Saint-Denis : banderole raciste sur la basilique, préfet et mairie portent plainte
Le groupe d'extrême droite « Objectif Remigration » a déployé une banderole sur l'échafaudage du monument national le 11 juin 2026 au petit matin.
Jeudi 11 juin 2026, vers 5h du matin, des militants d'extrême droite ont pénétré par effraction sur le chantier de la basilique de Saint-Denis pour y déployer une banderole raciste. Le préfet de Seine-Saint-Denis, la mairie et l'association porteuse du chantier ont tous trois annoncé déposer plainte.
L’essentiel
- 11 juin 2026, vers 5h : des individus s’introduisent par effraction sur le chantier « Suivez la flèche » et déploient une banderole raciste (incluant le mot « remigration ») sur l’échafaudage du fronton de la basilique de Saint-Denis.
- Trois plaintes : le préfet de Seine-Saint-Denis, la mairie (maire Bally Bagayoko) et l’association « Suivez la flèche » annoncent chacun déposer plainte.
- Revendication : le groupe « Objectif Remigration », issu du collectif d’extrême droite « Les Natifs », revendique l’action et diffuse des images en ligne.
- Chantier en cours : la première pierre de la reconstruction de la flèche nord de la basilique a été posée le 14 mars 2025 ; le chantier doit s’achever vers 2030.
Intrusion au petit matin sur un chantier national
Il est un peu plus de 5h du matin ce jeudi 11 juin 2026 quand des individus franchissent illégalement les barrières du chantier « Suivez la flèche », installé au pied de la basilique de Saint-Denis. Ils accèdent à l’échafaudage et déploient une banderole portant un message raciste, comprenant le terme « remigration », bien visible sur le fronton du monument.
La banderole est retirée dans la matinée par les entreprises de chantier. L’association « Suivez la flèche », maître d’ouvrage de la reconstruction de la flèche et de la tour nord, condamne l’intrusion illégale et toute instrumentalisation du site patrimonial, selon des informations rapportées par Actu.fr et BFMTV.
Le préfet de Seine-Saint-Denis dépose plainte
Le préfet de Seine-Saint-Denis a réagi le jour même par un communiqué officiel. Il condamne fermement l’action et annonce le dépôt d’une plainte, au motif du caractère raciste du message et du statut juridique du bâtiment : la basilique est propriété de l’État.
Ce dépôt de plainte par la préfecture est notable : il engage directement l’État en tant que propriétaire du monument, au-delà de la seule dimension symbolique de l’acte.
La mairie de Saint-Denis et l’association emboîtent le pas
Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a qualifié l’acte de « haineux » et annoncé une plainte distincte de la municipalité, afin que les auteurs soient « identifiés et sanctionnés », selon le site officiel de la ville.
Dans des propos rapportés par Franceinfo et Le Figaro, Bagayoko a déclaré : « Nous sommes une cible », ajoutant que Saint-Denis « incarne ce que détestent les racistes : une ville qui assume son histoire, la ville des rois et reines de France (…) et la ville qui est la somme de tous les brassages migratoires depuis de nombreuses années ».
L’association « Suivez la flèche » a de son côté annoncé déposer plainte également, portant à trois le nombre de plaignants distincts dans cette affaire, selon L’Humanité et BFMTV.
« Objectif Remigration » revendique l’action
Le groupe d’extrême droite « Objectif Remigration » a revendiqué l’opération en diffusant des images en ligne, selon BFMTV et Le Figaro. Ce collectif serait issu des « Natifs », déjà connu pour avoir accroché une banderole raciste visant la chanteuse Aya Nakamura avant les Jeux olympiques de Paris 2024. Le groupe présente cette action comme le lancement d’une initiative nationale visant à imposer le thème de la « remigration » dans le débat public d’ici 2027.
À ce stade, aucune interpellation n’a été annoncée. Les enquêteurs disposeront notamment des images diffusées par le groupe lui-même.
Contexte dans la Seine-Saint-Denis
La basilique de Saint-Denis est le premier édifice gothique construit en France et la nécropole historique des rois et reines de France. Monument national propriété de l’État, elle attire chaque année plusieurs centaines de milliers de visiteurs. Le chantier de reconstruction de la flèche nord - disparue après une tempête au XIXe siècle et démontée en 1847 - a démarré avec la pose de la première pierre le 14 mars 2025. L’association « Suivez la flèche », créée en 2016, pilote ce chantier prévu pour durer environ cinq ans, jusqu’en 2030.
Saint-Denis est la commune la plus peuplée de Seine-Saint-Denis, département de 1,6 million d’habitants en première couronne nord de Paris. Ce n’est pas la première fois que la ville est ciblée par des actions de groupes d’extrême droite. Saint-Denis a aussi été récemment le théâtre d’un village antimilitariste place de la Résistance contre le salon Eurosatory, signe d’un territoire régulièrement au centre de tensions politiques. Par ailleurs, la Seine-Saint-Denis est un département où les forces de l’ordre sont régulièrement mobilisées sur des faits graves : à Aulnay-sous-Bois, 120 kg de cannabis avaient été saisis lors d’une opération de go-fast début juin.
Trois plaintes, une enquête ouverte
Les infractions retenues pourraient inclure la provocation à la discrimination raciale et la violation de domicile (ou intrusion sur chantier). Le parquet de Bobigny, compétent pour les faits commis sur le territoire de Seine-Saint-Denis, n’avait pas encore communiqué publiquement sur l’ouverture d’une enquête au moment de la publication de cet article. La rapidité avec laquelle le groupe a diffusé ses propres images constitue un élément d’identification potentiel pour les enquêteurs.
Sources
- Préfecture de Seine-Saint-Denis : Communiqué de presse — Banderole raciste sur la basilique de Saint-Denis
- BFMTV : Une banderole « remigration » déployée sur la basilique Saint-Denis
- Franceinfo : La préfecture de Seine-Saint-Denis porte plainte après le déploiement d'une banderole raciste
- Le Figaro : Saint-Denis : la mairie annonce un dépôt de plainte après l'accrochage d'une banderole raciste
