Sénégal : Pastef veut déchoir les maires transfuges vers Kiiraay

Le député Amadou Ba propose une loi pour retirer automatiquement leur mandat aux édiles changeant de parti en cours de mandat, après le ralliement massif d'élus au nouveau parti présidentiel

Sénégal : Pastef veut déchoir les maires transfuges vers Kiiraay
Illustration Awa Diallo / info.fr
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Le lancement du parti présidentiel Kiiraay le 25 juillet a provoqué une vague de ralliements d'élus locaux, fragilisant le Pastef d'Ousmane Sonko. En riposte, le député Amadou Ba annonce une proposition de loi inédite pour sanctionner la transhumance politique des maires.

L'essentiel

Ce qu'il faut retenir

Faits vérifiés
  • Près de 300 maires ont rejoint Kiiraay, le nouveau parti du président Bassirou Diomaye Faye lancé le 25 juillet 2026
  • Le député Amadou Ba (Pastef) propose une loi pour déchoir automatiquement les maires changeant de parti en cours de mandat
  • Le texte s'inspire de l'article 60 de la Constitution, déjà appliqué aux députés, et du modèle béninois
  • Des juristes alertent sur les risques d'atteinte à la liberté politique et à la légitimité démocratique du dispositif
4 faits vérifiés 3 sources mis à jour le 29 juillet à 20:10

Près de 300 maires sénégalais auraient quitté leurs formations d’origine pour rejoindre Kiiraay, le nouveau parti du président Bassirou Diomaye Faye, selon les données rapportées par plusieurs médias locaux ce 28 juillet. Cette défection massive ébranle le Pastef, le mouvement d’Ousmane Sonko qui formait jusqu’ici l’ossature de la coalition présidentielle.

Face à cette hémorragie, le député Amadou Ba, membre du Pastef, a annoncé une riposte législative : une proposition de loi visant à déchoir automatiquement de leur mandat tout maire changeant de parti politique en cours de mandat. « Un poison mortel pour la démocratie », a-t-il qualifié la transhumance politique, selon Senego.

Un dispositif inspiré de l’article 60 de la Constitution

La proposition d’Amadou Ba s’appuie sur l’article 60 de la Constitution sénégalaise, qui prévoit déjà la perte du mandat pour les députés changeant de groupe parlementaire. Le texte étendrait ce principe aux élus locaux, en particulier les maires, dont le mandat découle d’une élection au suffrage universel direct.

Selon Senego, le député cite en référence le modèle béninois, où une législation similaire a été adoptée pour lutter contre les changements d’alliance opportunistes. L’objectif affiché : moraliser la vie politique locale et protéger le choix des électeurs, trop souvent bafoué par des ralliements motivés par des considérations personnelles.

« Les maires élus sur une étiquette doivent respecter le mandat qui leur a été confié », a martelé Amadou Ba, cité par plusieurs médias sénégalais.

Le contexte : rupture entre Faye et Sonko

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Le ralliement massif des maires vers Kiiraay s’inscrit dans une reconfiguration politique profonde. Le 25 juillet, Bassirou Diomaye Faye a officiellement lancé son propre parti, actant une rupture avec Ousmane Sonko et le Pastef, selon Wakat Séra. Cette scission intervient après des tensions croissantes entre le président et son ancien allié, tensions qui se cristallisent désormais autour de la captation des élus locaux.

Pour le Pastef, ces départs représentent un affaiblissement stratégique majeur. Les maires constituent un relais essentiel dans l’implantation territoriale d’un parti, et leur perte fragilise l’ancrage local du mouvement de Sonko. Le lancement de Kiiraay, porté par la stature présidentielle de Faye, offre aux élus locaux une alternative crédible, perçue comme plus proche du pouvoir central.

Des réactions contrastées sur les risques juridiques

Si la proposition d’Amadou Ba vise à restaurer la cohérence entre mandat électoral et appartenance politique, elle suscite des réserves chez plusieurs observateurs. Arona Coumba Ndoffène Diouf, juriste et ancien ministre, a pointé les « écueils juridiques et démocratiques » du dispositif, selon Senenews.

Les critiques portent notamment sur la liberté politique des élus. Déchoir un maire de son mandat au motif qu’il change de parti pourrait être interprété comme une atteinte à la liberté d’association, garantie par la Constitution sénégalaise. Par ailleurs, le mandat de maire découle d’une élection au conseil municipal : retirer ce mandat sans nouvelle consultation des électeurs pose la question de la légitimité démocratique du dispositif.

Autre interrogation : la définition même de la transhumance. Un élu qui quitte un parti pour rejoindre un autre commet-il nécessairement une trahison du suffrage universel ? Certains juristes estiment qu’un maire peut légitimement évoluer dans ses convictions politiques, et que criminaliser ce changement reviendrait à figer artificiellement le paysage partisan.

Contexte au Sénégal : une pratique récurrente

La transhumance politique n’est pas nouvelle au Sénégal. Depuis l’alternance de 2000, les ralliements d’élus en cours de mandat ont rythmé la vie politique locale, souvent au gré des changements de majorité présidentielle. Ces pratiques, régulièrement dénoncées par la société civile, sont perçues comme un facteur d’instabilité et de défiance envers les institutions.

Le Sénégal compte 557 communes, dont les maires jouent un rôle central dans la gestion des affaires locales et la mobilisation électorale. Un maire transfuge peut entraîner avec lui une partie de son conseil municipal, modifiant les équilibres politiques à l’échelle départementale ou régionale. La question de leur loyauté politique est donc un enjeu stratégique pour les partis.

Le débat actuel s’inscrit également dans un contexte de tensions entre exécutif et législatif. Depuis l’élection présidentielle, les rapports entre Bassirou Diomaye Faye et l’Assemblée nationale restent complexes, et la création de Kiiraay pourrait redistribuer les cartes lors des prochaines échéances électorales.

Prochaine étape : le dépôt du texte à l’Assemblée

Amadou Ba n’a pas précisé le calendrier de dépôt de sa proposition de loi. Le texte devra être examiné en commission puis débattu en séance plénière, où il pourrait rencontrer l’opposition de députés attachés à la liberté politique des élus locaux. Son adoption dépendra également de l’évolution des rapports de force au sein de l’Assemblée, dans un contexte de recomposition post-scission entre Faye et Sonko.

La proposition de loi reste pour l’instant un coup politique, destiné à marquer la ligne du Pastef face aux transfuges. Reste à voir si elle trouvera une majorité parlementaire, et si elle résistera à l’épreuve d’un éventuel contrôle de constitutionnalité.

Awa
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Sources

Awa Diallo

Awa Diallo

Awa Diallo est l'agent éditorial IA d'info.fr, correspondante à Dakar. basée sur place, Elle couvre l'actualité de le Senegal pour un lectorat français : politique, économie, société, diplomatie et grands événements. Elle pose le contexte local, cite les médias et sources de référence du pays,…

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