Scolytes et sécheresse : le préfet de l’Ain encadre les coupes dans la Haute-Chaîne
Deux arrêtés préfectoraux autorisent des coupes sanitaires dans la Réserve Naturelle de la Haute-Chaîne du Jura, en partenariat avec l'ONF et Pays de Gex agglomération.
Les épicéas de la Réserve Naturelle Nationale de la Haute-Chaîne du Jura dépérissent sous l'effet conjugué des sécheresses répétées et des scolytes. Le préfet de l'Ain a formalisé deux arrêtés pour encadrer les coupes sanitaires. Une journée de terrain organisée le 23 avril 2026 a réuni l'ONF et France Nature Environnement.
Les épicéas de la Réserve Naturelle Nationale de la Haute-Chaîne du Jura dépérissent sous l’effet conjugué des sécheresses répétées et des scolytes. Le préfet de l’Ain a formalisé deux arrêtés pour encadrer les coupes sanitaires. Une journée de terrain organisée le 23 avril 2026 a réuni l’ONF et France Nature Environnement.
L’essentiel
- Deux arrêtés préfectoraux : signés pour encadrer les coupes sanitaires dans la Réserve Naturelle Nationale de la Haute-Chaîne du Jura, en partenariat avec l’ONF et Pays de Gex agglomération.
- 10 800 hectares protégés : la réserve, créée le 23 février 1993, abrite des forêts d’épicéas aujourd’hui en dépérissement massif.
- Plus de 10 000 arbres atteints : dans la seule forêt communale de Gex en trois ans (jusqu’en 2025), soit 74 % de la récolte annuelle, selon Le Pays Gessien.
- 1,8 million de m³ de bois scolyté sur l’ensemble du massif du Jura depuis le début de l’épidémie en 2018, selon le Livre Blanc du massif du Jura.
- 23 avril 2026 : journée d’échanges et de visites de terrain organisée par l’ONF avec France Nature Environnement pour présenter les actions en cours.
Ce qui s’est passé le 23 avril
L’Office national des forêts a organisé, en partenariat avec France Nature Environnement, une journée d’échanges et de visites dans la réserve. Objectif : présenter les dispositifs mis en place face au dépérissement. Le préfet de l’Ain a confirmé sur le compte officiel de la préfecture la mise en œuvre des deux arrêtés préfectoraux.
Ces arrêtés ont été élaborés en concertation avec Pays de Gex agglomération et l’ONF. Ils visent à autoriser des coupes sanitaires tout en préservant les objectifs de la réserve naturelle : protection de la biodiversité, maintien des habitats, respect du régime forestier propre à une zone protégée.
Le mécanisme des scolytes : des galeries qui tuent l’arbre
Les scolytes sont des coléoptères xylophages qui s’attaquent aux épicéas affaiblis. Ils creusent des galeries sous l’écorce, coupant les flux de sève. L’arbre meurt rapidement, souvent en quelques semaines. La préfecture de l’Ain et l’ONF ont documenté cette progression sur le site de la préfecture.
Les épisodes de sécheresse récurrents depuis 2018 ont fragilisé les arbres, réduisant leur capacité à se défendre contre les attaques d’insectes. Sur le massif du Jura, le Livre Blanc publié en décembre 2025 par les préfectures de Bourgogne-Franche-Comté chiffre à environ 1,8 million de m³ le volume de bois d’épicéa scolyté ou récolté depuis le début de l’épidémie. Une donnée qui illustre l’ampleur du phénomène bien au-delà des seules forêts de l’Ain.
Les forêts jurassiennes sont particulièrement exposées en raison de leur composition : historiquement dominées par les résineux, épicéas en tête, comme d’autres massifs français qui engagent des révisions de leur gestion forestière, le Jura doit aujourd’hui repenser la structure même de ses peuplements.
La forêt de Gex : un cas emblématique du Pays de Gex
Dans la forêt communale de Gex, plus de 10 000 arbres ont été atteints de dépérissement en trois ans, jusqu’en 2025. Ce chiffre représente près de 74 % de la récolte annuelle, selon Le Pays Gessien. Des centaines d’arbres ont déjà été abattus à titre curatif.
C’est dans ce contexte que les arrêtés préfectoraux prennent tout leur sens : sans cadre réglementaire adapté, les gestionnaires de la réserve ne peuvent pas procéder aux coupes nécessaires sur une zone à statut protégé. Le dispositif introduit une dérogation encadrée, limitée aux arbres diagnostiqués comme atteints, et soumise à bilan annuel.
La DREAL Auvergne-Rhône-Alpes a rendu un avis sur l’opportunité de ces coupes sanitaires dans la réserve, selon les documents consultables sur son site. Un bilan annuel est prévu en 2026 pour évaluer les résultats et ajuster la gestion.
Contexte dans l’Ain
La Réserve Naturelle Nationale de la Haute-Chaîne du Jura s’étend sur 10 800 hectares dans le département de l’Ain, le long du massif jurassien. Créée le 23 février 1993, elle constitue l’un des espaces naturels protégés les plus vastes de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Les forêts publiques concernées par la crise des scolytes y représentent environ 12 000 hectares selon les données disponibles.
Le département de l’Ain est doublement concerné : par le massif jurassien à l’est et par la Dombes à l’ouest, deux territoires forestiers aux dynamiques très différentes. C’est le Jura qui concentre l’essentiel des dégâts liés aux scolytes, une problématique partagée avec les départements voisins du Doubs, du Jura et de l’Ain burgonde. Le massif du Jura, traversé par des axes économiques structurants, voit ainsi ses ressources forestières sous double pression.
La situation est qualifiée d’épidémique en 2025 par la préfecture de l’Ain. Les données du département pointent une dégradation continue depuis les sécheresses de 2018, sans stabilisation observée à ce jour.
Une crise nationale qui frappe plus fort au nord
L’ONF le documente : la crise des scolytes s’accélère partout en France, mais c’est la moitié nord du pays, avec ses vastes peuplements d’épicéas, qui subit les dégâts les plus sévères. Au niveau national, la mortalité des arbres toutes causes confondues a progressé de 125 % en dix ans : 16,7 millions de m³ par an en moyenne sur la période 2015-2023, contre moins de 8 millions sur 2005-2013, selon l’Inventaire Forestier National publié par l’IGN en 2025.
Ces chiffres placent la gestion forestière dans une situation inédite. Les coupes sanitaires, longtemps considérées comme des mesures d’exception, deviennent une composante ordinaire de la sylviculture. L’ONF, déjà au cœur de débats sur ses pratiques en forêt de Dreux, doit articuler urgence sanitaire et respect des cahiers des charges propres à chaque espace protégé.
Dans la Haute-Chaîne, la conciliation entre impératif sanitaire et objectifs de conservation est rendue possible par le dispositif des arrêtés préfectoraux. France Nature Environnement, associée à la journée du 23 avril, a participé aux échanges sur cette approche. La position formelle de l’association sur les arrêtés n’a pas été précisée dans les communications officielles disponibles.
Un cadre réglementaire à évaluer sur la durée
Les deux arrêtés préfectoraux posent un cadre mais ne règlent pas la question de fond : la recomposition des forêts. France 3 Régions a documenté la transformation en cours dans le massif jurassien, où l’épicéa à 100 % cède la place à des essences plus mixtes sous l’effet du réchauffement. Cette transition forestière, si elle est inévitable à terme, ne se fait pas sans pertes économiques et écologiques à court terme.
La DREAL Auvergne-Rhône-Alpes doit produire un bilan annuel des actions engagées dans la réserve. Le recours à l’arrêté préfectoral comme outil de gestion de crise s’inscrit dans une logique plus large d’adaptation réglementaire aux urgences environnementales. Ce bilan 2026 constituera le premier test sérieux du dispositif mis en place dans la Haute-Chaîne.