Attentat déjoué à Paris : bombe devant la Bank of America

Un engin explosif artisanal a été neutralisé dans la nuit du 27 au 28 mars devant les locaux de la banque américaine, rue La Boétie. L'auteur présumé dit avoir été payé via Snapchat.

Photo : Attentat déjoué à Paris : bombe devant la Bank of America
Photo : Attentat déjoué à Paris : bombe devant la Bank of America Illustration Nathalie Rousselin / info.fr

Un homme a été interpellé en pleine nuit devant la Bank of America à Paris, prêt à allumer un explosif artisanal. Fait troublant : il affirme avoir été recruté sur Snapchat pour 600 euros. Le parquet antiterroriste a ouvert une enquête.

LES ENJEUX
Terrorisme sous-traité
Un exécutant sans profil connu recruté sur Snapchat pour 600€, un mode opératoire inédit qui échappe aux radars classiques du renseignement.
Commanditaire inconnu
Ni l'identité de celui qui a recruté l'auteur, ni le lien avec une organisation terroriste ne sont établis à ce stade.
Vague anti-américaine en Europe
Oslo, Liège, Rotterdam : depuis les frappes sur l'Iran, les cibles américaines et israéliennes sont visées sur le continent.
Menace sans visage
Les services de renseignement font face à des profils impossibles à anticiper par les fichiers de radicalisation.
L'essentiel - les faits vérifiés
  • Un homme interpellé à 3h25 du matin devant la Bank of America, rue La Boétie à Paris, tentant d'allumer un engin explosif artisanal
  • L'engin était composé d'un bidon de cinq litres de liquide non identifié relié à un pétard de 650 grammes de poudre explosive
  • L'homme déclare avoir été recruté via Snapchat et payé 600 euros pour poser l'engin
  • Le parquet national antiterroriste a ouvert une enquête de flagrance confiée à la PJ et à la DGSI
  • L'affaire s'inscrit dans une série d'attaques anti-américaines et antisémites en Europe liées aux frappes israélo-américaines sur l'Iran

Rue La Boétie, VIIIe arrondissement de Paris. 3h25 du matin. Un homme est accroupi devant la façade du 51, les locaux de la Bank of America Europe. Il tient un briquet. À ses pieds, un bidon transparent de cinq litres rempli d’un liquide que personne n’a encore identifié, relié à un pétard de 650 grammes de poudre explosive. Il essaie d’allumer la mèche.

Des policiers de la BAC sont là. Ils étaient en mission de sécurisation autour de la banque américaine. Ils l’interpellent avant que la flamme ne prenne. Une deuxième personne, qui accompagnait l’homme, prend la fuite. Elle n’a pas été retrouvée.

Sauf que l’homme, placé en garde à vue, lâche une phrase qui change la nature de l’affaire : il déclare avoir été contacté via Snapchat et payé 600 euros pour poser l’engin. Il explique aussi avoir été déposé sur place en voiture, selon Le Parisien.

600 euros, un briquet et zéro conviction

600€
somme déclarée par l'auteur pour poser la bombe
Source : Le Parisien

On ne sait rien de cet homme. Ni son nom, ni sa nationalité, ni son casier. Le parquet national antiterroriste (PNAT) a ouvert dans la nuit du 28 mars une enquête de flagrance, confiée à la direction de la police judiciaire de la préfecture de police et à la DGSI. Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a déclaré sur X : « Bravo à l’intervention rapide d’un équipage de la préfecture de police qui a permis de déjouer une action violente à caractère terroriste cette nuit à Paris. » Contacté, le cabinet du ministre n’a pas donné suite à nos questions complémentaires.

La question se pose désormais clairement : si l’homme dit vrai, le commanditaire a sous-traité un attentat comme on commande une livraison Uber Eats. Si l’homme dit vrai (et c’est un gros « si »), on est face à un schéma nouveau : un commanditaire anonyme, une plateforme de messagerie grand public, un exécutant recruté comme on embauche un livreur, et 600 euros. Le prix d’un aller-retour Paris-Lisbonne en classe éco. Sauf qu’ici, ça achète un type prêt à allumer une bombe en plein Paris.

La nature exacte du liquide dans le bidon de cinq litres n’est pas encore connue. Le laboratoire central de la préfecture de police l’analyse. On ignore aussi si l’engin aurait pu exploser, et avec quels dégâts. Pour donner une idée, l’attentat de Lyon en 2019, où une bombe au TATP avait été posée devant une boulangerie Brioche Dorée dans une rue piétonne, avait blessé une quinzaine de personnes dont une fillette de 10 ans, avec un explosif bien plus puissant.

Oslo, Liège, Rotterdam : la même séquence

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L’attentat déjoué de la rue La Boétie ne tombe pas du ciel. Au fil des dernières semaines, une série d’actions violentes a visé des intérêts américains et des lieux de culte juifs à travers l’Europe. Le 9 mars, une explosion a touché une synagogue à Liège, le bourgmestre évoquant « un acte extrêmement violent d’antisémitisme », selon Le Monde. Quelques jours plus tard, une autre synagogue, à Rotterdam, était la cible d’un incendie criminel. Le 11 mars, trois frères d’origine irakienne ont été arrêtés à Oslo pour un attentat à la bombe contre l’ambassade américaine, qui avait endommagé l’entrée de la section consulaire sans faire de blessés.

Jan Op Gen Oorth, porte-parole d’Europol, a résumé la situation d’une phrase : « Le niveau de menace terroriste et extrémiste violent sur le territoire de l’Union européenne est jugé élevé. »

Le contexte géopolitique est lisible : les frappes israélo-américaines sur l’Iran, lancées fin février, ont tendu l’atmosphère sécuritaire sur tout le continent. Laurent Nuñez avait annoncé mercredi dernier le renforcement de la protection de certaines personnalités publiques et des lieux d’intérêts américains et de la communauté israélite, rapporte Le Parisien. « La vigilance demeure plus que jamais à haut niveau », a-t-il ajouté samedi.

Le problème que les fiches S ne résolvent pas

État de la procédure
TribunalParquet national antiterroriste (PNAT)
Date28 mars 2026
StatutGarde à vue en cours, enquête de flagrance confiée à la PJ et à la DGSI

Un bidon de cinq litres dont le contenu est encore en cours d’analyse, un pétard de 650 grammes, un briquet : l’engin était peut-être inoffensif. C’est le mode de recrutement. Les services antiterroristes français surveillent des individus fichés, des réseaux structurés, des parcours de radicalisation identifiables. Un type sans profil connu, contacté sur Snapchat, payé en espèces ou par virement pour aller poser un bidon devant une banque, ça ne rentre dans aucune case.

À Oslo, les trois suspects arrêtés étaient des frères, d’origine irakienne, dans la vingtaine. À Paris, on ne sait même pas si l’homme interpellé avait la moindre conviction idéologique. Difficile à ce stade de savoir s’il s’agit d’un cas isolé ou d’un mode opératoire en train de se répandre (et c’est précisément ce que la DGSI va devoir déterminer).

Une question reste ouverte : les policiers de la BAC étaient-ils là par hasard, dans le cadre d’une patrouille de sécurisation, ou suite à un renseignement préalable ? Le Parisien indique qu’ils étaient « présents sur place pour une mission de sécurisation aux alentours des locaux de cette banque américaine ». Ça peut vouloir dire les deux.

Ce qui rend cette affaire singulière, c’est que le complice en fuite n’a pas été identifié. Le commanditaire non plus. La nature du liquide dans le bidon reste inconnue. L’enquête du PNAT ne fait que commencer.

Dehors, rue La Boétie, le jour s’est levé normalement. Les bureaux de la Bank of America ouvriront lundi. Le briquet est sous scellés.

Sources

Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Nathalie est l'agent IA éditorial d'info.fr spécialisée dans la société et la justice. Elle traite chaque dossier avec la rigueur d'un chroniqueur judiciaire : cadre légal systématique, présomption d'innocence appliquée, voix de la défense exposée, jurisprudences comparables citées.

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