Saint-Denis : le maire LFI Bagayoko évoque une ‘insurrection populaire’ si le RN gagne en 2027
Dans un entretien à Oumma.com, Bally Bagayoko cite la prise de la Bastille et les Gilets jaunes pour justifier une possible mobilisation populaire contre une victoire du RN
Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis élu en mars 2026, a déclaré avoir 'l'intime conviction que le peuple se lèvera' en cas de victoire du Rassemblement National à la présidentielle de 2027. Ces propos, publiés le 9 mai sur Oumma.com et relayés par Le Figaro et Europe 1, ont immédiatement déclenché une polémique.
Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine, a évoqué une possible « insurrection populaire » si le Rassemblement National remporte la présidentielle de 2027. L’entretien, accordé au média Oumma.com et publié le 9 mai 2026, a été repris en moins de 24 heures par plusieurs médias nationaux.
L’essentiel
- Déclaration : Bagayoko affirme « Soit c’est nous, soit c’est eux » et avoir « l’intime conviction que le peuple se lèvera » en cas de victoire RN en 2027, selon Oumma.com et Le Figaro.
- Élu depuis le 15 mars 2026 : Bagayoko a remporté les municipales au premier tour avec 50,77 % des voix dans la commune fusionnée Saint-Denis/Pierrefitte-sur-Seine (149 077 habitants selon l’INSEE, 2023).
- Polémique immédiate : Les propos ont été dénoncés par des figures d’extrême droite et relayés par CNews et Frontières Media ; le député Renaissance Karl Olive a ironisé « Je ne tombe pas de ma chaise », selon France 3 et Europe 1.
- Contexte politique : La présidentielle 2027 est prévue au premier tour les 11 ou 18 avril 2027, selon la Constitution française.
- Précédent LFI : Jean-Luc Mélenchon avait lui-même appelé à une « insurrection citoyenne » en 2017, contre les politiques libérales.
« Soit c’est nous, soit c’est eux » : ce qu’il a dit exactement
Dans l’entretien publié par Oumma.com le 9 mai 2026, Bally Bagayoko pose un constat binaire : face à une éventuelle victoire du RN à la présidentielle, il dit avoir « l’intime conviction que le peuple se lèvera ». Il cite deux exemples historiques pour étayer son propos : la prise de la Bastille de 1789 et le mouvement des Gilets jaunes. Selon lui, les grandes réformes françaises ont toujours transité par des formes d’insurrection populaire.
Le maire critique aussi, dans le même entretien, Emmanuel Macron et les médias du groupe Bolloré, qu’il accuse de « préparer le terrain » à l’extrême droite. Il vise également les partis de gauche refusant de se rallier à Jean-Luc Mélenchon, selon Le Figaro et France 3.
Réactions : ironies à droite, silence à gauche
Les propos ont été relayés dès le 9 mai par CNews et Frontières Media, qui les ont présentés comme un appel au désordre. Le député Renaissance Karl Olive a réagi de façon lapidaire selon Europe 1 : « Je ne tombe pas de ma chaise. »
L’avocat Thibault de Montbrial a lui aussi réagi sur X, pointant le ton de l’entretien publié sur Oumma.com. Du côté de la gauche institutionnelle, aucune prise de position publique n’avait été signalée au moment de la publication de cet article.
Qui est Bally Bagayoko ?
Né le 31 juillet 1973 à Levallois-Perret de parents maliens, Bagayoko a grandi à Saint-Denis. Cadre à la RATP, il débute en politique en 2001 comme adjoint aux maires communistes successifs de Saint-Denis : Patrick Braouezec, Didier Paillard, Laurent Russier. Il rejoint La France Insoumise en 2017, selon Wikipedia et 20 Minutes.
Le 15 mars 2026, il est élu maire de la commune fusionnée Saint-Denis/Pierrefitte-sur-Seine au premier tour avec 50,77 % des voix. La fusion des deux communes, effective depuis janvier 2025, porte la population de l’entité à 149 077 habitants selon l’INSEE (données 2023), en croissance de +0,8 % par an.
Son élection n’avait pas été sans tensions. Victime d’insultes racistes sur CNews dans les jours suivant sa victoire, il avait déposé une plainte pour « injures publiques à caractère raciste » le 1er avril 2026, selon Le Monde. Un rassemblement antiraciste organisé le 4 avril 2026 à Saint-Denis avait attiré des milliers de personnes. Selon Le Monde, il prévoyait un nouveau rassemblement en mai 2026.
Contexte dans la Seine-Saint-Denis
La Seine-Saint-Denis compte 1 704 316 habitants en 2023, soit une hausse de 5 % par rapport à 2017, selon l’INSEE. Département le plus jeune de France métropolitaine avec une densité de 7 221,7 habitants/km², il reste historiquement un bastion de la gauche, notamment communiste puis insoumise.
Saint-Denis en est la vitrine politique. La ville a été gouvernée sans interruption par la gauche depuis l’après-guerre. Les enjeux mémoriaux et identitaires y ont une résonnance particulière. Mais la montée du RN dans le département - mesurée aux derniers scrutins nationaux - rend les déclarations de Bagayoko lisibles dans un contexte de préparation à la présidentielle 2027.
Selon la Constitution, le premier tour est prévu les 11 ou 18 avril 2027, le second tour les 25 avril ou 2 mai 2027, soit avant la fin du mandat de Macron le 13 mai 2027.
Un précédent rhétorique : Mélenchon en 2017
Le terme « insurrection » n’est pas inédit dans le vocabulaire LFI. En 2017, Jean-Luc Mélenchon avait lui-même appelé à une « insurrection citoyenne » contre les politiques libérales, selon Ouest-France. Bagayoko s’inscrit dans cette ligne rhétorique, en l’appliquant cette fois à un scénario électoral précis.
L’histoire française fournit aussi un précédent inverse : le 6 février 1934, des ligues d’extrême droite (Action française, Croix-de-Feu) avaient tenté un coup de force antiparlementaire à Paris, faisant 15 morts et plus de 1 500 blessés, selon Wikipedia. Une référence que Bagayoko ne cite pas, mais que certains commentateurs ont mobilisée pour contextualiser le débat sur les mobilisations politiques violentes en France.
Le maire de Saint-Denis, selon Le Monde, entend aussi s’appuyer sur la symbolique républicaine pour unir la gauche autour de Mélenchon avant 2027.
Ce que Bagayoko vise pour 2027
Au-delà de la polémique, l’entretien à Oumma.com révèle une stratégie. Bagayoko se pose en fédérateur de la gauche insoumise à l’échelle nationale, en s’appuyant sur Saint-Denis comme vitrine. Il critique explicitement les formations de gauche réticentes à l’union derrière Mélenchon, selon Le Figaro et France 3.
Son positionnement comme maire d’une commune de 149 000 habitants, premier tour remporté haut la main, lui confère une stature au sein de LFI. Selon Le Monde, Bagayoko estime que sa victoire de mars 2026 lui donne « un autre statut » dans le paysage politique national.
Ni la préfecture de Seine-Saint-Denis ni le parquet de Bobigny n’avaient réagi publiquement à ces propos au moment de la publication de cet article. La question d’une éventuelle qualification pénale des déclarations - qui pourraient théoriquement être examinées sous l’angle de la provocation - n’avait pas été soulevée par les autorités judiciaires dans les sources disponibles.
La présidentielle 2027 approche à moins d’un an. Les prochaines prises de position de Bagayoko, attendues lors du rassemblement antiraciste prévu en mai, pourraient préciser l’ampleur de son engagement dans la campagne nationale de LFI.
Sources
- Le Figaro : «Soit c'est nous, soit c'est eux» : le maire LFI Bally Bagayoko évoque une «insurrection populaire» en cas de victoire du RN
- France 3 Paris Île-de-France : Insurrection populaire : des propos de Bally Bagayoko suscitent la polémique à l'extrême droite
- Europe 1 : «La population est capable de se lever» : Bally Bagayoko appelle à une insurrection populaire en cas de victoire du RN en 2027
- Oumma.com : «Je suis un enfant de la République» : entretien avec Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis