Sénégal : la rupture Diomaye Faye-Sonko s’installe au sommet de l’État
Entre saisine du Conseil constitutionnel et création d'un nouveau parti, le président sénégalais acte sa rupture avec Ousmane Sonko
Bassirou Diomaye Faye a saisi le Conseil constitutionnel le 6 juillet pour contester une loi limitant ses pouvoirs, votée par une Assemblée nationale présidée par Ousmane Sonko. Le chef de l'État prépare en parallèle son propre parti, confié à Aminata Touré.
L’essentiel
- Fait 1 : Bassirou Diomaye Faye a saisi le Conseil constitutionnel le 6 juillet 2026 pour contester la loi n°18/2026, votée le 29 juin par l’Assemblée nationale.
- Fait 2 : Ousmane Sonko, limogé de la Primature en mai 2026, préside désormais l’Assemblée nationale.
- Fait 3 : Le président a désigné sa conseillère Aminata Touré pour structurer son propre parti politique.
- Fait 4 : Le député El Hadji Guèye a déposé le 7 juillet 2026 une demande d’audit parlementaire sur la gestion des Lions de la Teranga, bloqués cinq jours à Seattle.
- Fait 5 : Les élections locales, prévues en 2027, s’annoncent comme le premier test électoral de cette rupture.
À Dakar, la nouvelle occupe toutes les unes ce mercredi : le divorce entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko franchit une étape supplémentaire. Deux fronts s’ouvrent en même temps, l’un institutionnel autour d’une réforme constitutionnelle, l’autre plus inattendu autour de la gestion des Lions de la Teranga au dernier Mondial.
Une loi contestée devant le Conseil constitutionnel
Le 6 juillet 2026, le président sénégalais a saisi le Conseil constitutionnel pour contester l’adoption de la loi n°18/2026, selon l’agence APA News. Ce texte, voté le 29 juin par l’Assemblée nationale que préside justement Ousmane Sonko, limite les pouvoirs du chef de l’État et lui interdit de cumuler ses fonctions avec la direction d’un parti, précise Africanews. La présidence demande au Conseil de statuer en urgence, sous un délai de huit jours, sur la régularité de la procédure d’adoption, rapporte Dakaractu.
Pour un lecteur français, la portée du texte parle d’elle-même : c’est un peu comme si le Parlement votait une loi interdisant au président de la République de diriger simultanément son propre parti, en pleine crise avec sa majorité. Sauf qu’ici, la majorité parlementaire est précisément contrôlée par l’homme avec qui la rupture est consommée.
Sonko et Faye, une rupture consommée
Le fil de la crise remonte à mai 2026, lorsque Sonko avait été limogé de la Primature avant de prendre la présidence de l’Assemblée nationale, rappelle Africanews. Depuis, chacun trace sa route. Selon Reuters, le président Faye a entamé le 6 juillet les démarches pour fonder son propre parti, actant sa séparation avec le Pastef, la formation dirigée par son ancien mentor. Il a confié à sa conseillère principale Aminata Touré la direction du groupe de travail chargé de structurer cette nouvelle formation, toujours selon Africanews.
Le journaliste Rfemassala décrit sur X une posture inattendue du côté de Sonko : « Ce qui est marquant dans cette séquence, c’est la tranquillité d’esprit de Sonko […] Sonko a la porte ouverte. En maintenant le contrôle de son agenda… »
Selon Le Monde, une partie de l’opposition choisit de soutenir Diomaye Faye dans ce bras de fer, signe que la ligne de fracture ne recoupe pas simplement majorité contre opposition, mais traverse désormais le camp au pouvoir lui-même.
L’audit sur les Lions de la Teranga, nouvel épisode
La crise politique a trouvé un terrain inattendu : le sport. Des députés ont soumis le 7 juillet 2026 une proposition de mission d’audit parlementaire, confiée à Ousmane Sonko en tant que président de l’Assemblée, sur la gestion logistique et financière des Lions du Sénégal, rapporte Seneweb. Cette demande fait suite au blocage pendant plusieurs jours de la délégation sénégalaise à Seattle, après son élimination de la Coupe du monde 2026 face à la Belgique, précise Afrik.com.
Les posts qui circulaient sur X ce 8 juillet critiquaient ouvertement la gestion de cet épisode par les autorités, mêlant reproches sportifs et défiance politique envers Faye et Sonko. Le compte Senego a relayé la séquence en ligne :
Que cette mission d’audit soit confiée à Sonko n’a rien d’anodin : elle place le président de l’Assemblée en position d’arbitre sur un sujet sensible pour l’exécutif, à quelques jours d’un examen constitutionnel qui l’oppose frontalement au président.
Contexte au Sénégal
Cette bataille institutionnelle intervient dans un climat économique tendu. Selon Africanews, les tensions politiques s’exacerbent depuis la révélation d’une dette nationale mal déclarée sous la précédente administration, un dossier qui avait déjà pesé sur les premiers mois du mandat de Diomaye Faye. Pour les lecteurs français qui suivent l’actualité sénégalaise depuis l’alternance de 2024, la scène politique de Dakar reste structurée autour du duo Faye-Sonko, qui avait porté ensemble la victoire électorale du Pastef. Leur rupture actuelle rebat les cartes à l’approche des élections locales de 2027, présentées par Africanews comme le prochain rendez-vous électoral où les deux camps s’affronteront directement.
Prochaine étape
Le Conseil constitutionnel doit statuer sous un délai d’urgence de huit jours sur la saisine présidentielle du 6 juillet, ce qui place une décision autour de la mi-juillet. La structuration du nouveau parti présidentiel, pilotée par Aminata Touré, et l’issue de la demande d’audit parlementaire sur les Lions de la Teranga seront les prochains indicateurs à suivre à Dakar.