Saint-Péray : les Soulèvements de la Terre appellent à bloquer le chantier du 14 au 17 mai
Le mouvement écologiste dénonce un chantier sans autorisation et des violences policières présumées sur des militants ardéchois
À Saint-Péray, le chantier de déviation routière contesté depuis plusieurs années redevient le théâtre d'une confrontation. Les Soulèvements de la Terre ont lancé un appel à mobilisation du 14 au 17 mai 2026, dénonçant l'avancement du projet malgré une suspension judiciaire et une enquête IGPN ouverte contre un policier.
À Saint-Péray, le chantier de déviation routière contesté depuis plusieurs années redevient le théâtre d’une confrontation. Les Soulèvements de la Terre ont lancé un appel à mobilisation du 14 au 17 mai 2026, dénonçant l’avancement du projet malgré une suspension judiciaire et une enquête IGPN ouverte contre un policier.
L’essentiel
- Budget : 16 millions d’euros pour la déviation de 1,7 km, dans un projet élargi pouvant atteindre 100 millions d’euros selon les associations
- Suspension judiciaire : le tribunal administratif de Lyon a suspendu les travaux le 15 novembre 2024, faute d’autorisation environnementale
- Enquête IGPN : ouverte le 19 novembre 2025 contre l’OPJ Caglar P. pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique » sur une militante lors d’une garde à vue
- Mobilisation : « On Fait Pas L’Pont », du 14 au 17 mai 2026 à Saint-Péray, appelée par les Soulèvements de la Terre pendant le week-end de l’Ascension
- Mise en service prévue : fin 2027, selon la communauté de communes Rhône-Crussol et le département de l’Ardèche
Un projet contesté depuis plus de dix ans
La déviation de Saint-Péray doit relier Guilherand-Granges à Cornas sur 1,7 km, le long de la rive ardéchoise du Rhône. L’objectif affiché : désengorger un trafic estimé à 20 000 véhicules par jour traversant le centre-ville. Le projet est porté par la communauté de communes Rhône-Crussol et le département de l’Ardèche, pour un coût annoncé de 16 millions d’euros, dans un programme global qui pourrait dépasser 100 millions d’euros selon l’association Alterre.
Les opposants, eux, dénoncent l’impact sur les zones humides et les espèces protégées du secteur. Leur résistance a porté ses fruits, au moins provisoirement : le 15 novembre 2024, le tribunal administratif de Lyon a suspendu les travaux, constatant l’absence d’autorisation environnementale préalable. Cette décision fait suite à des recours portés notamment par l’association Alterre et d’autres collectifs locaux.
Saint-Péray est par ailleurs une commune que les militants écologistes connaissent bien. La ville accueillait en avril dernier les Championnats de France de raid jeunes, signe d’un territoire actif sur plusieurs fronts à la fois.
La préfecture relance, les bulldozers reviennent
Malgré la suspension judiciaire, la préfecture de l’Ardèche a autorisé une reprise partielle des travaux dès le 14 mars 2025, limitée à la construction d’un pont-rail sous la voie ferrée. Dans un communiqué, la préfecture a indiqué tenir compte « des enjeux environnementaux ».
Le 2 septembre 2025, les travaux reprennent plus largement, avec des opérations de débroussaillement autorisées par arrêté préfectoral. Des opposants occupent alors le chantier. Le 29 septembre 2025, la police procède à leur évacuation, selon France Info, « en attendant une décision de justice ».
En janvier 2026, selon le site ici.fr, des opposants ont à nouveau accédé au chantier, causant des dégradations mineures sans impact majeur sur les travaux du pont-rail.
Une militante en garde à vue, un policier mis en cause
C’est dans ce contexte tendu que le 15 novembre 2025 éclate une affaire qui dépasse le cadre local. Lors d’une garde à vue faisant suite à un piquenique protestataire contre la déviation, l’OPJ Caglar P. est accusé de violences physiques, de menaces et d’insultes homophobes envers une militante écologiste prénommée Ash, selon StreetPress et Mediapart.
L’IGPN ouvre une enquête le 19 novembre 2025 pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique ». Les auditions des plaignants ont lieu le 9 décembre 2025. La procédure est toujours en cours à la date de publication de cet article.
L’affaire a reçu un écho national. L’Ardèche, département souvent mis en avant pour ses paysages et son dynamisme associatif, se retrouve cette fois citée dans des médias comme Libération ou Mediapart pour les conditions de cette interpellation.
« On Fait Pas L’Pont » : quatre jours de mobilisation prévus
Les Soulèvements de la Terre ont officialisé sur X leur appel à mobilisation pour le week-end de l’Ascension :
Du 14 au 17 mai 2026, le mouvement appelle à des manifestations, des conférences et des actions festives à Saint-Péray sous le slogan « On Fait Pas L’Pont ». Le collectif dénonce une préfecture qui aurait décidé « d’accélérer le chantier de déviation avec l’aide d’une police en roue libre », selon leurs termes publiés sur le réseau social.
La députée écologiste Sandrine Rousseau s’était déjà rendue à Saint-Péray pour soutenir les militants, selon ici.fr Drôme-Ardèche, dénonçant un projet contesté « depuis plus de dix ans ».
Contexte dans l’Ardèche
L’Ardèche est un département rural de 330 000 habitants environ, où les projets d’infrastructure routière suscitent régulièrement des débats entre désenclavement et préservation des milieux naturels. La vallée du Rhône, à la frontière avec la Drôme, concentre l’essentiel de la population et de l’activité économique départementale.
Le projet de déviation de Saint-Péray s’inscrit dans une logique de désaturation de l’axe Valence-Guilherand-Granges, zone densément urbanisée en rive droite du Rhône. Mais la rive ardéchoise, moins artificialisée, abrite des zones humides et des espèces protégées que les associations comme Alterre mettent en avant depuis le début de la controverse.
Ce type de conflit entre projet d’aménagement et protection environnementale est récurrent en Ardèche, département où les recours juridiques liés à la biodiversité ont abouti à plusieurs suspensions de chantiers ces dernières années. La question des violences policières présumées lors d’interventions sur des sites contestés trouve également un écho plus large dans le débat public national sur le maintien de l’ordre face aux mouvements écologistes.
Les financements du projet - communauté de communes Rhône-Crussol, département de l’Ardèche, potentiellement l’État - font l’objet d’un suivi au conseil départemental, dont les délibérations de décembre 2025 mentionnent explicitement la déviation.
Des recours encore pendants
Au-delà de la mobilisation de mai, plusieurs recours juridiques restent en cours contre le projet, selon les informations disponibles. La mise en service est officiellement prévue pour fin 2027 par les porteurs du projet. Le calendrier dépendra notamment des suites judiciaires et de l’issue des procédures administratives engagées par les associations opposantes.
La semaine du 14 mai constituera un test pour la capacité de mobilisation des opposants, mais aussi pour la réponse des autorités après l’enquête IGPN toujours ouverte.
Sources
- StreetPress : Violences, menaces et homophobie : un policier ardéchois visé par l'IGPN
- Mediapart : En Ardèche, un policier visé par une enquête pour « violences » sur des militants écologistes
- Préfecture de l'Ardèche : Déviation de Saint-Péray : reprise partielle des travaux
- Le Dauphiné Libéré : Les opposants au projet de déviation à Saint-Péray appellent à la mobilisation en mai