Scola Corsa : 1 100 personnes devant les préfectures, le recours de l’État maintenu
Le 28 avril, élèves, parents et élus nationalistes se sont mobilisés à Bastia et Ajaccio pour défendre l'association d'enseignement immersif en corse.
Environ 600 personnes à Bastia et 500 à Ajaccio ont manifesté leur soutien à Scola Corsa le 28 avril 2026 devant les préfectures. Une délégation incluant le maire de Bastia Gilles Simeoni a été reçue en soirée. Le préfet de Haute-Corse a refusé de retirer son recours au tribunal administratif.
Environ 600 personnes à Bastia et 500 à Ajaccio ont manifesté leur soutien à Scola Corsa le 28 avril 2026 devant les préfectures. Une délégation incluant le maire de Bastia Gilles Simeoni a été reçue en soirée. Le préfet de Haute-Corse a refusé de retirer son recours au tribunal administratif.
L’essentiel
- Rassemblements : environ 600 participants à Bastia et 500 à Ajaccio le 28 avril 2026, soit plus de 1 100 personnes au total selon Corse Net Infos et Ici Corse.
- Délégation reçue : Gilles Simeoni (maire de Bastia) et Michel Castellani (député) figuraient parmi les représentants reçus par le préfet de Haute-Corse vers 18h30.
- Recours maintenu : le préfet refuse de retirer la contestation du financement de 1,3 million d’euros versé par la Collectivité de Corse à Scola Corsa.
- Réunion prévue : une rencontre quadripartite État-Région-Académie-Association est annoncée pour la semaine suivante.
- Mobilisation lycéenne : des blocages d’établissements se poursuivent le 29 avril à Bastia (cité Montesoro), Ajaccio et Porto-Vecchio.
Deux rassemblements simultanés, plus de 1 100 participants
Le mardi 28 avril, des rassemblements se sont tenus simultanément devant les préfectures de Bastia et d’Ajaccio. Selon Corse Net Infos, environ 600 personnes étaient réunies à Bastia, 500 à Ajaccio. Élèves, parents d’élèves, enseignants et élus nationalistes figuraient parmi les participants.
Le parti Femu a Corsica a confirmé sa présence sur les deux sites. Sur X, le compte officiel du parti a publié en corse : « Parechji militanti è eletti di Femu a Corsica eranu presente in Bastia è in Aiacciu per sustene a federazione Scola Corsa ».
L’organisation de défense des langues régionales Eurolang a relayé la mobilisation, estimant le total à « près de 1 000 personnes » concentrées devant les deux préfectures.
La réunion en préfecture : recours maintenu, quadripartite annoncée
Vers 18h30, une délégation de Scola Corsa a été reçue par le préfet de Haute-Corse à Bastia. Elle comprenait notamment le maire de Bastia Gilles Simeoni et le député Michel Castellani, selon France 3 Corse et Ici Corse.
L’issue de la réunion n’a pas donné satisfaction aux défenseurs de l’association. Le préfet a refusé de retirer le recours déposé devant le tribunal administratif contre le financement accordé par la Collectivité de Corse. En revanche, une réunion quadripartite réunissant l’État, la Collectivité de Corse, l’Académie de Corse et l’association est prévue dans la semaine suivante.
Après la rencontre, un porte-parole de Scola Corsa a déclaré : « Nous restons vigilants et mobilisés », selon France 3 Corse. L’association demande la contractualisation par l’État des 11 postes d’enseignants, condition jugée indispensable à sa pérennité.
Qu’est-ce que Scola Corsa et pourquoi ce recours ?
Fondée en 1971 pour promouvoir la langue corse, l’association a relancé ses activités d’enseignement immersif en 2021. Elle gère aujourd’hui cinq écoles associatives, laïques et gratuites, réparties en 13 classes, scolarisant environ 200 élèves, selon Corse Net Infos et le site officiel de l’association.
Son modèle financier repose à 70 % sur des subventions publiques. La principale contribution provient de la Collectivité de Corse : 1,3 million d’euros pour 2026, soit environ 60 % du budget total. C’est précisément cette subvention que le préfet conteste devant le tribunal administratif, selon Ici Corse. La légalité de ce financement au regard des textes encadrant les associations privées sous contrat avec l’Éducation nationale est au cœur du différend.
Scola Corsa prévoit d’accueillir 280 élèves à la rentrée 2026, contre 200 actuellement, selon son site officiel - soit une hausse de 40 %. L’association y voit un « plébiscite » des familles pour l’enseignement en immersion totale.
Blocages de lycées : la mobilisation étudiante dure
La journée du 29 avril a été marquée par de nouveaux blocages d’établissements scolaires. France 3 Corse rapporte des perturbations à la cité Montesoro à Bastia, ainsi qu’aux lycées Laetitia, Saint-Paul et Fesch à Ajaccio, et dans un établissement à Porto-Vecchio.
Ces actions s’inscrivent dans un mouvement commencé plusieurs jours plus tôt. Le syndicat lycéen Ghjuventù Independentista avait bloqué la cité scolaire Pascal-Paoli à Corte le 27 avril 2026. Le syndicat STC Éducation avait de son côté lancé un appel à la mobilisation dès le 15 avril 2026, dénonçant ce qu’il qualifie de « blocage de l’État ».
Des actions comparables, liées à des enjeux de langue corse ou de politique éducative insulaire, ont régulièrement ponctué l’actualité corse ces dernières années, bien que l’ampleur de la mobilisation actuelle - plus de 1 100 personnes en une journée sur deux villes - soit notable. À Ajaccio, les forces de l’ordre sont habituées aux rassemblements liés aux revendications nationalistes, comme en témoigne la formation récente des policiers de la ville à la gestion de situations sensibles.
Contexte en Haute-Corse
La Haute-Corse (2B) compte Bastia comme principale ville, avec environ 48 000 habitants selon les estimations INSEE 2025. L’île entière regroupe 362 253 habitants, avec une croissance démographique de +1,8 % par an, l’une des plus soutenues de France métropolitaine.
La question de la langue corse occupe une place particulière dans le débat politique local depuis des décennies. Les formations nationalistes - dont Femu a Corsica, qui soutient ouvertement Scola Corsa - sont majoritaires à l’Assemblée de Corse. La Collectivité de Corse, présidée par des autonomistes, est directement impliquée en tant que principal bailleur de fonds de l’association contestée.
Le recours préfectoral s’inscrit dans une tension récurrente entre les institutions insulaires et l’État sur les marges d’autonomie financière accordées aux structures d’enseignement régional. Cette friction n’est pas propre à la Corse : à l’échelle nationale, la question du financement public des associations d’enseignement en langue régionale reste un sujet juridiquement non stabilisé. Le débat autour de mobilisations locales liées à des décisions nationales est aussi présent dans d’autres contextes, comme la mobilisation à Orléans contre la réduction des effectifs de l’inspection du travail.
Pour Scola Corsa, l’enjeu est existentiel. Sans les 1,3 million d’euros de la Collectivité ni la prise en charge des 11 postes enseignants par l’État, la viabilité des cinq écoles est menacée à court terme, selon les responsables de l’association.
Prochaine étape : la réunion quadripartite
La réunion quadripartite annoncée par le préfet - État, Collectivité de Corse, Académie, Scola Corsa - doit se tenir dans les jours suivant le 28 avril 2026. Son ordre du jour précis et sa date exacte n’ont pas été communiqués à ce stade. L’issue de cette rencontre déterminera si les mobilisations se poursuivent ou si une sortie de crise est négociée avant la prochaine audience au tribunal administratif.
Sources
- Corse Net Infos : Plusieurs centaines de personnes rassemblées à Bastia et Ajaccio en soutien à Scola Corsa
- France 3 Corse : "Nous restons vigilants et mobilisés" : deux rassemblements à Ajaccio et Bastia en soutien à Scola corsa
- Ici Corse : Plus de 1 000 personnes manifestent leur soutien à Scola Corsa sans garantie de l'État pour l'instant
- France 3 Corse : Soutien à Scola Corsa : les blocages de lycées se poursuivent ce mercredi