Taser dans les gares : SNCF et RATP lancent l’expérimentation, l’Oise concernée
Un arrêté du 10 mai 2026 précise les modalités d'une expérimentation de trois ans formation, sites ciblés et rôle des préfets.
SNCF et RATP commencent à équiper une partie de leurs agents de sûreté de pistolets à impulsions électriques. Un arrêté publié ce 10 mai 2026 fixe les règles concrètes. Des gares de l'Oise, dont Beauvais, sont incluses dans le périmètre, selon le Club des Juristes.
SNCF et RATP commencent à équiper une partie de leurs agents de sûreté de pistolets à impulsions électriques. Un arrêté publié ce 10 mai 2026 fixe les règles concrètes. Des gares de l’Oise, dont Beauvais, sont incluses dans le périmètre, selon le Club des Juristes.
L’essentiel
- Décret : Le décret n° 2026-101 du 13 février 2026 autorise l’expérimentation pour trois ans.
- Périmètre : 10 % des agents de sûreté concernés, soit environ 300 à 400 agents SNCF et RATP.
- Formation : Minimum 18 heures, incluant enseignements théoriques et exercices de tir pratiques.
- Sites ciblés : Lignes D et E du RER, Bobigny, Saint-Denis Pleyel, gare de Lyon (nuit), et gares SNCF en Oise dont Beauvais.
- Évaluation : Prévue fin 2029, avec possible généralisation si bilan positif.
Un arrêté pour cadrer l’expérimentation
Le cadre légal repose sur le décret n° 2026-101 du 13 février 2026, publié au Journal officiel et consultable sur Legifrance. Il autorise les services internes de sécurité de la SNCF (SUGE) et de la RATP (GPSR) à porter des pistolets à impulsions électriques à titre expérimental, pour une durée de trois ans. L’objectif affiché : améliorer la maîtrise des situations à risque sans recourir aux armes à feu.
L’arrêté du 10 mai 2026, publié le jour même, précise les modalités opérationnelles. Selon Le Parisien, qui a détaillé le dispositif, la formation préalable est fixée à au minimum 18 heures, combinant enseignements théoriques et exercices de tir. Chaque agent doit obtenir une autorisation individuelle délivrée par le préfet compétent sur son territoire - condition particulièrement structurante pour les gares hors Île-de-France.
Un arrêté complémentaire du 14 avril 2026, également disponible sur Legifrance, précise les conditions d’usage dans des environnements spécifiques : proximité de lignes électriques ou espaces exigus, contraintes fréquentes dans le monde ferroviaire.
Quels sites sont ciblés en priorité
En Île-de-France, l’expérimentation se concentre sur les secteurs jugés les plus exposés aux violences. Le Parisien cite les lignes D et E du RER, les quais de Bobigny et Saint-Denis Pleyel, ainsi que la gare de Lyon pour les services de nuit assurés par la RATP. Ces sites concentrent un volume élevé de voyageurs et des incidents récurrents signalés par les syndicats.
Pour l’Oise, le Club des Juristes indique que des gares SNCF du département, dont Beauvais, entrent dans le périmètre via les réseaux connectés à l’Île-de-France. L’autorisation individuelle des préfets est requise pour les agents opérant hors du ressort francilien. La préfecture de l’Oise n’a pas précisé à ce stade le calendrier de délivrance de ces autorisations ni le nombre d’agents concernés dans le département.
Une demande syndicale ancienne
Pour les organisations représentatives, l’outil répond à un besoin identifié de longue date. Nicolas Calonne, syndicaliste à l’UNSA-Ferroviaire, a déclaré sur France Info que le Taser correspond à « une vraie demande des syndicats » pour disposer d’un moyen de force intermédiaire. Il cite notamment les agressions au couteau, situations dans lesquelles le recours à l’arme à feu provoquerait une panique en gare sans être proportionné à la menace.
Le ministre des Transports Philippe Tabarot avait annoncé la mesure sur TF1, la qualifiant de réponse « proportionnée à certains actes de violence dans les transports ». L’expérimentation concerne initialement 10 % des effectifs, soit entre 300 et 400 agents sur l’ensemble des deux réseaux, selon Le Parisien et France Info.
Les violences envers les agents ferroviaires constituent un sujet récurrent. Un élu agressé dans le Nord le 8 mai dernier avait rappelé, dans un autre contexte, la vulnérabilité des personnels en contact direct avec le public.
Contexte dans l’Oise
L’Oise est traversée par plusieurs axes ferroviaires structurants reliant Paris-Nord à Amiens, Creil, Compiègne et Beauvais. La gare de Beauvais, chef-lieu du département (environ 56 000 habitants), est un nœud de correspondance pour les liaisons vers l’Île-de-France. Le réseau TER Hauts-de-France y croise les flux de navetteurs quotidiens vers Paris.
La SUGE - service interne de sécurité de la SNCF - assure des patrouilles sur ces axes. Depuis le décret n° 2000-1135 du 24 novembre 2000, ces agents sont autorisés au port d’armes à feu. Depuis la loi Savary de 2016, ils peuvent également patrouiller armés en civil, une mesure adoptée en réponse à la hausse constatée des incivilités et agressions. L’expérimentation du Taser s’inscrit dans cette trajectoire progressive d’armement encadré.
Les incidents dans les transports en commun de la région ont motivé des demandes répétées des syndicats locaux. La question des perturbations sur les axes ferroviaires franciliens illustre régulièrement la pression qui pèse sur les services de sécurité.
Un précédent législatif censuré
L’expérimentation ne part pas de zéro sur le plan juridique. La loi du 28 avril 2025 relative à la sûreté dans les transports contenait une disposition similaire. Le Conseil constitutionnel l’avait censurée le 24 avril 2025, non sur le fond, mais pour vice de procédure, selon Le Monde. Le gouvernement a donc choisi la voie réglementaire - décret et arrêtés - pour relancer le dispositif.
Cette approche conditionne la durée : trois ans d’expérimentation, puis évaluation fin 2029. Si le bilan est positif, une généralisation à l’ensemble des agents de sûreté pourrait être envisagée.
Les résultats de l’évaluation de 2029 détermineront si l’Oise, comme le reste du réseau, passe d’une phase pilote à un équipement généralisé.
Sources
- Le Parisien : Pistolet à impulsions électriques : gares ciblées, formation des agents... comment va se dérouler l'expérimentation SNCF et RATP
- Legifrance : Décret n° 2026-101 du 13 février 2026 autorisant l'expérimentation du port de pistolets à impulsions électriques
- France Info : Des pistolets type Taser pour les agents de la RATP et de la SNCF : une vraie demande des syndicats
- Le Club des Juristes : La SNCF et la RATP expérimentent le port du Taser pour leurs agents