Sommet de l’OTAN à Ankara : Trump remet la pression sur les budgets
A Ankara, les allies tentent de convaincre Washington de rester engage, entre exigences budgetaires et tensions sur l'Iran
Le 36e sommet de l'OTAN s'est ouvert le 7 juillet a Ankara, sous la pression de Donald Trump qui exige des allies un effort de defense porte a 5% du PIB d'ici 2035. Entre contrats d'armement, aide a l'Ukraine et tensions sur l'Iran, Europeens et Canadiens cherchent a rassurer Washington.
L’essentiel
- Fait 1 : Le 36e sommet de l’OTAN se tient a Ankara les 7 et 8 juillet 2026, deuxieme sommet accueilli par la Turquie apres celui d’Istanbul en 2004.
- Fait 2 : Le secretaire general Mark Rutte demande aux allies de porter leurs depenses de defense a 5% du PIB d’ici 2035, contre environ 4% actuellement pour les allies europeens et le Canada.
- Fait 3 : L’alliance prevoit une enveloppe d’aide militaire de 70 milliards d’euros pour l’Ukraine.
- Fait 4 : Donald Trump a promis au president Erdogan de lever les sanctions americaines CAATSA visant la Turquie.
- Fait 5 : Plus de 100 manifestants du Parti communiste de Turquie (TKP) ont ete arretes a Ankara en marge du sommet.
Depuis Washington, ce sommet se suit comme un test de plus pour l’alliance atlantique. Le 36e sommet de l’OTAN, ouvert le 7 juillet a Ankara et qui se poursuit ce 8 juillet, est le premier grand rendez-vous de l’annee pour les allies confrontes a un message constant de la Maison Blanche : payer plus, ou perdre la protection americaine. La Turquie accueille l’evenement pour la deuxieme fois seulement, apres Istanbul en 2004, un choix qui met Ankara au centre d’un jeu diplomatique ou se melent budgets militaires, guerre en Ukraine et bras de fer avec l’Iran.
La barre des 5% du PIB, nouvelle obsession de l’alliance
Le secretaire general de l’OTAN, Mark Rutte, a demande aux Etats membres de presenter des plans credibles pour porter leurs depenses de defense a 5% du PIB d’ici 2035, selon des declarations relayees par l’OTAN elle-meme. L’objectif est loin d’etre atteint : les allies europeens et le Canada consacrent aujourd’hui environ 4% de leur PIB cumule a la defense et a la securite, d’apres les chiffres de l’organisation. L’ecart, meme s’il se resorbe, reste le principal point de friction avec Donald Trump, qui reproche depuis des annees aux Europeens de sous-investir dans leur propre defense tout en s’appuyant sur le parapluie militaire americain.
Pour un lecteur francais, ce chiffre de 5% doit etre remis en perspective : il depasse largement les standards budgetaires actuels de la plupart des economies occidentales, France comprise, et suppose des arbitrages politiques et budgetaires consequents sur une decennie.
Des contrats d’armement pour calmer Washington
En marge des discussions officielles, un forum industriel s’est tenu a Ankara ou plusieurs pays membres ont devoile de nouveaux contrats d’armement chiffres en milliards de dollars, rapporte The Guardian. La sequence n’est pas anodine : elle vise a montrer concretement, chiffres a l’appui, que l’effort budgetaire reclame par Trump se traduit deja par des commandes fermes, et pas seulement par des promesses diplomatiques.
70 milliards d’euros pour l’Ukraine
Sur le dossier ukrainien, l’alliance doit acter une enveloppe d’aide militaire de 70 milliards d’euros pour l’annee en cours et la suivante, toujours selon The Guardian. Ce montant s’inscrit dans la continuite du soutien occidental a Kiev, mais son adoption a Ankara, sous les yeux d’une administration Trump plus mesuree sur l’engagement americain direct, envoie un signal : les Europeens et le Canada assument une part croissante du financement de la guerre.
Erdogan obtient la levee des sanctions CAATSA
Lors d’un entretien bilateral a Ankara, Donald Trump a promis au president Recep Tayyip Erdogan de lever les sanctions americaines CAATSA qui visaient la Turquie, selon le media turc Türkiye Today. Ces sanctions, adoptees a l’origine en reaction a l’achat par Ankara de systemes de defense russes S-400, empoisonnaient les relations americano-turques depuis plusieurs annees. Leur levee annoncee constitue un geste politique fort d’Erdogan, hote du sommet, qui en tire un benefice diplomatique immediat.
Iran et Groenland, deux dossiers qui crispent l’alliance
Le sommet s’ouvre dans un climat tendu par des desaccords recents entre Washington et ses allies, notamment sur l’escalade americano-iranienne et sur la souverainete du Groenland, territoire danois que Trump a plusieurs fois evoque comme un enjeu strategique americain, selon Al-Monitor. Ces deux sujets, distincts de l’ordre du jour officiel centre sur les budgets et l’Ukraine, illustrent les frictions persistantes entre la Maison Blanche et certains membres europeens de l’alliance, en particulier le Danemark.
Ce que cela signifie pour la France et l’Europe
Pour la France, membre fondateur de l’OTAN et deja engagee dans une trajectoire de hausse de son budget de defense, la barre des 5% du PIB fixee pour 2035 represente un horizon de long terme qui depasse le seul quinquennat en cours. Paris fait partie de ce bloc europeen dont l’effort collectif, avec le Canada, s’etablit aujourd’hui autour de 4% selon l’OTAN. La sequence d’Ankara confirme aussi une tendance observee depuis plusieurs sommets : les decisions americaines sur les sanctions, comme celle visant la Turquie, ou sur des dossiers connexes comme le Groenland, se negocient de plus en plus en bilateral avec Washington, en marge du format multilateral de l’alliance. Un mecanisme que les diplomates europeens suivent avec attention, car il modifie l’equilibre traditionnel entre allies au sein de l’OTAN.
La securite autour du sommet a par ailleurs ete renforcee face a la contestation locale : plus de 100 manifestants opposes a la tenue de l’evenement, membres du Parti communiste de Turquie, ont ete arretes par la police a Ankara, selon Ariana News.
Les conclusions officielles du sommet, attendues a l’issue de la journee du 8 juillet, devraient preciser le calendrier des engagements budgetaires nationaux et les modalites concretes de l’aide a l’Ukraine.