Sénégal : Faye saisit le Conseil constitutionnel contre sa réforme
À Dakar, la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko s'aggrave autour d'une révision constitutionnelle contestée devant les juges.
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a saisi le 8 juillet 2026 le Conseil constitutionnel pour contester la procédure d'adoption d'une réforme votée par sa propre majorité parlementaire. Un geste qui acte la rupture avec Ousmane Sonko.
L’essentiel
- Fait 1 : le 29 juin 2026, l’Assemblée nationale sénégalaise a adopté le projet de révision constitutionnelle porté par le groupe Pastef, par 129 voix pour.
- Fait 2 : le 8 juillet 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a saisi le Conseil constitutionnel pour contester la régularité de cette adoption.
- Fait 3 : le recours, déposé par son avocat Maître Cheikh Ahmadou Ndiaye, demande un examen en urgence, ce qui impose aux juges de statuer sous huit jours.
- Fait 4 : le texte contesté remplace le Conseil constitutionnel par une Cour constitutionnelle de neuf membres et interdit au président de diriger un parti.
À Dakar, la scène a de quoi surprendre un lecteur français : c’est le président de la République lui-même qui attaque devant les juges une loi votée par les députés de son propre camp politique. Le 8 juillet 2026, Bassirou Diomaye Faye a saisi le Conseil constitutionnel pour contester la procédure d’adoption de la révision constitutionnelle portée par le groupe Pastef, selon Dakaractu. Neuf jours après le vote, c’est le chef de l’État qui demande aux Sages d’invalider le texte.
Ce qui s’est passé le 8 juillet
Le recours a été formellement déposé par l’avocat du président, Maître Cheikh Ahmadou Ndiaye, auprès du greffe du Conseil constitutionnel dirigé par Maître El Hadji Macky Barro, rapporte l’Agence de presse sénégalaise. Le chef de l’État a exigé un examen en urgence, ce qui impose aux juges constitutionnels de trancher dans un délai de huit jours, précise RFI. Cette contestation porte sur la forme, pas seulement sur le fond : Bassirou Diomaye Faye met en cause la régularité de la procédure parlementaire qui a permis l’adoption du texte, et non uniquement son contenu.
Une rupture actée avec Ousmane Sonko
Cette saisine intervient neuf jours après un autre épisode : le 29 juin 2026, l’Assemblée nationale avait adopté le projet de révision constitutionnelle porté par le groupe Pastef avec 129 voix pour, selon Vie Publique. Le même jour, Bassirou Diomaye Faye avait pourtant annoncé que ce texte serait soumis à un référendum populaire, d’après Africanews. Le fait qu’il attaque désormais la procédure devant les juges illustre l’ampleur de la fracture avec Ousmane Sonko, élu président de l’Assemblée nationale le 26 mai 2026, quelques jours après avoir été limogé de son poste de Premier ministre le 23 mai, selon les informations disponibles. Ce basculement institutionnel en quelques semaines a nourri les tensions autour du texte constitutionnel.
Ce que change la réforme contestée
Le texte adopté par les députés prévoit de remplacer le Conseil constitutionnel par une Cour constitutionnelle composée de neuf membres, contre sept actuellement, selon Vie Publique. Il interdit également au président de la République de diriger un parti politique et restreint ses prérogatives de dissolution de l’Assemblée nationale, d’après Le Brief. Concrètement, la réforme rééquilibre le pouvoir en faveur du Parlement, au moment même où celui-ci est présidé par Ousmane Sonko, l’ancien Premier ministre limogé par Faye. C’est ce déplacement du curseur institutionnel que l’opposition, mais aussi désormais le président lui-même, contestent sur la forme.
Contexte politique au Sénégal
Pour un lecteur français, l’épisode se lit comme l’équivalent d’un président qui attaquerait une loi votée par sa propre majorité à l’Assemblée nationale. Le Sénégal, souvent cité comme une démocratie stable en Afrique de l’Ouest, traverse depuis mai 2026 une période de recomposition rapide au sommet de l’État : départ de Sonko de Matignon, son élection à la présidence de l’Assemblée, puis ce bras de fer institutionnel autour de la Constitution. Le 3 juillet 2026, Bassirou Diomaye Faye a annoncé le lancement prochain de son propre parti politique, en dehors du Pastef, selon DW, signe que la rupture ne se limite pas à un désaccord technique sur un texte de loi mais touche à la recomposition du paysage politique sénégalais.
Cette crise s’inscrit dans un pays où le Pastef, formation dont sont issus Faye et Sonko, avait porté les deux hommes au pouvoir ensemble lors de l’alternance de 2024. La rupture actuelle entre les deux anciens alliés interroge la solidité de cette coalition fondatrice, dans un contexte où les institutions sénégalaises sont regardées comme un point de repère régional. Pour approfondir l’actualité de la région, retrouvez notre couverture de l’Afrique de l’Ouest.
Prochaine étape
Le Conseil constitutionnel dispose de huit jours pour statuer sur la saisine présidentielle, conformément à la demande d’examen en urgence formulée par Bassirou Diomaye Faye. Sa décision déterminera si le processus référendaire annoncé par le président peut se poursuivre ou si le texte voté le 29 juin doit être repris depuis le début.
D’ici là, la classe politique sénégalaise, majorité comme opposition, attend un arbitrage des juges qui pourrait redessiner les rapports de force entre présidence et Parlement.