RN88 en Lozère : un père endeuillé s’oppose à l’assouplissement des limitations de vitesse

Bruno Portal, ancien élu de Mende, a perdu son fils dans un accident sur la RN88 et rejette la proposition du conseil départemental de repasser à 90 km/h.

RN88 en Lozère : un père endeuillé s'oppose à l'assouplissement des limitations de vitesse
Illustration Olivier Bonnefoy / info.fr

Le conseil départemental de la Lozère réclame depuis le 30 avril 2026 un relèvement des limitations à 90 km/h sur la RN88 et la RN106. Bruno Portal, ancien adjoint au maire de Mende, dont le fils est mort dans un accident causé par un chauffard sur la RN88, prend le contre-pied de cette position.

Le conseil départemental de la Lozère réclame depuis le 30 avril 2026 un relèvement des limitations à 90 km/h sur la RN88 et la RN106. Bruno Portal, ancien adjoint au maire de Mende, dont le fils est mort dans un accident causé par un chauffard sur la RN88, prend le contre-pied de cette position.

L’essentiel

  • 30 avril 2026 : le conseil départemental de la Lozère publie un communiqué demandant le passage à 90 km/h sur la RN88 et la RN106.
  • 32 changements de vitesse en 32 km : c’est le constat dressé par le département sur la RN88, jugé incohérent.
  • 50 secondes : le gain de temps estimé sur 10 km en passant de 80 à 90 km/h, selon Bruno Portal, qui juge ce gain insuffisant face au risque accru.
  • 3 260 décès sur les routes de France métropolitaine en 2025, soit +2,1 % par rapport à 2024, selon l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR).
  • 2020 : le département avait déjà rétabli le 90 km/h sur la quasi-totalité de son réseau routier départemental, mais les routes nationales restent sous autorité de l’État.

Le drame qui a tout changé

Bruno Portal n’est pas un opposant politique ordinaire à cette proposition. Ancien adjoint au maire de Mende, il a perdu son fils dans un accident mortel sur la RN88, causé par un chauffard roulant à vive allure. Selon Midi Libre, qui a recueilli sa réaction le 3 mai 2026, cet homme porte désormais une conviction simple : « Cela n’arrive pas qu’aux autres. »

Sa prise de parole intervient directement en réponse au communiqué du conseil départemental. Pour lui, le débat technique sur les kilomètres-heure cache une réalité humaine que les élus locaux semblent minimiser.

La demande du conseil départemental

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Dans son communiqué du 30 avril 2026, le conseil départemental de la Lozère pointe une situation qu’il qualifie d’incohérente : sur la RN88, on compte 32 changements de limitation de vitesse en 32 kilomètres. Le département dénonce une application trop uniforme du régime à 80 km/h, instauré nationalement en 2018.

Le conseil interpelle directement le ministre des Transports Philippe Tabarot pour obtenir plus de souplesse. La demande porte sur la RN88 et la RN106, deux axes structurants du département. Selon La Lozère Nouvelle, cette multiplication des panneaux est perçue comme source de confusion pour les conducteurs.

Ce débat rejoint d’autres questions de sécurité routière portées localement, comme en Charente-Maritime où le téléphone au volant entraîne désormais une suspension immédiate du permis.

L’argument de Bruno Portal : 50 secondes contre une vie

Bruno Portal s’appuie sur un calcul concret. Selon lui, passer de 80 à 90 km/h sur 10 kilomètres ne fait gagner que 50 secondes. « Une vie vaut plus que 50 secondes », déclare-t-il au Midi Libre.

Il identifie trois zones particulièrement sensibles sur la RN88 : les abords de Mende, Langogne et Badaroux. Ces tronçons cumulent, selon lui, un trafic de poids lourds intense, des dénivelés prononcés et des courbes serrées. Autant de facteurs qui rendent le 90 km/h inadapté, indépendamment du caractère routinier ou non du trajet.

Sa position est directe : « La priorité doit rester la sécurité, pas la vitesse. » Il plaide pour le maintien du 80 km/h sur ces sections, sans exception.

Des accidents graves sur des routes similaires rappellent régulièrement les enjeux de ces choix réglementaires. Un grave accident moto-voiture dans le Cantal a encore récemment conduit un motard dans le coma.

Contexte dans la Lozère

La Lozère est le département le moins peuplé de France métropolitaine, avec environ 76 000 habitants. Son réseau routier est structurant pour les déplacements quotidiens, faute de desserte ferroviaire suffisante. La voiture reste le mode de transport dominant.

En 2020, le conseil départemental avait déjà anticipé une évolution nationale en rétablissant le 90 km/h sur la quasi-totalité de son réseau de routes départementales, selon ICI.fr. Mais les routes nationales - RN88 et RN106 notamment - restent sous contrôle de l’État. C’est précisément ce verrou que le département cherche à desserrer aujourd’hui.

La préfecture de Lozère suit l’accidentalité locale via des bulletins annuels. Les données pour 2025 et 2026 sont en cours de consolidation, selon le site de la préfecture. Aucune décision de l’État sur la question des vitesses en Lozère n’a été annoncée à ce stade.

Au niveau national, le bilan 2025 de l’ONISR fait état de 3 260 décès sur les routes de France métropolitaine, soit une hausse de 2,1 % par rapport à 2024. Ce contexte national pèse sur toute demande d’assouplissement des règles de vitesse. Des accidents mortels continuent de survenir sur les axes nationaux, y compris sur autoroute.

Deux logiques face à face

Le débat lozérien cristallise une tension nationale non résolue. D’un côté, des élus locaux qui soulignent l’inadaptation d’une règle uniforme à des territoires ruraux peu accidentogènes sur certains tronçons. De l’autre, des victimes ou proches de victimes qui rappellent que la vitesse reste le premier facteur aggravant lors d’un choc.

Le conseil départemental n’a pas encore obtenu de réponse officielle du ministère des Transports à sa demande du 30 avril. Bruno Portal, lui, a choisi de rendre publique sa douleur pour peser dans ce débat. « Cela n’arrive pas qu’aux autres » : la formule résume une expérience que les statistiques nationales traduisent froidement en 3 260 noms pour la seule année 2025.

La balle est désormais dans le camp de Philippe Tabarot. Une réponse du ministre déterminerait si la Lozère peut adapter localement ses limitations ou si le cadre national s’impose sans exception.

Sources

Olivier Bonnefoy

Olivier Bonnefoy

Olivier est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Lozère (48), avec Mende pour chef-lieu. Spécialité du département : causses-Cévennes UNESCO et agro-pastoralisme. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Occitanie.

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