Saint-André : une quarantaine de pompiers médaillés, dont Gina Tandrayen et ses 40 ans de service

Dans la cour du centre de secours, le SDIS 974 a distingué ses agents du secteur Nord-Est

Saint-André : une quarantaine de pompiers médaillés, dont Gina Tandrayen et ses 40 ans de service
Saint-André : une quarantaine de pompiers médaillés, dont Gina Tandrayen et ses 40 ans de service Illustration Nathalie Rousselin / info.fr

Dans la cour du CIS de Saint-André, une quarantaine d'agents du SDIS 974 ont reçu leurs médailles. Temps fort : l'or de Gina Tandrayen, entrée en 1986.

L'essentiel - les faits vérifiés
  • Une quarantaine d'agents du SDIS 974 décorés ce jeudi dans la cour du CIS de Saint-André — 33 selon Freedom.fr, périmètres différents).
  • Gina Tandrayen, rédactrice principale arrivée en 1986, reçoit la médaille d'or pour 40 ans de service.
  • Le sous-préfet Fabrice Bonicel, la présidente Sophie Arzal et l'inspecteur général Bertrand Vidot ont présidé la cérémonie.
  • En 2025, 59 225 interventions (+5 %) pour les sapeurs-pompiers de La Réunion - +10 % en sept ans, pour +3,3 % de professionnels seulement.
  • Le cyclone Garance a généré à lui seul 1 500 interventions et 7 500 appels d'urgence.

Il est 17 heures passées ce jeudi [1] dans la cour du centre d’incendie et de secours de Saint-André [2]. Les uniformes bleus sont alignés au cordeau. Les familles sont debout, au fond. Quelqu’un ajuste une cravate. Une femme cherche son mari du regard dans les rangs.

LES ENJEUX
Reconnaître la durée au-delà du spectaculaire
Les médailles récompensent 10 à 40 ans de service, pas les faits d'éclat. Gina Tandrayen, 40 ans de maison, en est le symbole.
Une année record à 59 225 interventions
59 225 interventions en 2025 (+5 %) pour 2 165 sapeurs-pompiers. La pression opérationnelle monte.
Le souvenir des morts en service
La cérémonie se tient dans la caserne de l'Adjudant Jessy Eve, mort en service commandé en janvier dernier. Les médailles de durée ne le reconnaissent pas: ce deuil relève d'un autre protocole.
50 ans de femmes chez les pompiers
La loi de 1976 a ouvert le métier aux femmes. Gina Tandrayen y est entrée dix ans plus tard, en 1986, quand les casernes étaient encore très majoritairement masculines.
Effectifs sous tension face à la montée des risques
+10 % de missions en 7 ans, +3,3 % d'effectifs professionnels. Un décrochage pointé par la Cour des comptes et le rapport Matras au niveau national.

Une quarantaine d’agents du SDIS 974 [3] vont recevoir leurs médailles d’honneur. Le décompte varie selon les sources: le site Freedom.fr avance 33 récipiendaires [4], tandis que la communication du SDIS parle d’« une quarantaine » [3] en incluant explicitement les personnels administratifs, techniques et spécialisés aux côtés des professionnels et volontaires. L’écart tient donc au périmètre: les seuls sapeurs-pompiers stricto sensu d’un côté, l’ensemble des agents du corps départemental de l’autre.

L’or pour quarante ans de maison

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Gina Tandrayen [5] s’avance. Rédactrice principale au SDIS de Saint-Denis, groupement opérations [6]. Elle reçoit la médaille d’or. Quarante ans de service [7].

Elle évoque son arrivée au SDIS en 1986 [8] et une carrière qui s’est poursuivie sans interruption notable dans l’institution. Le barème est connu: dix ans de service pour le bronze [9], vingt pour l’argent [10], trente pour le vermeil [11], quarante pour l’or [12]. Le Commandant Brice Dupont [13] et Marie Daniella Cadenet [14] figurent aussi parmi les décorés. Deux catégories de distinctions coexistent: la Médaille d’honneur des sapeurs-pompiers pour les agents de terrain, et les Médailles d’honneur régionales, départementales et communales pour les personnels administratifs et techniques.

Une femme en caserne, en 1986

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Quand Gina Tandrayen [5] franchit la porte du SDIS en 1986 [8], les femmes sont encore une rareté dans les casernes françaises. Le décret qui leur ouvre le métier de sapeur-pompier date de 1976: cela fera 50 ans l’an prochain [15] que l’engagement féminin est possible dans le corps. Gina Tandrayen [5] en aura vécu 40 [7] de l’intérieur. À l’échelle nationale, les femmes représentent aujourd’hui une minorité des effectifs de sapeurs-pompiers selon plusieurs sources - et la proportion reste nettement plus faible dans les grades opérationnels et dans les fonctions de commandement. Au SDIS 974, la répartition n’est pas publiée de façon détaillée, mais la photo de la cour, ce jeudi, parle d’elle-même: les uniformes bleus sont très majoritairement masculins. La médaille d’or qu’elle reçoit récompense la durée. Elle raconte aussi, en creux, une trajectoire pionnière.

Les officiels au garde-à-vous

Au premier rang, Sophie Arzal [16], présidente du conseil d’administration du SDIS de La Réunion [17]. À côté, Bertrand Vidot [18], inspecteur général du SDIS [19]. Jean-Marc Péquin [20], premier adjoint de Saint-André [21]. Gilles Naze [22], élu de la commune. Et Fabrice Bonicel [23], sous-préfet de Saint-Benoît, nommé par décret du 25 octobre 2024 [24] et en poste depuis le 25 novembre 2024 [25].

LES AUTORITÉS AUTOUR DE LA COUR
Sophie ArzalPrésidente du conseil d'administration du SDIS 974
Bertrand VidotInspecteur général du SDIS 974
Fabrice BonicelSous-préfet de Saint-Benoît
Jean-Marc PéquinPremier adjoint de Saint-André

Jean-Marc Péquin [20] prend la parole. « Ces décorations racontent des années de service, de disponibilité, de courage et parfois de sacrifices [26]. » Il poursuit: « Être sapeur-pompier ou membre des services qui vous accompagnent, ce n’est pas exercer un métier comme un autre [27]. » Il ajoute: « Votre présence sur notre territoire est essentielle. Elle est rassurante pour nos populations [28]. »

Sophie Arzal [16] salue « l’engagement total [29] » des agents. « Vous êtes un maillon essentiel de notre société [30] », leur dit-elle.

59 225Le nombre d'interventions du SDIS 974 en 2025, contre 53 583 en 2018

Un mort qu’on ne décore pas ce jour-là

L’Adjudant Jessy Eve [31] n’est pas sur la liste. Il était du CIS de Saint-André. Il est mort en service commandé en janvier [32]. C’est sa caserne qui accueille la cérémonie. Les collègues savent. Les discours officiels l’évoquent à peine.

Ce silence n’est pas un oubli: il est protocolaire. Les médailles remises ce jeudi récompensent la durée de service - dix, vingt, trente, quarante ans [9][10][11][12]. Elles ne sont pas destinées à honorer les morts. La reconnaissance des pompiers tombés en mission relève d’un autre registre, celui de la médaille pour acte de courage et de dévouement, ou de distinctions posthumes plus solennelles comme la Légion d’honneur, décidées au niveau national. On se souvient du lieutenant Paul Boetsch [33], disparu lors d’une tempête dans le Haut-Rhin en mars 1986 [34], dont la commune a entretenu la mémoire pendant quarante ans [35] par des cérémonies dédiées, distinctes des remises de médailles ordinaires. À Saint-André, le deuil de Jessy Eve [31] suivra le même chemin parallèle: il n’avait pas sa place dans cette cour-ci, ce jeudi, mais la question de sa visibilité institutionnelle - plaque, cérémonie d’hommage, reconnaissance officielle - reste ouverte.

Ce que les chiffres racontent derrière les médailles

Le SDIS de La Réunion annonce près de 2 165 sapeurs-pompiers [36], et détaille 883 professionnels [37], 1 460 volontaires [38] et 236 personnels administratifs, techniques et spécialisés [39]. La somme de ces trois catégories (2 579) ne correspond pas au total communiqué: l’institution ne précise pas publiquement le périmètre exact retenu pour le chiffre de 2 165, qu’il faut donc lire avec prudence. En 2025, près de 60 000 interventions ont été réalisées [40] - 59 225 précisément selon Freedom.fr [41] -, soit une hausse de 5 % [42] sur un an. Le CTA-CODIS a enregistré environ 250 000 appels [43] l’année dernière. En moyenne, chaque jour, 200 sorties de véhicules et 250 pompiers déployés [44].

Et puis il y a eu le cyclone Garance [45]. À lui seul, plus de 1 500 interventions [46] et 7 500 appels d’urgence [47] traités. Un baptême du feu pour les plus jeunes décorés d’aujourd’hui.

📋 SDIS 974 EN CHIFFRES
Effectif annoncé (total communiqué)≈ 2 165
Professionnels883
Volontaires1 460
Personnels administratifs236
Interventions 202559 225
Appels CTA-CODIS250 000
Cyclone Garance1 500 interventions

Le décrochage entre les missions et les bras

Derrière les 40 ans [7] de Gina Tandrayen [5], il y a la question des effectifs. En 2018, le SDIS 974 comptait 855 professionnels [48] et 1 428 volontaires [49] pour 53 583 interventions [50]. Aujourd'hui, 883 professionnels [37] et 1 460 volontaires [38] pour près de 60 000 interventions [40]. Les missions ont augmenté de plus de 10 %. Les effectifs professionnels, de 3,3 % seulement. Les volontaires, de 2,2 %.

Ce décrochage n'est pas une spécificité réunionnaise. Selon plusieurs sources, la Cour des comptes comme les travaux parlementaires récents sur le modèle français de sécurité civile pointent une activité opérationnelle en forte hausse face à des effectifs stagnants, en particulier du côté du volontariat - colonne vertébrale du modèle français de secours. Les médailles saluent la durée. Elles disent aussi, en creux, combien l'institution repose sur ceux qui restent.

Chiffres clés du SDIS 974 en 2025: effectifs, interventions et mobilisation lors du cyclone Garance.
Chiffres clés du SDIS 974 en 2025: effectifs, interventions et mobilisation lors du cyclone Garance.

Le sens de la cour

Bertrand Vidot [18] résume l'affaire: cette cérémonie « crée du lien entre les gens et c'est une reconnaissance, c'est une cérémonie importante pour le corps départemental et, pour nos autorités, ça donne du sens. Pourquoi on est là et pourquoi on le fait [51]. »

La semaine prochaine, une cérémonie similaire se tiendra pour le secteur Sud-Ouest. Même rituel, autres visages. À Saint-André, les familles se dispersent dans la cour. Une petite fille tire sur la manche de son père décoré. Il se baisse, lui montre la médaille. Elle la touche du doigt. Puis ils s'en vont.

Sources

5 sources vérifiées · 51 faits sourcés

Sources

Viviane Payet

Viviane Payet

Installée à Saint-Denis, elle couvre les tensions sur le logement, les débats sur l'immigration clandestine, le tourisme et les projets de la Nouvelle Route du Littoral. Diplômée de l'IJBA Bordeaux, elle a grandi à La Réunion. Méthode : interroger les élus, les associations, les riverains, vérifier les budgets du chantier avant de conclure.

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