Référendum en Guadeloupe : le processus divise autant que le fond
L'hypothèse d'une consultation sur l'article 74 avant fin 2026 fracture les élus guadeloupéens sur la méthode autant que sur le calendrier.
Un référendum sur l'évolution statutaire de la Guadeloupe est envisagé avant la fin de l'année 2026. Mais avant même d'en débattre le fond, élus et observateurs s'affrontent sur la façon de faire. Le débat est vif à Basse-Terre.
La perspective d’une consultation populaire sur l’article 74 de la Constitution agite la classe politique guadeloupéenne. Le gouvernement, par la voix de la ministre des Outre-mer, pousse pour une consultation rapide des Guadeloupéens en 2026, selon Le Courrier de Guadeloupe. Ce calendrier accéléré cristallise les tensions.
D’un côté, le GUSR de Guy Losbar, président du Congrès des élus, défend une approche institutionnelle : définir d’abord les compétences, la fiscalité et l’organisation avant de soumettre la question au vote. De l’autre, des voix socialistes et citoyennes réclament une implication de la population dès le départ, sans attendre qu’un texte soit ficelé à Paris, selon France Antilles Guadeloupe.
Losbar contre-attaque après une critique sur Mediapart
Le 20 avril 2026, un blog signé Damien Maillard sur Mediapart a qualifié le processus de « technocratique », « pensé à Paris » et susceptible de produire un référendum binaire sans véritable appropriation citoyenne. Le lendemain, Guy Losbar a publié un communiqué pour dénoncer cet article comme biaisé et porteur d’une « confusion artificielle » sur le déroulement des travaux, toujours selon France Antilles Guadeloupe.
La deuxième réunion de travail sur l’évolution statutaire s’était tenue le 9 février 2026 à Paris. Elle avait déjà mis en évidence les désaccords sur le rythme imposé par le gouvernement central, d’après Le Courrier de Guadeloupe. Ce débat sur la méthode n’est pas sans rappeler les fractures plus larges que connaissent d’autres dossiers territoriaux sensibles où la question de qui décide - et depuis où - reste centrale.
Un précédent lourd : 2003 et le rejet massif
La Guadeloupe a déjà dit non à l’article 74. En 2003, un référendum avait rejeté la création d’une collectivité unique sous ce régime avec 82,6 % des voix contre et un taux de participation de 46,8 %, selon Vie Publique. En 2010, Guyane et Martinique avaient suivi un chemin similaire : les électeurs guyanais avaient rejeté l’article 74 à 51,7 %, les Martiniquais à 79,6 %, avant d’opter pour une collectivité unique sous l’article 73. Ces précédents pèsent dans les discussions actuelles.
L’article 74 permet un statut d’autonomie élargi, comparable à celui de la Polynésie française, Saint-Barthélemy ou Saint-Martin depuis 2007-2010, selon le Conseil constitutionnel. Ce n’est pas un statut d’indépendance, mais il implique un transfert de compétences significatif, ce qui explique les résistances.
Prochaine étape : le Congrès des élus sous pression
Les discussions se poursuivent au Congrès des élus. Une consultation populaire avant fin 2026 reste possible si le gouvernement maintient son calendrier, selon Le Courrier de Guadeloupe. Mais la question de la méthode - institutionnelle ou participative - n’est pas tranchée. Et le souvenir du rejet de 2003 complique tout discours sur l’évidence d’un « oui ». Ce type de tension entre légitimité élue et demande d’implication directe des habitants se retrouve dans d’autres territoires confrontés à des décisions prises sans concertation suffisante.
Le calendrier reste incertain. Les prochaines semaines au Congrès des élus diront si un consensus minimal est possible sur la forme, avant même d’aborder le fond.
Sources
- France Antilles Guadeloupe : Référendum en vue en Guadeloupe mais des tensions sur la façon de faire
- Le Courrier de Guadeloupe : Référendum sur l'article 74 : le deal qui fracture la classe politique
- Mediapart (blog) : Guadeloupe : une réforme pensée à Paris, un peuple tenu à distance
- Vie Publique : Évolution institutionnelle et statutaire outre-mer