Sénégal : Senelec menace de grève, la police verrouille Touba
À l'approche du Grand Magal, un conflit salarial à la Senelec et une vaste opération policière à Touba tendent le climat national
Alors que le Sénégal se prépare au Grand Magal de Touba, prévu début août 2026, les travailleurs de la Senelec menacent de faire grève pour une prime impayée. La police, elle, a lancé une opération de sécurisation d'envergure dans la nuit du 7 au 8 juillet.
L’essentiel
- Fait 1 : la Convergence Syndicale des Travailleurs de la Senelec (CSTS) menace de lancer un plan d’actions pouvant déboucher sur une grève générale, pour réclamer la Prime de rendement annuelle globale (PRAB), estimée entre 500 000 et 800 000 FCFA par agent.
- Fait 2 : la police nationale a mené l’opération « Karangué Baol » à Touba dans la nuit du 7 au 8 juillet 2026, avec 117 agents du GMI, de la BRS et de l’OCRTIS, aboutissant à 31 interpellations, 4 véhicules mis en fourrière et 125 pièces saisies.
- Fait 3 : le dispositif policier sera maintenu dans la région de Diourbel jusqu’à cinq jours avant le Grand Magal de Touba, prévu début août 2026.
Un bras de fer social à la Senelec
C’est un conflit qui couvait depuis plusieurs semaines et qui vient de franchir un cap. La Convergence Syndicale des Travailleurs de la Senelec (CSTS) a annoncé le lancement de son plan d’actions, avec une menace imminente de grève générale, selon Seneweb. En cause : le retard de versement de la Prime de rendement annuelle globale, la PRAB, que les agents réclament pour l’exercice 2026.
Selon Les Echos, cette prime représenterait entre 500 000 et 800 000 FCFA par employé, soit une somme non négligeable pour les salariés de l’entreprise publique d’électricité. Le bras de fer se joue entre le secrétaire général de la CSTS, Mohamed Habib Haïdara, et le directeur général de la Senelec, Papa Toby Gaye, rapporte Le Quotidien. Pour un lecteur français, la Senelec occupe une place comparable à celle d’EDF au Sénégal : c’est l’opérateur qui alimente en électricité l’ensemble du pays, ce qui donne à toute menace de grève une portée nationale immédiate.
Sur les réseaux sociaux, l’inquiétude autour d’éventuelles coupures s’est rapidement diffusée. Le média en ligne Le Dakarois a relayé les revendications des agents, qui ont décidé de rejoindre les mouvements de grève tant que la PRAB ne sera pas versée.
Karangué Baol : la police déploie les grands moyens à Touba
Dans le même temps, un autre front s’est ouvert, cette fois sécuritaire. La police nationale a lancé l’opération de sécurisation nocturne « Karangué Baol » à Touba dans la nuit du 7 au 8 juillet, selon l’Agence de presse sénégalaise (APS). L’opération, coordonnée par le commissaire Younousse Diédhiou, a mobilisé 117 policiers issus du Groupement mobile d’intervention (GMI), de la Brigade de recherche et de surveillance (BRS) et de l’OCRTIS.
Sept points de contrôle stratégiques ont été installés dans la ville, indique l’APS. Le bilan de cette nuit de patrouilles est lourd : 31 personnes interpellées, 4 véhicules mis en fourrière et 125 pièces administratives de conducteurs en infraction saisies, précise Seneweb.
Contexte au Sénégal : Touba, le Baol et le Grand Magal
Touba, ville sainte de la confrérie mouride, se trouve dans la région de Diourbel, au cœur du Baol, une zone historiquement associée à cette confrérie soufie majeure du Sénégal. Chaque année, la ville accueille le Grand Magal, l’un des plus grands rassemblements religieux du pays, prévu début août 2026 selon l’APS. C’est en prévision de cet événement que les autorités renforcent leur présence policière plusieurs semaines à l’avance.
Selon l’APS, le dispositif préventif sera maintenu dans la région jusqu’à cinq jours avant la tenue du Magal. Pour un lecteur français, ce type de mobilisation peut se comparer, en proportion, aux dispositifs de sécurité déployés autour de grands pèlerinages ou rassemblements de masse en France : gestion de la circulation, contrôles renforcés, lutte contre les infractions routières et les trafics, en amont d’un afflux massif de population dans une ville de taille moyenne.
Deux crises qui se percutent
Ce qui rend la période sensible, c’est la convergence de ces deux dossiers. D’un côté, un climat social tendu à la Senelec, avec une menace de grève générale qui, si elle se concrétise, pourrait affecter la distribution électrique dans tout le pays. De l’autre, une mobilisation policière d’ampleur à Touba, dans une région qui doit accueillir dans les prochaines semaines un afflux important de pèlerins pour le Grand Magal.
Aucune date précise de grève n’a été communiquée à ce stade par la CSTS, et la Senelec n’a pas encore réagi publiquement aux revendications syndicales selon les sources disponibles. Les autorités policières, de leur côté, ont indiqué que les patrouilles de sécurisation allaient se poursuivre dans le département du Baol.
Prochaine étape : le maintien du dispositif sécuritaire jusqu’à cinq jours avant le Grand Magal, et l’issue des négociations entre la direction de la Senelec et les syndicats sur le versement de la PRAB.