Rajoy qualifie les Bleus d’équipe « sans Français » : tollé politique avant France-Espagne
L'ancien Premier ministre espagnol ravive le débat sur la diversité de l'équipe de France à trois jours de la demi-finale du Mondial
Mariano Rajoy, ex-chef du gouvernement espagnol, a déclenché une tempête en affirmant que la France jouait « sans Français ». Pedro Sánchez condamne des propos « xénophobes qui font honte à l'Espagne »
- Mariano Rajoy affirme le 10 juillet que l'équipe de France joue « sans Français », écrivant « un effectif de très haut niveau. Cela dit, sans Français. »
- 23 des 26 joueurs convoqués sont nés en France seuls Olise, Thuram et Samba sont nés à l'étranger.
- Pedro Sánchez condamne des propos « xénophobes qui font honte à l'Espagne ».
- Laurent Nuñez qualifie les propos d'« absolument inacceptables », Fabien Roussel de « racisme dégoûtant ».
- Le Partido Popular, parti de Rajoy, reste silencieux.
Trois jours avant la demi-finale de Coupe du Monde, Mariano Rajoy a publié une tribune incendiaire. Le 10 juillet 2026, dans les colonnes d’El Debate - il écrit: « L’équipe de France a un effectif de très haut niveau. Cela dit, sans Français. »
Les faits contredisent frontalement sa thèse: 23 des 26 joueurs convoqués sont nés en France. Seuls Michael Olise, Marcus Thuram et Brice Samba sont nés à l’étranger. La France, numéro un mondial et double championne du monde - affronte l’Espagne le 14 juillet.
Pedro Sánchez condamne fermement
Selon Le Monde, Pedro Sánchez a condamné ces propos comme « xénophobes » et estimé que Rajoy « avergüenza a España » (fait honte à l’Espagne).
En France, Laurent Nuñez a déclaré sur BFMTV que ces propos étaient « absolument inacceptables ». Fabien Roussel a comparé ces déclarations aux attaques racistes récentes contre Kylian Mbappé et dénoncé un « racisme dégoûtant », rapportent plusieurs médias.


Óscar Puente enfonce le clou
Le ministre des Transports Óscar Puente a qualifié Rajoy de « zoquete postfranquista corrupto » (abruti post-franquiste corrompu) et dénoncé ses propos.
Le Partido Popular, parti de Rajoy, n’a publié aucune condamnation officielle à la date de mise en ligne de cet article. Ce silence est notable alors que la droite espagnole reste divisée sur les questions identitaires, entre une aile dure attachée à une conception ethnique de la nation et une direction modérée qui tente de se démarquer de l’extrême droite.
Un débat récurrent depuis 1998
Le discours de Rajoy n’a rien de neuf. En 1998 - déjà, la victoire française avait déclenché des débats sur la « composition » des Bleus. Vingt-huit ans plus tard, la demi-finale France-Espagne réactive les mêmes schémas. Le choix du timing, trois jours avant le match et en pleine séquence politique tendue sur l’immigration en Espagne, interpelle. Des commentateurs espagnols y voient une tentative de réactiver un électorat conservateur par le biais du sport. Interrogés par INFO.FR, ni Didier Deschamps ni la Fédération française de football n’ont souhaité commenter.
Le modèle français d’intégration par le sport
Les Bleus incarnent un modèle d’intégration par le sport que peu de fédérations européennes peuvent revendiquer. La double couronne mondiale démontre l’efficacité d’une politique de formation qui mise sur le talent, pas sur l’origine. Le système tricolore, avec ses centres d’excellence, recrute sur tout le territoire sans distinction d’origine. Des joueurs comme Kylian Mbappé, Antoine Griezmann ou Ousmane Dembélé illustrent ce creuset où le mérite sportif prime. Les propos de Rajoy révèlent surtout l’impasse idéologique d’une droite européenne qui peine à conceptualiser la nation autrement que par le sang.
Un isolement politique relatif
Si les responsables politiques espagnols et français condamnent massivement, Rajoy bénéficie d’un écho favorable dans certains segments de l’opinion conservatrice espagnole. Le silence de son ancien parti reste assourdissant: aucune condamnation officielle n’a été publiée. Ce non-dit en dit long sur les équilibres internes d’une droite espagnole tiraillée entre modernisation et tentation identitaire. D’un côté, la direction actuelle souhaite se démarquer de l’extrême droite; de l’autre, une partie des cadres historiques continue d’apprécier la ligne dure de Rajoy. La polémique risque de raviver ces tensions à l’approche des prochaines échéances électorales.