d’une avancée immédiate.

Sur le plan parlementaire ukrainien, la situation reste tendue. Le parti d’opposition Solidarité européenne de l’ancien président Petro Porochenko a réclamé mardi la démission du gouvernement après les révélations sur une vaste affaire de corruption dans le secteur de l’énergie. Selon Le Monde, les députés de l’opposition ont bloqué l’accès à la tribune, empêchant le vote sur la destitution de la ministre de l’Énergie et du ministre de la Justice. Cette crise politique interne intervient au pire moment, alors que Kiev dépend fortement de l’aide occidentale.

La réaction russe aux frappes ATACMS devrait également se préciser dans les heures qui viennent. L’armée russe a déjà abattu trois drones en direction de Moscou mardi, entraînant l’interruption temporaire du trafic dans les deux plus grands aéroports de la capitale, Sheremetyevo et Vnukovo. Cette escalade militaire pourrait influencer les discussions diplomatiques à venir.

L’impact à 30 jours

L’accord Rafale ne produira pas d’effets immédiats sur le terrain. La livraison de 100 avions de combat s’étalera sur une décennie, et la formation des pilotes ukrainiens nécessitera plusieurs années. Mais son impact symbolique et stratégique est considérable. Il signale aux Russes que l’Europe se prépare à un conflit long, potentiellement jusqu’en 2035. Cette perspective temporelle change radicalement l’équation militaire et diplomatique.

À court terme, l’aide espagnole de 615 millions d’euros annoncée pour décembre aura un effet plus tangible. Les 300 millions d’euros d’équipements de défense prioritaires devraient renforcer les capacités ukrainiennes avant l’hiver, période traditionnellement difficile sur le front. Pedro Sánchez a également annoncé des accords bilatéraux pour lutter contre « la désinformation russe », un front moins visible mais tout aussi crucial.

La question du financement reste centrale. Selon les données mentionnées dans les sources, l’Ukraine aura besoin l’an prochain de plus de 70 milliards d’euros pour financer sa guerre contre Moscou. Les 615 millions espagnols et le 1 milliard d’euros annuel promis par Madrid ne représentent qu’une fraction de ce montant colossal. La pérennité du soutien occidental dépendra autant de la volonté politique que des capacités budgétaires des États européens.

Dans ce contexte, la colère affichée par le Kremlin pourrait paradoxalement servir les intérêts ukrainiens. En dénonçant avec autant de véhémence l’accord Rafale, Moscou reconnaît implicitement son importance stratégique. Cette reconnaissance involontaire pourrait encourager d’autres pays européens à franchir le pas de livraisons d’armements lourds. Le calcul est simple : si la Russie crie si fort, c’est que l’initiative fait mal. Reste à savoir si cette logique prévaudra dans les capitales européennes face aux menaces russes d’escalade. Les 30 prochains jours diront si l’Europe maintient le cap ou si les divisions réapparaissent face à la pression du Kremlin.

Sources

  • Le Monde (18 novembre 2025)
  • Sud Ouest (18 novembre 2025)
  • L'Express (18 novembre 2025)
  • L'Opinion (18 novembre 2025)
  • Le Parisien (18 novembre 2025)
  • TF1 Info (18 novembre 2025)
  • AFP (18 novembre 2025)
Marie Delacroix

Marie Delacroix

Journaliste spécialisée dans les questions environnementales et scientifiques. Formation en journalisme scientifique et développement durable. Expertise reconnue sur les enjeux climatiques, la transition énergétique et la biodiversité. Couvre également l'innovation technologique et la recherche. Membre fondateur d'INFO.FR, elle apporte un éclairage expert sur les défis écologiques contemporains.