Sénégal : le retour controversé de Macky Sall face aux exigences des victimes
L'ancien président est rentré à Dakar pour sa candidature à l'ONU, mais les familles des 60 à 67 morts de la répression réclament justice avant toute reconnaissance internationale
Macky Sall a atterri à Dakar ce 17 juillet 2026 pour la première fois depuis son départ du pouvoir. Venu consulter en vue de sa candidature au poste de Secrétaire général de l'ONU, l'ancien chef d'État fait face à une levée de boucliers des collectifs de victimes et d'ONG internationales qui exigent vérité et réparations pour les morts de 2021 à 2024.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Macky Sall est rentré à Dakar le 17 juillet 2026 pour des consultations liées à sa candidature au poste de Secrétaire général de l'ONU
- Au moins 60 à 67 personnes ont été tuées lors des manifestations politiques entre 2021 et 2024 sous son mandat
- Une loi d'amnistie adoptée le 6 mars 2024 couvre les actes de répression et empêche les poursuites judiciaires
- Le Collectif des victimes de Macky Sall, Human Rights Watch et Amnesty International réclament vérité, justice et réparations
- Un conseiller du président Bassirou Diomaye Faye a démissionné en signe de protestation contre la visite de l'ancien président
L’ancien président sénégalais Macky Sall a posé le pied à Dakar ce 17 juillet 2026, après plus de deux ans d’absence. Sa visite, annoncée comme une série de consultations liées à sa candidature au poste de Secrétaire général de l’ONU, a immédiatement ravivé les tensions autour de son bilan en matière de droits humains. Pendant que le président Bassirou Diomaye Faye le recevait au palais, des voix s’élevaient dans les rues et sur les réseaux sociaux pour dénoncer ce qu’elles qualifient d’insulte aux familles endeuillées.
Une candidature qui divise à Dakar et au-delà
Macky Sall brigue aujourd’hui le poste de Secrétaire général des Nations Unies, une ambition qui soulève de vives réactions au Sénégal. Le Collectif des victimes de Macky Sall et le Collectif des familles des martyrs ont multiplié les déclarations publiques ces derniers jours pour rappeler le lourd tribut payé sous son mandat. Selon les chiffres compilés par Human Rights Watch et Amnesty International, au moins 60 à 67 personnes ont été tuées lors des manifestations politiques qui ont secoué le pays entre 2021 et 2024.
Ces morts, survenues dans un contexte de tensions politiques aiguës autour de la candidature contestée de Macky Sall à un troisième mandat et de l’emprisonnement de figures de l’opposition comme Ousmane Sonko, restent gravées dans la mémoire collective. Pour les familles, la candidature onusienne de l’ancien président est jugée insultante, comme l’ont relayé plusieurs médias sénégalais dont Lequotidien et Senego.com.
Les exigences des victimes et des ONG
Le Collectif des victimes de Macky Sall, relayé par des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch, réclame trois axes prioritaires : vérité, justice et réparations. Dans un communiqué diffusé avant l’arrivée de l’ancien président, ces groupes ont appelé les autorités actuelles à garantir que le retour de Macky Sall ne se fasse pas au détriment de la mémoire des victimes.
Human Rights Watch a notamment pointé du doigt la loi d’amnistie générale adoptée le 6 mars 2024, quelques semaines avant la fin du mandat de Macky Sall. Cette loi couvre l’ensemble des actes liés aux manifestations politiques de la période 2021-2024, empêchant de facto toute poursuite judiciaire contre les responsables présumés de la répression. Amnesty International a qualifié cette amnistie d’obstacle majeur à la justice, estimant qu’elle favorise l’impunité.
Macky Sall, interrogé sur ces accusations lors d’interviews passées, a nié toute responsabilité directe dans les décès et a même suggéré l’abrogation de la loi d’amnistie pour permettre l’établissement des responsabilités, selon Amnesty International. Une position qui n’a pas convaincu les collectifs de victimes, qui y voient une tentative de se dédouaner.
Un accueil officiel qui fait grincer des dents
La rencontre entre Bassirou Diomaye Faye et Macky Sall au palais présidentiel a été largement commentée. Si le protocole diplomatique justifie cette réception, elle a provoqué des remous jusque dans les rangs du pouvoir actuel. Alioune Ibnou Abitalib Sow, conseiller du président Faye, a démissionné en signe de protestation contre cette visite, comme l’a rapporté TV5MONDE Info. Un geste rare qui témoigne de la fracture que provoque le retour de l’ancien chef d’État.
Sur les réseaux sociaux, les hashtags #JusticePourLesVictimes et #NonAMackySall ont circulé abondamment, portés par des citoyens et des militants des droits humains. Des rassemblements ont également été signalés dans plusieurs quartiers de Dakar, où des banderoles réclamaient vérité et mémoire avant toute légitimité internationale pour Macky Sall.
Contexte au Sénégal : un pays encore marqué par les violences politiques
Le Sénégal, souvent présenté comme un modèle de stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest, a connu entre 2021 et 2024 une période de turbulences politiques inédites. Les affrontements entre forces de l’ordre et manifestants ont fait des dizaines de morts, selon les bilans d’ONG internationales. La période a été marquée par l’arrestation d’Ousmane Sonko, leader de l’opposition et figure populaire, ainsi que par des reports et des controverses autour de l’élection présidentielle de 2024.
Bassirou Diomaye Faye, élu président en mars 2024, a bâti une partie de sa campagne sur la promesse de rupture avec les pratiques du régime précédent. Son gouvernement a par ailleurs accusé l’administration Sall d’avoir dissimulé une partie importante de la dette publique, une allégation relayée par TV5MONDE Info et Leral.net. Cette affaire alimente le climat de défiance autour du bilan de Macky Sall.
Avec une population jeune et connectée, le Sénégal voit ses débats politiques se jouer autant dans la rue que sur les plateformes numériques. Les médias locaux comme DAKARACTU.COM, PressAfrik, Xalima et SeneNews couvrent quotidiennement les réactions suscitées par le retour de l’ancien président, témoignant d’une société civile mobilisée et vigilante.
La loi d’amnistie, un verrou juridique
La loi d’amnistie du 6 mars 2024 cristallise une grande partie des critiques. Adoptée quelques semaines avant la fin du mandat de Macky Sall, elle couvre l’ensemble des infractions liées aux manifestations de 2021 à 2024, empêchant toute poursuite pénale. Pour Human Rights Watch et Amnesty International, cette loi constitue un frein majeur à la justice et à la réconciliation nationale.
Les collectifs de victimes réclament son abrogation et l’ouverture d’enquêtes indépendantes pour établir les responsabilités. Ils demandent également la création d’une commission vérité et réconciliation, sur le modèle de ce qui a été fait dans d’autres pays africains ayant connu des périodes de violences politiques.
Une candidature onusienne sous haute surveillance
La candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’ONU intervient dans un contexte où les instances internationales scrutent de plus en plus le bilan des candidats en matière de droits humains. Si aucun candidat officiel n’a encore été désigné pour succéder à António Guterres, dont le mandat se termine fin 2026, plusieurs noms circulent déjà dans les couloirs onusiens.
Pour les ONG, le soutien du Sénégal à son ancien président enverrait un signal préoccupant. Antoine Kaburahe, observateur cité par plusieurs médias, estime qu’il est inconcevable qu’un État apporte son appui à un ancien chef d’État dont le mandat reste marqué par des violences meurtrières. Human Rights Watch a appelé les États membres de l’ONU à prendre en compte le bilan de Macky Sall avant toute décision.
Prochaines étapes : consultations et pressions internationales
Macky Sall devait repartir de Dakar dans la soirée du 17 juillet, selon les informations rapportées par plusieurs médias locaux. Sa visite éclair n’était destinée qu’à des consultations politiques, mais elle aura suffi à remettre sur la table la question de la justice pour les victimes de la répression. Les collectifs annoncent de nouvelles actions dans les jours qui viennent pour maintenir la pression sur les autorités sénégalaises et sur la communauté internationale. La question de l’abrogation de la loi d’amnistie devrait occuper les débats parlementaires dans les mois à venir, tandis que la candidature onusienne de Macky Sall reste scrutée de près par les capitales africaines et les chancelleries occidentales.
Sources
- DAKARACTU.COM : Macky Sall de retour au Sénégal le 17 juillet 2026
- Human Rights Watch : Senegal: Victims' Demands Ahead of Former President Sall's Return
- TV5MONDE Info : Retour de Macky Sall au Sénégal : un conseiller du président Faye démissionne en signe de protestation
- Amnesty International : Senegal: Blanket amnesty law risks entrenching impunity
