Robert Maxwell : la tentative de chantage à 400 millions de livres qui précéda sa mort
Des documents révèlent que le magnat britannique avait tenté d'extorquer le Mossad avant sa chute mortelle de son yacht en 1991
Entre 1988 et 1991, Robert Maxwell, père de Ghislaine Maxwell et magnat de la presse britannique, aurait tenté de faire chanter le Mossad pour obtenir 400 millions de livres sterling, menaçant de révéler ses activités d'agent pour les services secrets israéliens. Quelques mois plus tard, son corps était retrouvé dans les eaux au large des Canaries. Cette affaire, remise en lumière par les récentes révélations sur les connexions internationales du réseau Epstein, soulève des questions troublantes sur les morts suspectes entourant cette affaire tentaculaire.
- Robert Maxwell aurait tenté d'extorquer 400 millions de livres sterling au Mossad en menaçant de révéler ses activités d'agent, quelques mois avant sa mort suspecte en novembre 1991
- Les enquêtes révèlent qu'Epstein a enregistré 4 725 virements totalisant près de 1,1 milliard de dollars, témoignant d'un réseau financier international sophistiqué
- Virginia Giuffre, principale accusatrice d'Epstein, s'est suicidée le 25 avril 2025 en Australie après avoir achevé ses mémoires posthumes révélant les mécanismes du réseau
- Le prince Andrew a été déchu de ses titres royaux en novembre 2025, tandis que des journaux tenus par ses officiers de protection pourraient révéler l'étendue de ses liens avec Epstein
- Des documents suggèrent que le FSB russe pourrait détenir la liste complète des clients d'Epstein, transformant l'affaire en outil de compromission géopolitique
Le 5 novembre 1991, le corps de Robert Maxwell était repêché au large des îles Canaries, tombé de son yacht le Lady Ghislaine. Officiellement, un accident. Officieusement, une mort qui survient quelques mois après que le magnat britannique, selon des documents révélés dans le cadre de l’affaire Epstein, ait tenté d’extorquer 400 millions de livres sterling au Mossad en menaçant de dévoiler ce qu’il avait fait pour les services secrets israéliens. Une coïncidence qui alimente depuis plus de trois décennies les théories sur l’élimination d’un homme qui en savait trop.
Un empire bâti sur le renseignement et la compromission
Robert Maxwell n’était pas un simple homme d’affaires. Né Ján Ludvík Hyman Binyamin Hoch en Tchécoslovaquie en 1923, ce juif ayant fui le nazisme avait bâti un empire médiatique au Royaume-Uni tout en entretenant des liens étroits avec plusieurs services de renseignement. Selon une enquête de Desk Russie publiée en juillet 2025, Maxwell entretenait des relations complexes non seulement avec le Mossad israélien, mais également avec les hautes sphères du pouvoir soviétique puis russe.
À sa mort, les enquêteurs découvrirent que Maxwell avait détourné environ 460 millions de livres sterling des caisses de retraite de ses employés pour maintenir à flot son empire vacillant. Mais c’est une autre dimension de ses activités qui intéresse aujourd’hui les enquêteurs : son rôle présumé dans la construction d’un vaste réseau de compromission impliquant son associé Jeffrey Epstein et sa fille Ghislaine Maxwell.
La connexion Epstein et l’héritage toxique
Les liens entre Robert Maxwell et Jeffrey Epstein restent troubles, mais plusieurs éléments suggèrent une collaboration qui dépassait le simple cadre des affaires. Epstein aurait reçu de Maxwell un prêt de 2 millions de dollars en 1988 qu’il n’aurait jamais remboursé. Cette même année, le financier américain commence à développer son réseau d’influence et de compromission qui fera sa fortune et sa perte.
Ghislaine Maxwell, fille préférée de Robert, reprendra le flambeau après la mort de son père. Comme le révèle Le Monde dans son article sur le suicide de Virginia Giuffre en avril 2025, c’est Ghislaine qui, à l’été 2000, recruta la jeune fille de 16 ans travaillant au spa du club Mar-a-Lago de Donald Trump à Palm Beach. « Elle la recrute pour un ‘massage’. Vers 17 heures, le jour dit, Virginia Roberts se fait déposer par son père devant la villa de Palm Beach », détaille le quotidien français.
« Selon Epstein, Robert Maxwell avait tenté de faire chanter le Mossad pour leur extorquer 400 millions de £, sinon il révélait ce qu’il avait fait pour eux. Il est malcontreusement tombé à l’eau de son yacht »
Un réseau aux ramifications internationales
L’enquête publiée par Desk Russie en juillet 2025 apporte un éclairage nouveau sur les dimensions internationales de ce réseau. Entre Jeffrey Epstein et les hommes du Kremlin existait « un véritable partenariat fort profitable aux deux parties ». Pour Epstein, il s’agissait d’exploiter les opportunités financières offertes par la Russie post-soviétique ; pour Moscou, de bénéficier de l’expertise d’un spécialiste des paradis fiscaux et du blanchiment.
Les documents bancaires révèlent qu’Epstein a enregistré 4 725 virements totalisant près de 1,1 milliard de dollars entre ses différentes entités. Son interlocuteur principal était Sergueï Beliakov, vice-ministre du Développement économique russe, puis directeur de la Fondation du Forum économique international de Saint-Pétersbourg. En 2019, les médias d’État russes ont fait leurs choux gras de l’affaire Epstein, dénonçant « les élites mondialisées dégénérées », profitant de l’occasion pour discréditer l’establishment occidental.
La série noire des morts suspectes
Robert Maxwell n’est pas le seul à avoir connu une fin tragique dans cette affaire. Jeffrey Epstein lui-même a été retrouvé pendu dans sa cellule de la prison de Manhattan en août 2019, dans des circonstances qui ont alimenté d’innombrables spéculations. Puis, le 25 avril 2025, Virginia Giuffre, principale accusatrice d’Epstein et du prince Andrew, s’est suicidée dans sa ferme australienne à l’âge de 41 ans. « Elle a perdu la vie par suicide, après avoir été toute sa vie victime d’agressions sexuelles et de trafic sexuel », a annoncé sa famille.
Selon Le Point, qui a publié des extraits de ses mémoires posthumes en octobre 2025, Virginia Giuffre avait achevé son manuscrit quelques mois avant sa mort. Dans ce récit de 140 pages intitulé « Nobody’s Girl », elle détaillait comment elle avait été recrutée et exploitée par le duo Epstein-Maxwell pendant près de deux ans.
« Durant les mois précédant son geste fatal, Virginia Roberts Giuffre avait posé sur papier son existence fracassée, comment elle avait été recrutée mineure par le duo Ghislaine Maxwell-Jeffrey Epstein pour devenir leur esclave sexuelle », rapporte Le Point
Les protections occultes et la question des listes
La question centrale qui hante cette affaire reste celle des protections dont bénéficiaient Epstein et ses complices. Epstein lui-même se disait « appartenir au renseignement ». Mais à quel service ? Tucker Carlson affirme qu’Epstein était un agent israélien, tandis que d’autres pointent le rôle de la CIA dans sa libération rapide après sa première arrestation en 2008, lorsqu’il n’a purgé que 13 mois pour des faits qui auraient dû lui valoir des décennies de prison.
L’enquête de Desk Russie pose une question troublante : « Et si c’était le FSB qui détenait la fameuse ‘liste’ des clients d’Epstein ? Quel meilleur moyen pour compromettre l’élite américaine que de posséder des preuves de participation à des orgies avec des mineures ? » Cette hypothèse expliquerait pourquoi le débat politique américain tourne de manière obsessionnelle autour de cette liste, « l’arbre cachant la forêt, à savoir la construction d’un empire du chantage dont les produits sont accessibles à des puissances hostiles ».
Le prince Andrew dans la tourmente
Parmi les personnalités éclaboussées par cette affaire, le prince Andrew, frère du roi Charles III, occupe une place centrale. Selon La Dépêche du Midi, de nouvelles révélations pourraient encore l’impliquer davantage. Robert Jobson, biographe spécialiste de la famille royale, a révélé en novembre 2025 que « les officiers de protection d’Andrew tenaient un journal quotidien où ils notaient ses activités, les avions qu’il prenait, etc. »
Ces documents, qui devraient être conservés par Scotland Yard, pourraient indiquer quand et à quelles occasions Andrew a fréquenté Epstein. Début novembre 2025, Charles III n’a eu d’autre choix que de retirer à son frère ses titres d' »altesse royale » et de « prince », une décision drastique qui témoigne de la gravité de la situation. Virginia Giuffre avait poursuivi Andrew en 2021, affirmant avoir eu des relations sexuelles avec lui à l’âge de 17 ans. Le prince a toujours nié, mais les deux parties ont réglé le litige à l’amiable pour une somme non divulguée.
Un empire du chantage aux dimensions planétaires
Au-delà des scandales sexuels, c’est toute l’architecture d’un système de compromission qui se dessine. Epstein a déboursé 7,95 millions de dollars en 1998 pour Little St. James dans les Caraïbes, puis plus de 20 millions de dollars en 2016 pour Great St. James, une île voisine. Ces propriétés servaient de décor à ses activités criminelles, mais aussi probablement de lieux de collecte d’informations compromettantes.
Les connexions bancaires d’Epstein révèlent l’ampleur de l’opération. Sa relation avec la Deutsche Bank, condamnée à une amende de 150 millions de dollars par les régulateurs new-yorkais pour avoir maintenu ses comptes malgré les signaux d’alerte, ou avec d’autres institutions ayant fait l’objet de poursuites fédérales pour un montant total de 365 millions de dollars, suggère un réseau financier sophistiqué au service d’objectifs qui dépassaient le simple enrichissement personnel.
Trente-cinq ans après la mort de Robert Maxwell, l’affaire qui porte désormais le nom d’Epstein continue de révéler ses zones d’ombre. Entre services secrets, réseaux pédocriminels et chantage à l’échelle internationale, elle pose une question vertigineuse : combien d’autres secrets Robert Maxwell emporta-t-il avec lui dans les eaux des Canaries ce jour de novembre 1991 ? Et surtout, qui d’autre détient aujourd’hui les clés de cet empire de la compromission ?
Sources
- Desk Russie (28 juillet 2025)
- Le Monde (28 avril 2025)
- Le Point (16 octobre 2025)
- La Dépêche du Midi (18 novembre 2025)
- Noovo Info (16 octobre 2025)