Le Royal Festival Hall fête ses 75 ans avec 2 300 écoliers comme poètes
Le Southbank Centre de Londres célèbre en 2026 le jubilé de son emblème architectural avec un vaste programme mêlant art contemporain et engagement scolaire.
Soixante-quinze ans après l'ouverture du Royal Festival Hall lors du Festival of Britain de 1951, le Southbank Centre de Londres a lancé une année entière de commémorations. Point d'orgue ce 14 juillet l'inauguration d'une installation poétique géante, fruit du travail de plus de 2 300 écoliers.
L’essentiel
- 75 ans : Le Royal Festival Hall, seul bâtiment permanent du Festival of Britain, a ouvert le 3 mai 1951, lancé par le roi George VI.
- 2 300 écoliers : Des élèves de Londres, Birmingham et Manchester ont participé au projet de poésie visuelle « Imagine the Future », coordonné par le poète Lemn Sissay.
- 5e attraction nationale : Le Southbank Centre a accueilli plus de 3,7 millions de visiteurs en 2024, selon ses propres chiffres.
- 20 mètres de haut : L’installation temporaire « The Pin Drop », signée Gareth Pugh et Carson McColl, trône sur le site en hommage au Skylon de 1951.
Une rive sud transformée par l’après-guerre
Mai 1951. Le Royaume-Uni sort exsangue de la Seconde Guerre mondiale, les ruines de Blitz sont encore visibles dans certains quartiers de Londres, et le gouvernement travailliste cherche à redonner du souffle à la nation. C’est dans ce contexte que naît le Festival of Britain, exposition nationale à grand spectacle inaugurée par le roi George VI sur la rive sud de la Tamise. L’idée : célébrer le centenaire de la Grande Exposition de 1851, montrer que le pays sait innover et regarder vers l’avenir.
De l’ensemble des pavillons érigés pour l’occasion, un seul a survécu : le Royal Festival Hall. Conçu par les architectes de la London County Council, il s’impose rapidement comme la salle de concert de référence de la capitale britannique. Soixante-quinze ans plus tard, le bâtiment est toujours debout, toujours en activité, et le Southbank Centre, qui le gère, en a fait le cœur d’une année commémorative dense.
Danny Boyle, Lemn Sissay : une programmation haut de gamme
Le coup d’envoi des festivités a été donné le 3 mai 2026, date anniversaire exacte de l’ouverture de 1951. Ce jour-là, l’événement « You Are Here » a rassemblé le public autour d’un projet conçu par Danny Boyle - déjà artisan de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres en 2012 - avec le styliste Gareth Pugh, Carson McColl et la metteuse en scène Paulette Randall. Objectif affiché : explorer 75 ans de culture jeunesse britannique à travers performances, installations et archives.
Du 10 au 12 juillet, le festival Poetry International a rendu hommage au poète Benjamin Zephaniah, figure du spoken word britannique décédé en 2023, lors de soirées animées par Lemn Sissay et la musicienne Pauline Black au Royal Festival Hall, selon le Southbank Centre.
2 300 écoliers, un journal et des murs couverts de vers
C’est toutefois le projet « Imagine the Future » qui mobilise l’attention ce 14 juillet. Piloté par Lemn Sissay, poète officiel des Jeux olympiques de Londres 2012 et figure tutélaire de la scène poétique britannique, il a réuni plus de 2 300 élèves de Londres, Birmingham et Manchester. Chaque classe a composé une ligne de poésie visuelle, installée sur les murs du Southbank Centre et compilée dans un journal intitulé « Gift to the Future ».
Six poètes éducateurs ont encadré le travail : Grace Atkins, Griot Gabriel, Arji Menuelpillai, Astra Papachrostodoulou, Bradley Taylor et James Wilkes. Le résultat forme une installation à grande échelle, mosaïque de voix enfantines sur les cloisons de la salle historique.
Le Skylon ressuscité en sculpture de 20 mètres
Dans l’iconographie du Festival of Britain, le Skylon reste l’image la plus mémorable : une flèche métallique futuriste, suspendue dans les airs sans appui apparent, devenu symbole de l’ambition du pays d’alors. Il a été démonté dès 1952 - la légende veut que Winston Churchill, revenu au pouvoir, ait ordonné sa destruction, comme pour effacer l’œuvre de ses prédécesseurs travaillistes.
Pour les 75 ans, le Southbank Centre a commandé « The Pin Drop », une sculpture temporaire de 20 mètres de haut imaginée par Gareth Pugh et Carson McColl. L’installation ne prétend pas reproduire à l’identique le Skylon original, mais en convoque l’esprit - la verticalité, la légèreté formelle, la tension vers le ciel - pour un public qui n’a pas connu 1951.
Contexte dans le Royaume-Uni
Le Southbank Centre n’est pas un opérateur culturel parmi d’autres : avec 3,7 millions de visiteurs en 2024, il se classe au cinquième rang des attractions les plus fréquentées du Royaume-Uni, devant bien des musées nationaux. Sa programmation influence directement les débats sur le financement public de la culture, un sujet particulièrement tendu depuis que l’Arts Council England a procédé à des coupes significatives entre 2022 et 2024.
Les célébrations du Festival of Britain s’inscrivent aussi dans un agenda mémoriel plus large : 2026 marque les 80 ans du discours de Churchill à Zurich appelant à une « Europeunie », les 50 ans du punk britannique, et diverses commémorations post-Brexit où la culture sert régulièrement d’argument d’identité nationale. Le choix de mettre des écoliers et la diversité des grandes villes britanniques au cœur des festivités du Royal Festival Hall n’est pas anodin dans ce paysage.
Pour un lecteur français, le parallèle le plus immédiat est peut-être celui de Beaubourg : un équipement culturel qui, à son ouverture, avait choqué ou intrigué, et qui incarne aujourd’hui une certaine idée du service public culturel. Le Royal Festival Hall joue ce rôle sur la rive sud de la Tamise depuis trois quarts de siècle.
Les prochaines semaines
Le programme du Southbank Centre doit se poursuivre tout au long de l’année 2026, selon l’institution. Les détails de la programmation d’automne n’avaient pas encore été rendus publics dans leur intégralité à la date de publication de cet article.