Saint-Denis : les policiers municipaux fuient après l’annonce de désarmement

Depuis l'élection du maire LFI Bally Bagayoko, des agents demandent leur mutation et évoquent une perte de sens profonde.

Saint-Denis : les policiers municipaux fuient après l'annonce de désarmement
Illustration Fatima Benali / info.fr

À Saint-Denis (93), les 140 agents de la police municipale vivent mal le tournant sécuritaire du nouveau maire Bally Bagayoko (LFI), élu le 15 mars 2026. Sa décision de retirer les LBD de l'espace public a provoqué une vague de demandes de mutation et des départs à la tête du service.

Depuis l’élection de Bally Bagayoko à la mairie de Saint-Denis le 15 mars 2026, le climat est tendu au sein de la police municipale. Le maire LFI a annoncé un désarmement progressif, en commençant par la suppression des lanceurs de balles de défense (LBD) dans l’espace public. Une décision qui passe mal chez les agents, selon Le Parisien et Franceinfo.

« Un sentiment de trahison »

La police municipale de Saint-Denis compte environ 140 agents. Ils sont armés depuis 2020, sous l’ancienne mandature de Mathieu Hanotin (PS), qui avait investi plus de 20 millions d’euros en six ans pour renforcer effectifs et équipement. En 2025, le service a traité 55 000 appels et réalisé 33 000 interventions, dans une ville qui enregistrait 12 234 crimes et délits en 2024, selon Franceinfo.

Aujourd’hui, des directives interdiraient les patrouilles dans les quartiers sensibles sauf appel, limitant le rôle des agents à une présence symbolique, selon CNews. Thierry Colomar, président de la Fédération nationale des policiers municipaux de France, résume l’état d’esprit : « Les collègues ont un sentiment de trahison parce qu’ils abandonnent le terrain au profit de la délinquance qui risque de revenir », a-t-il déclaré sur CNews le 19 avril.

Selon Europe 1, le directeur de la police municipale et plusieurs adjoints ont annoncé leur départ dès mars 2026, en désaccord avec la nouvelle politique. Cinq agents ont par ailleurs postulé à Nice en avril 2026, une information révélée par le maire niçois Éric Ciotti et rapportée par 20 Minutes.

Combien de départs ? Les chiffres divergent

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Le nombre exact de mutations reste flou. Au moins 10 demandes officielles ont été enregistrées, selon Le Parisien. Des rumeurs évoquent entre 30 et 90 intentions de départ. Bally Bagayoko a démenti ces chiffres le 30 mars sur France Inter, qualifiant les rumeurs de « fake news » et confirmant seulement quelques demandes, selon 20 Minutes.

Le 17 avril, le maire a nuancé sa position : les LBD resteraient dans les véhicules des agents et pourraient être utilisés si les circonstances l’exigent, selon Le JDD. Il a également souligné que l’arme est « rarement utilisée ».

Un contexte départemental sous tension

La situation s’inscrit dans une dynamique plus large. En Seine-Saint-Denis, les effectifs de police municipale ont progressé de 72 % entre 2014 et 2024, avec environ 64 % des agents armés, contre 60 % en moyenne nationale, selon Les Échos. Ce renforcement avait été engagé précisément pour répondre à une pression sécuritaire forte dans le département.

Des discussions sont en cours entre la mairie et les représentants des agents, selon les sources consultées. Aucune date de vote ou de décision formelle n’a été communiquée à ce stade.

Sources

Fatima Benali

Fatima Benali

Basée à Bobigny, elle traite les tensions sur le logement, les débats sur la sécurité, les projets de Grand Paris Express et les inégalités scolaires. Issue de l'ESJ Lille, elle a grandi en Seine-Saint-Denis. Méthode rigoureuse : interroger les élus, les associations, les enseignants, vérifier les statistiques de la préfecture avant de publier.

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