Sabrina Pasterski : à 14 ans, elle construisait son avion, à 24 ans, elle impressionnait Hawking

Diplômée du MIT avec la note maximale de 5.0, cette physicienne de 33 ans explore la gravité quantique à Harvard

Sabrina Pasterski : à 14 ans, elle construisait son avion, à 24 ans, elle impressionnait Hawking
Sabrina Pasterski travaillant sur des équations de physique quantique dans un laboratoire universitaire lumineux Nathalie Rousselin / INFO.FR (img2img)

Entre 12 et 14 ans, Sabrina Gonzalez Pasterski construisait un avion monomoteur dans le jardin familial de Chicago. À 17 ans, elle intégrait le MIT sur recommandation d'un prix Nobel. À 24 ans, Stephen Hawking citait ses travaux sur la mémoire électromagnétique. Aujourd'hui, cette physicienne d'origine cubaine poursuit des recherches qui pourraient réconcilier relativité générale et mécanique quantique, défiant l'un des plus grands mystères de l'univers qu'Einstein lui-même n'a pas résolu.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Entre 12 et 14 ans, Sabrina Gonzalez Pasterski a construit un avion monomoteur Zenith CH 601XL avec un budget de 36.000 dollars, devenant à 14 ans la plus jeune personne à faire voler son propre appareil
  • Diplômée du MIT en 2013 avec la note maximale de 5.0, un exploit inédit depuis 20 ans, après avoir été initialement refusée à 16 ans par le MIT et Harvard
  • À 24 ans, ses travaux sur la mémoire électromagnétique ont été cités par Stephen Hawking dans un article coécrit avec Andrew Strominger sur le paradoxe de l'information des trous noirs
  • Jeff Bezos lui a proposé un emploi chez Blue Origin dès ses 14 ans, qu'elle a refusé pour se consacrer exclusivement à la recherche en physique quantique à Harvard
  • Récompensée par plus de 30 distinctions dont deux apparitions Forbes 30 Under 30, elle travaille sur la réconciliation entre relativité générale et mécanique quantique, l'un des problèmes les plus complexes de la physique contemporaine

À Chicago, dans la banlieue tranquille où grandit Sabrina Gonzalez Pasterski, personne n’aurait imaginé qu’une adolescente de 12 ans passerait ses après-midi à assembler les pièces d’un avion. Pourtant, selon BFM TV, c’est exactement ce qu’elle fit entre 2005 et 2007, consacrant deux années à la construction d’un Zenith CH 601XL avec un budget de 36.000 dollars fourni par son père, pilote, ingénieur et avocat. Le 3 juin 2007, quelques heures avant ses 14 ans, elle effectuait son premier vol en solo au-dessus du lac Michigan, devenant la plus jeune personne à avoir jamais fait voler son propre appareil.

Un parcours fulgurant qui défie les conventions académiques

L’histoire aurait pu s’arrêter là, celle d’une adolescente douée pour la mécanique. Mais le destin de Sabrina Gonzalez Pasterski basculait véritablement lorsque deux professeurs du MIT, Allen Haggerty et Earll Murman, découvraient la vidéo de sa construction aéronautique. Comme le rapporte Madame Figaro, leur réaction fut sans équivoque :

« Nous étions bouche bée lorsque nous avons visionné la vidéo. Son potentiel est hors norme. »

Paradoxalement, à 16 ans, Sabrina s’était vue refuser son admission anticipée au MIT et à Harvard. Un simple contretemps dans une trajectoire qui semblait écrite d’avance. À 17 ans, en 2010, elle intégrait finalement le prestigieux Massachusetts Institute of Technology sur recommandation d’un prix Nobel. Trois ans plus tard, elle en sortait avec la note maximale de 5.0, un exploit qui n’avait pas été réalisé depuis deux décennies, précise TF1 Info.

Quand Stephen Hawking cite vos travaux à 24 ans

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L’admission à Harvard pour préparer sa thèse marquait une nouvelle étape. Sous la direction d’Andrew Strominger, l’un des maîtres mondiaux de la gravitation quantique célèbre pour avoir dérivé l’entropie des trous noirs en 1996 avec la théorie des cordes, Sabrina Pasterski s’attaquait aux problèmes les plus ardus de la physique contemporaine. Selon Futura Sciences, ses recherches portaient sur la relation entre physique quantique et relativité générale, cette « théorie du tout » qui obsède les physiciens depuis des décennies.

En 2016, un événement rare validait l’excellence de ses travaux : Stephen Hawking et Andrew Strominger publiaient ensemble un article sur le paradoxe de l’information des trous noirs, l’un des problèmes les plus profonds de la physique théorique. Dans ce papier, les deux luminaires citaient un article que Sabrina Pasterski avait écrit seule sur la mémoire électromagnétique. Pour une doctorante de 24 ans, obtenir une telle reconnaissance constituait, comme le souligne Futura Sciences, « un tour de force » rarissime dans le milieu académique.

Une discipline de fer et un refus des distractions

Sa philosophie de vie tient en une phrase qu’elle affiche sur son site personnel physicsgirl.com, rapportée par Madame Figaro :

« Quand vous êtes fatigué, vous dormez, et quand vous ne l’êtes pas, vous faites de la physique. »

Cette doctrine, Sabrina Gonzalez Pasterski l’applique avec une rigueur monastique. Selon TF1 Info, elle n’a jamais bu une goutte d’alcool, jamais fumé, ne possède pas de smartphone et n’est inscrite sur aucun réseau social. Une ascèse qui tranche radicalement avec le mode de vie de sa génération, mais qui lui permet de se concentrer exclusivement sur ses recherches en physique des hautes énergies, théorie des cordes et gravité quantique.

Quand Jeff Bezos vous propose un emploi à 14 ans

Son exploit aéronautique n’était pas passé inaperçu dans la Silicon Valley. Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et passionné d’astronautique, avait proposé un emploi à l’adolescente de 14 ans. Des années plus tard, il lui réservait une place chez Blue Origin, son entreprise spatiale. La NASA également manifestait son intérêt. Mais comme le révèle L’Éclaireur Fnac, Sabrina Pasterski déclinait toutes ces offres prestigieuses, « animée par une obsession unique : comprendre l’univers ».

Cette détermination lui valait plus de 30 distinctions, dont deux apparitions consécutives dans le classement Forbes 30 Under 30 en 2015 et 2017. Le 19 novembre 2016, elle recevait le prix Marie Claire pour les jeunes femmes à Marina del Rey en Californie, reconnaissance de son engagement pour promouvoir la place des femmes dans les sciences, combat qui lui avait valu une invitation à la Maison Blanche sous l’administration Obama.

Au-delà du mythe de la « nouvelle Einstein »

Les médias l’ont rapidement surnommée « la nouvelle Einstein », comparaison aussi flatteuse que réductrice. Futura Sciences tempère l’enthousiasme en rappelant que de nombreux surdoués ont connu des parcours météoritiques similaires sans révolutionner la physique. L’article cite Nathan Myhrvold, ancien directeur des systèmes d’information de Microsoft, entré à l’université à 14 ans, docteur en physique théorique de Princeton à 23 ans après un postdoc avec Hawking, mais dont les contributions n’ont pas marqué l’histoire des sciences.

Sur son blog personnel, Sabrina Gonzalez Pasterski elle-même cultive la modestie, affirmant selon TF1 Info : « Je suis une simple étudiante. J’ai encore tant à apprendre. Je ne mérite pas toute cette attention. » Une humilité qui contraste avec le battage médiatique, mais qui pourrait bien être, comme le suggère le média, son véritable secret.

Aujourd’hui âgée de 33 ans, Sabrina Pasterski poursuit ses recherches sur les trous noirs, l’espace-temps et les interactions fondamentales de l’univers. Ses travaux visent à résoudre l’incompatibilité entre la relativité générale d’Einstein et la mécanique quantique, tentant de comprendre comment la gravitation des corps célestes s’articule avec la physique des particules subatomiques. Révolutionnera-t-elle notre compréhension de l’univers comme Einstein l’a fait il y a un siècle ? Seul le temps le dira. Mais une chose est certaine : cette physicienne qui construisait des avions dans son jardin à 12 ans continue de repousser les frontières de la connaissance humaine, guidée par cette quête qu’elle résume en une formule : « trouver l’élégance dans le chaos ».

Sources

  • BFM TV (31 août 2017)
  • Madame Figaro (20 décembre 2017)
  • Futura Sciences (1 septembre 2017)
  • TF1 Info (1 septembre 2017)
  • L'Éclaireur Fnac (4 décembre 2025)
  • Daily Geek Show (8 mars 2017)
Pierre Monteil

Pierre Monteil

Correspondant international et analyste géopolitique. Formation en relations internationales et journalisme. Expérience terrain dans plusieurs zones de conflit et expertise des questions diplomatiques européennes. Spécialisé dans l'analyse des crises internationales, les relations franco-européennes et les enjeux de défense. Rejoint INFO.FR pour décrypter l'actualité mondiale avec rigueur et pédagogie.

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