Fin de vie : Mgr Guillet alerte sur le risque pour les plus pauvres
L'évêque de Saint-Denis publie une lettre ouverte contre le projet de loi, craignant une pression économique sur les personnes vulnérables
À la veille du vote décisif à l'Assemblée nationale ce mercredi 15 juillet, Mgr Étienne Guillet, évêque de Saint-Denis, a publié le 11 juillet une lettre ouverte contre la légalisation de l'euthanasie. Son plaidoyer porte sur les risques pour les plus démunis de son diocèse.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Mgr Étienne Guillet a publié une lettre ouverte le 11 juillet 2026 contre le projet de loi sur la fin de vie, voté ce mercredi 15 juillet.
- L'évêque affirme que les pauvres seront les premiers à demander l'euthanasie par crainte de peser sur leurs familles précaires.
- En Seine-Saint-Denis, 17,7% des habitants vivaient sous le seuil de pauvreté en 2022, soit moins de 940 euros par mois.
- Les Petites Sœurs des Pauvres, présentes à Saint-Denis depuis 150 ans, envisagent de quitter la France si la loi est adoptée.
- Les responsables catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans et juifs du département se sont opposés au projet.
Mgr Étienne Guillet ne mâche pas ses mots. Dans une lettre ouverte diffusée le 11 juillet 2026, l’évêque de Saint-Denis s’oppose frontalement au projet de loi sur la fin de vie, qui doit être voté définitivement ce mercredi à l’Assemblée nationale. Son argument central : les personnes pauvres et vulnérables seront les premières victimes de ce texte.
« Les pauvres seront les premiers à demander l’euthanasie »
« Les pauvres seront les premiers à demander l’euthanasie », écrit Mgr Guillet dans sa lettre. L’évêque affirme que les personnes précaires, par crainte de peser sur leurs familles elles-mêmes fragiles, risquent de se sentir contraintes de recourir à l’aide à mourir. Cette analyse s’appuie sur 18 mois d’expérience pastorale en Seine-Saint-Denis, département qu’il décrit comme « le plus pauvre de France métropolitaine ».
Selon les données de décembre 2022 publiées par actuSeine-St-Denis, 17,5% des habitants du département vivaient sous le seuil de pauvreté. En 2021, la Seine-Saint-Denis affichait le taux de pauvreté le plus élevé des départements de France métropolitaine, selon la Drieets.
Une rupture anthropologique pour la société
Mgr Guillet qualifie la légalisation du suicide assisté de « rupture anthropologique sombre et vertigineuse pour toute notre société ». L’évêque ne se contente pas d’une opposition théologique : il inscrit son plaidoyer dans une réalité sociale et économique concrète. Sa lettre officielle, diffusée sur le site du diocèse de Saint-Denis, détaille les mécanismes de pression qui pèseraient sur les plus fragiles.
L’argument de la charge financière et affective revient plusieurs fois dans son texte. Dans un territoire marqué par la précarité, Mgr Guillet craint que des personnes âgées ou malades ne se sentent obligées de demander l’euthanasie pour ne pas grever le budget familial ou épuiser leurs proches.
Le risque de départ des Petites Sœurs des Pauvres
L’évêque évoque également l’inquiétude des Petites Sœurs des Pauvres, congrégation qui accompagne les plus démunis à Saint-Denis depuis 150 ans. Selon sa lettre, ces religieuses envisagent de quitter la France si la loi sur la fin de vie est adoptée. Mgr Guillet exprime son « émerveillement » pour leur travail auprès des personnes âgées et souligne que leur départ constituerait une perte majeure pour le département.
Cette menace de départ s’inscrit dans un contexte de tension entre certaines institutions religieuses et le projet de loi. Les Petites Sœurs des Pauvres, qui gèrent des maisons de retraite et des foyers, considèrent que leur mission serait incompatible avec un cadre légal autorisant l’euthanasie.
Une opposition interconfessionnelle au projet
Mgr Guillet rapporte que les responsables catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans et juifs de son département ont exprimé de fortes réserves, voire une opposition nette, au projet de loi. Cette convergence interreligieuse témoigne de l’ampleur des préoccupations éthiques soulevées par le texte.
La Conférence des évêques de France a multiplié les prises de position ces derniers mois, alertant sur les risques de dérive et déplorant un manque de consensus politique et social, comme l’a relayé Radio Notre Dame. Des associations comme la Fondation Jérôme Lejeune ont également mis en garde contre une aggravation de la pression sur les personnes vulnérables et l’exclusion des malades psychiatriques et des personnes sous tutelle du dispositif d’aide à mourir.
Contexte dans la Seine-Saint-Denis
La Seine-Saint-Denis concentre les difficultés sociales et économiques. Le département affiche le taux de pauvreté le plus élevé de France métropolitaine, avec près d’un habitant sur cinq vivant sous le seuil de pauvreté. Cette précarité structurelle nourrit les craintes de Mgr Guillet : dans un territoire où les ressources manquent, la pression financière sur les familles est une réalité quotidienne.
Le diocèse de Saint-Denis couvre un territoire de 1,6 million d’habitants, marqué par une grande diversité culturelle et religieuse. Mgr Guillet, nommé évêque en novembre 2024, a pris ses fonctions dans un contexte social tendu, où les questions de solidarité et d’accès aux soins sont centrales.
Le plaidoyer de l’évêque s’inscrit également dans une tradition d’engagement social de l’Église dans ce département. Comme d’autres institutions qui défendent l’accès des plus fragiles aux services, le diocèse met en avant la nécessité de protéger les personnes vulnérables contre toute forme de pression, qu’elle soit économique ou psychologique.
Un vote décisif ce mercredi 15 juillet
Le projet de loi sur la fin de vie doit être voté définitivement ce mercredi à l’Assemblée nationale. Le texte a déjà suscité de vifs débats lors de son examen parlementaire. Selon Libération, plusieurs amendements ont été adoptés pour encadrer le dispositif, mais les oppositions restent nombreuses.
Mgr Guillet invite solennellement les députés à ne pas voter ce texte. Sa lettre, publiée quatre jours avant le vote, vise à peser sur la décision des parlementaires. L’évêque ne se limite pas à une argumentation religieuse : il mobilise des arguments sociaux et économiques pour convaincre au-delà des seuls catholiques.
L’issue du vote reste incertaine. Les partisans du texte mettent en avant le libre choix et la dignité des personnes en fin de vie. Ses opposants, dont Mgr Guillet, insistent sur les risques de dérive et la protection nécessaire des plus vulnérables. Le débat reflète une fracture profonde dans la société française sur les questions de bioéthique.