Saint-Laurent-du-Maroni : une zone commerciale pour dynamiser les échanges avec le Suriname

Un projet structurant pour le commerce transfrontalier entre la Guyane et le Suriname, séparés par le Maroni.

Saint-Laurent-du-Maroni : une zone commerciale pour dynamiser les échanges avec le Suriname
Illustration Sylvie Tchangou / info.fr

Une zone commerciale frontalière ouvre à Saint-Laurent-du-Maroni, face à Albina. Elle vise à organiser et amplifier les échanges quotidiens entre la France et le Suriname. Le projet s'inscrit dans une série d'initiatives récentes pour relancer une coopération en berne.

Chaque jour, plus de 1 000 pirogues traversent le Maroni entre Saint-Laurent-du-Maroni et Albina, côté surinamien. Ce flux intense, documenté par la préfecture de Guyane, illustre une réalité commerciale ancienne que le projet de zone frontalière entend désormais structurer.

Un commerce bilatéral à relancer

Les chiffres sont parlants. Selon le ministère des Affaires étrangères, les échanges commerciaux entre la France et le Suriname ont atteint 41,1 millions d’euros en 2024. C’est en baisse par rapport à 2023, et très loin des 147 millions d’euros enregistrés en 2015. La création d’une zone commerciale dédiée répond à ce décrochage.

Côté infrastructures, les investissements récents posent des bases concrètes. Le bac Le Malani, mis en service en février 2022 grâce au programme INTERREG Amazonie porté par la Collectivité Territoriale de Guyane et la Communauté de Communes de l’Ouest Guyanais, a renforcé la liaison fluviale. La cale d’Albina, inaugurée le 23 juin 2023 dans le cadre du même programme, a adapté les berges au gabarit du bac.

Mais des fragilités subsistent. En octobre 2025, des dysfonctionnements du bac ont perturbé les flux de marchandises. Le Suriname avait alors exprimé son inquiétude sur la situation logistique, selon France Guyane.

Une coopération qui se réorganise

Publicité

Plusieurs signaux positifs ont marqué la fin 2025. En juillet, un accord sur un laissez-passer frontalier facilitant les déplacements jusqu’au poste de Margot a été discuté, toujours selon France Guyane. En novembre, Paramaribo a réduit les frais de visa à 25 euros pour les ressortissants français. Le même mois, la pépinière Guyane Développement Innovation lançait le réseau RIPA, dédié aux startups transfrontalières impliquant Guyane, Suriname, Guyana et États brésiliens, en marge de la COP 30, selon La 1ère.

Le 15e Conseil du fleuve Maroni, réuni à Paramaribo le 6 décembre 2024 en présence d’autorités des deux pays, avait déjà relancé la coopération bilatérale, rapporte Karibinfo. Des réunions annuelles des chambres de commerce sont envisagées pour 2026.

La frontière entre Guyane et Suriname est délimitée sur le Maroni depuis 1666, héritage des conflits coloniaux franco-hollandais. Cette histoire longue nourrit des liens économiques et humains qui dépassent les seuls flux commerciaux officiels. La zone commerciale en cours d’ouverture devra composer avec cette réalité de terrain.

Sources

Sylvie Tchangou

Sylvie Tchangou

Correspondante à Cayenne, elle suit les tensions sur l'orpaillage illégal, les débats sur le spatial, les projets routiers et les restructurations hospitalières. Issue de Sciences Po Aix, elle a grandi en Guyane. Ligne de travail : interroger les gendarmes, les élus, les associations environnementales, croiser les rapports du BRGM avant de publier.

Publicité
Lien copié !
× Infographie agrandie