RAMF interdite au Bourget : Nuñez invoque le risque terroriste

La préfecture de police de Paris a interdit la 40e Rencontre annuelle des musulmans de France, prévue du 3 au 6 avril. L'association Musulmans de France saisit la justice.

RAMF interdite au Bourget : Nuñez invoque le risque terroriste

La plus grande rencontre musulmane d'Europe est interdite. L'État invoque la menace terroriste. L'organisateur contre-attaque devant le tribunal administratif.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Le préfet de police de Paris a interdit la 40e RAMF, prévue du 3 au 6 avril 2026 au Bourget, invoquant un risque terroriste élevé et des menaces d'ultra-droite.
  • Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez accuse Musulmans de France de liens avec les Frères musulmans et prépare un projet de loi sur le séparatisme.
  • L'association Musulmans de France a saisi le tribunal administratif de Paris en référé-liberté pour contester l'arrêté préfectoral.
  • La RAMF, présentée comme le plus grand rassemblement musulman d'Europe, ne s'était plus tenue depuis 2019.

Le préfet de police de Paris, Patrice Faure, a signé mercredi 1er avril 2026 un arrêté interdisant la tenue de la 40e Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF), qui devait accueillir des dizaines de milliers de visiteurs du 3 au 6 avril au Parc des Expositions de Paris-Le Bourget, en Seine-Saint-Denis. Cette décision, prise à la demande du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, a immédiatement provoqué un recours en justice de l’association organisatrice, Musulmans de France (MF), anciennement Union des organisations islamiques de France (UOIF).

Un arrêté préfectoral fondé sur un faisceau de menaces

L’arrêté préfectoral, dont le contenu a été détaillé par Franceinfo et Le Monde, énumère plusieurs motifs justifiant l’interdiction. Le texte invoque d’abord un contexte international et national tendu, avec un « niveau de menace terroriste élevé » sur le territoire français. Il fait explicitement référence à un attentat déjoué contre la Bank of America à Paris le week-end précédant la décision, considéré comme un signal d’alerte majeur.

La préfecture pointe également un risque terroriste « à l’égard de la communauté musulmane » elle-même, faisant du rassemblement une cible potentielle. L’arrêté mentionne en outre le risque de mobilisation de « groupuscules d’ultra-droite » aux abords de l’événement, ainsi que la possibilité d’actions « téléguidées par des influences étrangères ». La conclusion du document est sans appel : la tenue de la RAMF est jugée « incompatible avec les impératifs de l’ordre public ».

##KEYFACT:40e édition|La RAMF n’avait plus eu lieu depuis 2019, soit sept ans d’interruption avant cette édition anniversaire interdite##

Nuñez accuse Musulmans de France de liens avec les Frères musulmans

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Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez ne s’est pas contenté d’invoquer la menace sécuritaire. Dans un entretien accordé au Parisien le 2 avril, il a affirmé que l’association Musulmans de France était « liée aux Frères musulmans », inscrivant cette interdiction dans une stratégie plus large de lutte contre ce qu’il qualifie de séparatisme et d’entrisme islamiste.

Cette déclaration a donné une dimension politique supplémentaire à l’affaire. Le ministre a par ailleurs annoncé la préparation d’un projet de loi sur le séparatisme, qu’il entend présenter en Conseil des ministres fin avril 2026. L’interdiction de la RAMF apparaît ainsi comme le premier acte visible d’une offensive gouvernementale assumée, dans un contexte marqué par les récentes élections municipales en Île-de-France et les tensions politiques qui en découlent.

Présenté comme « le plus grand rassemblement de musulmans d’Europe » par Le Figaro, l’événement devait attirer des dizaines de milliers de visiteurs sur quatre jours, mêlant conférences, débats, stands commerciaux et activités culturelles. L’association MF, rebaptisée en 2017, conteste fermement toute affiliation organique avec la confrérie des Frères musulmans.

Musulmans de France saisit le tribunal administratif en urgence

La riposte juridique n’a pas tardé. Dès le 2 avril, Makhlouf Mamèche, président de Musulmans de France, a déposé un référé-liberté devant le tribunal administratif de Paris pour contester l’arrêté préfectoral, comme l’a rapporté SaphirNews. « Nous gardons espoir que la justice maintienne le salon », a-t-il déclaré.

Le référé-liberté, procédure d’urgence prévue par le code de justice administrative, impose au juge de statuer dans un délai de 48 heures. L’association devra démontrer que l’interdiction porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale , en l’occurrence, la liberté de réunion et la liberté de culte. De son côté, la préfecture devra prouver que la menace invoquée justifie une mesure aussi radicale qu’une interdiction totale, plutôt qu’un renforcement du dispositif de sécurité.

[ETAT_LIEUX]

    L’essentiel

    • Préfecture de police de Paris : justifie l’interdiction par un faisceau de menaces terroristes, d’ultra-droite et d’influences étrangères, dans un contexte sécuritaire dégradé.
    • Ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez : assume l’interdiction, accuse MF de liens avec les Frères musulmans et annonce un projet de loi sur le séparatisme.
    • Musulmans de France (MF) : conteste l’arrêté en référé-liberté, espère un rétablissement du salon par la justice.
    • Tribunal administratif de Paris : saisi en urgence, doit statuer dans les 48 heures sur la proportionnalité de la mesure.

    Sept ans d’absence et une édition anniversaire avortée

    L’interdiction frappe d’autant plus fort qu’elle concerne une édition symbolique. La RAMF, rendez-vous annuel historique de la communauté musulmane française, ne s’était plus tenue depuis 2019. La pandémie de Covid-19, puis des difficultés organisationnelles et des tensions récurrentes avec les pouvoirs publics avaient empêché sa reprise. Cette 40e édition devait marquer un retour en grande pompe au Parc des Expositions du Bourget, lieu qui accueillait traditionnellement l’événement, selon Ouest-France.

    Pour les fidèles et les exposants qui avaient préparé leur venue de longue date, l’annonce a fait l’effet d’un coup de tonnerre. Des centaines de stands commerciaux, des dizaines de conférenciers invités et une logistique considérable se trouvent brutalement à l’arrêt, à moins de 48 heures de l’ouverture prévue.

    ##INFOGRAPHIE##

    Une bataille juridique aux enjeux constitutionnels

    [CHRONO]

    • Week-end du 28-29 mars 2026 : un attentat est déjoué contre la Bank of America à Paris, renforçant le niveau d’alerte.
    • Mercredi 1er avril 2026 : le préfet de police Patrice Faure signe l’arrêté d’interdiction de la RAMF, à la demande de Laurent Nuñez.
    • Jeudi 2 avril 2026 : Musulmans de France saisit le tribunal administratif de Paris en référé-liberté. Nuñez justifie sa décision dans la presse.
    • Vendredi 3 avril 2026 : date prévue d’ouverture de la RAMF , le juge des référés doit statuer dans les 48 heures suivant la saisine.

L’issue du référé-liberté sera scrutée bien au-delà des cercles juridiques. Si le juge administratif confirme l’interdiction, il validera la possibilité pour l’État d’empêcher un rassemblement religieux de grande ampleur sur la base d’un risque terroriste visant les participants eux-mêmes , un raisonnement juridique inédit à cette échelle. S’il suspend l’arrêté, il rappellera que la liberté de réunion ne peut être restreinte qu’en dernier recours, lorsque aucune mesure de sécurité alternative n’est envisageable.

Comme le souligne La Croix, la décision s’inscrit dans un débat plus large sur l’équilibre entre sécurité nationale et libertés fondamentales, à un moment où le gouvernement affiche sa volonté de durcir son arsenal législatif contre le séparatisme. La RAMF, salon culturel et commercial autant que religieux, est devenue malgré elle le terrain d’un bras de fer entre une fédération musulmane et l’appareil d’État.

Sources

Claire Delattre

Claire Delattre

Journaliste spécialisée dans l'analyse politique et les affaires publiques. Formation en sciences politiques et journalisme. Plusieurs années d'expérience en presse écrite et digitale, notamment sur la couverture des institutions françaises et européennes. Rejoint INFO.FR en novembre 2025 pour développer la rubrique politique.

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