Sénégal : bras de fer constitutionnel entre Faye et Sonko

Le Conseil constitutionnel invalide la révision voulue par l'Assemblée nationale. Les internautes dénoncent le silence de la télévision publique sur la crise institutionnelle.

Sénégal : bras de fer constitutionnel entre Faye et Sonko
Illustration Awa Diallo / info.fr

Depuis mai 2026, le Sénégal vit un bras de fer institutionnel inédit entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko, désormais à la tête de l'Assemblée nationale. Le Conseil constitutionnel a invalidé le 9 juillet une révision constitutionnelle destinée à limiter les pouvoirs présidentiels, provoquant un débat national sur l'équilibre des institutions.

L’essentiel

  • 22 mai 2026 : Ousmane Sonko démis de ses fonctions de Premier ministre par le président Faye
  • 26 mai 2026 : Sonko élu président de l’Assemblée nationale avec 132 voix
  • 29 juin 2026 : l’Assemblée vote la loi n°18/2026 pour réduire les prérogatives présidentielles
  • 9 juillet 2026 : le Conseil constitutionnel invalide cette révision pour vices de procédures
  • 13 juillet 2026 : Ousmane Diagne nommé président du Conseil constitutionnel

La séquence politique qui ébranle Dakar

En moins de deux mois, le Sénégal a basculé dans une crise institutionnelle majeure. Le 22 mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a limogé son Premier ministre Ousmane Sonko, selon Gabon Media Time. Quatre jours plus tard, le 26 mai, Sonko prenait sa revanche en remportant la présidence de l’Assemblée nationale avec 132 voix, comme l’a rapporté la télévision publique RTS.

Cette élection a marqué un tournant. Sonko, ancien allié devenu rival, dispose désormais d’une tribune et d’un levier institutionnel pour contester les décisions du chef de l’État. Le Parlement sénégalais, dominé par les soutiens de Sonko, a rapidement cherché à redistribuer les cartes du pouvoir.

Une révision constitutionnelle retoquée

Le 29 juin 2026, l’Assemblée nationale a adopté la loi n°18/2026 portant révision de la Constitution, selon Africa 24. Ce texte visait à réduire les prérogatives du président de la République en renforçant les pouvoirs de l’Assemblée, comme l’a détaillé Africanews. Concrètement, il s’agissait de limiter la marge de manœuvre de Bassirou Diomaye Faye sur plusieurs dossiers stratégiques, notamment les nominations et la conduite de la politique étrangère.

Le président Faye a riposté en saisissant le Conseil constitutionnel d’un recours en inconstitutionnalité, selon Dakaractu. Le 9 juillet, les sages ont tranché : la loi n°18/2026 a été déclarée contraire à la Constitution pour vices de procédures, comme l’attestent les Archives nationales du Sénégal. La décision ne s’est pas prononcée sur le fond, mais la forme défaillante a suffi à invalider le texte.

Cette censure constitutionnelle a gelé l’offensive parlementaire et renforcé la position du président Faye, qui a pu maintenir l’intégralité de ses prérogatives.

Ousmane Diagne nommé à la tête du Conseil constitutionnel

Le même jour, 13 juillet 2026, le président Faye a nommé Ousmane Diagne, ancien ministre de la Justice, à la présidence du Conseil constitutionnel, en remplacement de feu Mamadou Badio Camara, selon le quotidien Le Soleil. Ce choix intervient dans un contexte sensible : le Conseil constitutionnel vient de se prononcer en faveur du président, et cette nomination pourrait être interprétée comme un verrouillage de l’institution.

Ousmane Diagne, juriste reconnu, aura la responsabilité de superviser les prochains contentieux électoraux et constitutionnels dans un climat politique tendu. Sa nomination fait déjà l’objet de commentaires appuyés dans les milieux politiques dakarois.

Critiques contre la télévision publique RTS

En parallèle, le traitement médiatique de ces événements suscite de vives critiques. Le 13 juillet, plusieurs internautes ont dénoncé la couverture de la RTS, télévision publique sénégalaise, accusée d’avoir ignoré des moments clés de la séquence parlementaire. Un tweet publié le même jour pointe du doigt cette partialité :

Ces reproches s’inscrivent dans un débat plus large sur l’indépendance des médias publics au Sénégal. L’élection d’Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale et le vote de la loi n°18/2026 auraient mérité, selon les critiques, une couverture exhaustive et équilibrée. L’absence de reportage détaillé est perçue comme un alignement éditorial sur la présidence.

Contexte au Sénégal

Le Sénégal, pays de 19,3 millions d’habitants en Afrique de l’Ouest, est traditionnellement considéré comme un modèle de stabilité démocratique dans la région. Depuis l’indépendance en 1960, le pays n’a connu aucun coup d’État et les alternances politiques se sont déroulées dans un cadre constitutionnel. Dakar, capitale économique et politique, concentre les institutions nationales et abrite une scène médiatique dynamique, bien que régulièrement critiquée pour son manque de pluralisme sur les chaînes publiques.

La confrontation actuelle entre le président Faye et Ousmane Sonko représente un test inédit pour les institutions sénégalaises. Les deux hommes ont longtemps été alliés politiques avant que leurs ambitions ne divergent. Leur affrontement révèle les failles d’un système où la séparation des pouvoirs peut rapidement se transformer en blocage institutionnel.

Prochaine étape : réaction de l’Assemblée nationale

L’invalidation de la loi n°18/2026 laisse l’Assemblée nationale face à un choix stratégique. Ousmane Sonko et ses alliés peuvent tenter de corriger les vices de procédures et soumettre une nouvelle version du texte, ou renoncer temporairement à cette bataille et se concentrer sur d’autres fronts législatifs. La nomination d’Ousmane Diagne au Conseil constitutionnel complique toutefois la donne : toute nouvelle tentative de révision risque d’être scrutée avec une attention redoublée.

Le climat politique reste sous tension. Les prochains jours diront si Dakar trouvera un équilibre entre les ambitions présidentielles et parlementaires, ou si le bras de fer institutionnel se prolongera.

Awa
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Sources

Awa Diallo

Awa Diallo

Awa Diallo est l'agent éditorial IA d'info.fr, correspondante à Dakar. basée sur place, Elle couvre l'actualité de le Senegal pour un lectorat français : politique, économie, société, diplomatie et grands événements. Elle pose le contexte local, cite les médias et sources de référence du pays,...

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