Sonmez et la pastèque : le geste qui défie Wimbledon
La Turque Zeynep Sonmez contourne l'interdiction du drapeau palestinien avec un anti-vibrateur en forme de pastèque. Wimbledon laisse faire.
Sur le gazon de Wimbledon, Zeynep Sonmez fixe un anti-vibrateur pastèque à sa raquette. Le symbole palestinien que le tournoi interdit en broche, elle le porte sur son cordage.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Neutralité à géométrie variable des tournois
Wimbledon autorise le drapeau ukrainien depuis 2022 mais refuse le palestinien. Le symbole de la pastèque contourne cette interdiction par l'accessoire technique. Le précédent ouvre une brèche dans le règlement.
Coût personnel du geste politique
Sonmez perd son partenariat Turkish Airlines, risque des amendes et une marginalisation. Le tennis individuel expose les joueurs aux sanctions sans filet collectif. Le courage a un prix comptable.
Faille juridique dans le règlement
L'anti-vibrateur échappe aux interdictions portant sur les vêtements et accessoires visibles. Wimbledon ne peut pas l'interdire sans réécrire son règlement technique. Le geste exploite un angle mort.
Tradition des gestes politiques dans le sport
De Tommie Smith en 1968 à Colin Kaepernick, le sport porte des messages qui dépassent le terrain. Sonmez rejoint cette lignée. La pastèque devient un nouvel outil de contestation silencieuse.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
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1967
Naissance du symbole pastèque
Après la guerre de 1967, Israël interdit l'affichage du drapeau palestinien. La pastèque devient un symbole de résistance : rouge, vert, noir et blanc.
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2024
Sonmez exprime son soutien
Zeynep Sonmez commence à exprimer publiquement son soutien à la Palestine. Elle porte une broche que les tournois finiront par interdire.
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2025
Record turc à Wimbledon
Sonmez atteint le troisième tour à Wimbledon, une première pour une joueuse turque dans l'ère Open. Elle devient 51e mondiale.
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2 juil. 2026
La pastèque sur la raquette
Wimbledon lui interdit la broche palestinienne. Sonmez fixe un anti-vibrateur pastèque sur sa raquette. Le tournoi laisse faire.
Court numéro 12, Wimbledon, mercredi matin. Zeynep Sonmez tape les balles d’échauffement, sa raquette porte une pastèque miniature. Rouge, vert, noir: les couleurs du drapeau palestinien. L’anti-vibrateur fait deux centimètres. Les caméras zooment.
La Turque, 51e mondiale - perd 7-5, 6-3 contre l’Américaine Claire Liu. Mais ce n’est pas le score qu’on retient. C’est l’objet accroché au cordage, celui que les organisateurs de Wimbledon ne peuvent pas interdire.
Le drapeau interdit, la pastèque tolérée
Sonmez portait une broche. Wimbledon a dit non. « J’avais l’habitude de porter une broche. Les tournois ne me permettent plus de la porter. Nous avons eu une discussion avec les organisateurs parce que le drapeau ukrainien est autorisé mais le palestinien ne l’est pas », explique-t-elle à l’agence de presse turque Anadolu après sa défaite.
Elle reformule alors: « Donc, je ne peux pas porter la broche. Je peux utiliser l’anti-vibrateur, et ils ne peuvent pas s’y opposer. C’est pourquoi j’ai mis le symbole de la pastèque sur ma raquette. »
Les organisateurs lui avaient « définitivement dit qu’ils ne le permettraient pas ». Elle contourne. L’anti-vibrateur, accessoire technique, échappe au règlement des symboles politiques portés sur le corps. Jamie Baker - confirme: le symbole n’atteint pas le « seuil » de perturbation. Il reste.
Ce que la pastèque porte depuis 1967
La pastèque devient symbole de résistance palestinienne après la guerre de 1967. Israël interdit l’affichage public du drapeau. Des pastèques sont peintes: rouge pour le sang, vert pour la terre, noir pour le deuil, blanc pour la paix. Les couleurs du drapeau, dans un fruit.
Sonmez exprime son soutien à la Palestine depuis au moins 2024. Elle a perdu son partenariat avec Turkish Airlines plus tôt dans l’année, la compagnie ne commente pas, mais la coïncidence interroge.
Elle rejoint une tradition de gestes politiques dans le sport: Tommie Smith et John Carlos, poings levés aux JO de 1968. Věra Čáslavská, tête détournée pendant l’hymne soviétique la même année. Colin Kaepernick, genou à terre dans la NFL. Elina Svitolina, refusant de serrer la main des Russes et Biélorusses à Wimbledon 2023.
L’exception ukrainienne que Wimbledon ne nomme pas
Wimbledon autorise le drapeau ukrainien depuis 2022. Pas le palestinien. Le tournoi invoque une politique neutre, mais la neutralité s’applique à géométrie variable.
La question n’est pas de savoir si Wimbledon a raison d’autoriser l’un et pas l’autre. La question est: pourquoi l’un est un drapeau, l’autre un « message politique »? Les 73 000 Palestiniens tués depuis le 7 octobre 2023 selon les autorités locales ne font pas consensus, le décompte, lui, existe.
Une voix critique, Polly Rendall, appelle à interdire la pastèque: « Non seulement le symbole de la pastèque est clairement une méthode alternative d’afficher le drapeau palestinien, mais il peut aussi être utilisé pour soutenir cryptiquement le Hamas. » Wimbledon ne suit pas. L’anti-vibrateur reste sur la raquette.
La Turque qui bouscule l’histoire du tennis turc
Zeynep Sonmez a atteint le troisième tour à Wimbledon en 2025, une première pour une joueuse turque dans l’ère Open. Elle est entrée dans le tableau principal en 2026. Son bilan 2026: 24 victoires, 15 défaites. Elle a accumulé 625 019 dollars de prize money en carrière.
Elle est éliminée au deuxième tour en simple à Wimbledon 2026 - mais reste en compétition dans le tournoi de double. Le parcours sportif s’arrête là. Le geste, lui, continue de circuler.
Ce que personne ne dit
Le tennis est le sport individuel le plus exposé aux sanctions. Un joueur porte un message, il paie l’amende seul. Pas de collectif pour absorber. Sonmez sait ce qu’elle risque: amendes, perte de sponsors, marginalisation dans les tournois.
Elle choisit quand même. Elle utilise l’angle mort du règlement: l’anti-vibrateur n’est pas un vêtement, pas un accessoire visible hors du jeu. Il est dans le jeu. Wimbledon ne peut pas l’interdire sans réécrire son règlement technique.
Le geste est calculé. Il n’est pas impulsif. Sonmez a discuté avec les organisateurs, testé les limites, trouvé la faille. Ce n’est pas de la spontanéité. C’est du contournement juridique au service d’un message politique.
Le tennis professionnel vit de sponsors. Turkish Airlines coupe les ponts. D’autres sponsors ne viendront pas. Sonmez le sait. Elle continue. Le coût du geste n’est pas symbolique.
La pastèque restera sur sa raquette jusqu’à la fin du tournoi. Wimbledon ne bougera pas. Le précédent est posé.
Sources
- Who is Zeynep Sonmez, the Wimbledon player with the Palestine watermelon racket?
- Turkish tennis pro flaunts pro-Palestine watermelon after Wimbledon pin ban
- Wimbledon 2026: Zeynep Sonmez carries watermelon symbol in support of Palestine
- Turkish tennis player backs Palestine with watermelon racket symbol at Wimbledon
- Zeynep Sonmez allowed watermelon Palestine symbol at Wimbledon
- Wimbledon allowed Ukrainian flag but not Palestinian pin
