SpaceX en Bourse : Wall Street s’emballe, le marché doute
Entre l'objectif à 800 dollars de Raymond James et la note neutre de MoffettNathanson, les analystes se déchirent sur SPCX
La fin de la période de silence réglementaire, le 7 juillet 2026, a ouvert la vanne des recommandations sur l'action SpaceX. Entre cibles à 800 dollars et notes prudentes, Wall Street affiche un désaccord rare, tandis que le titre recule de 5 % le jour même.
L’essentiel
- Fait 1 : la période de silence réglementaire de l’IPO de SpaceX (introduite le 12 juin 2026 à 135 dollars par action) s’est terminée le 7 juillet 2026, selon Forbes.
- Fait 2 : les deux teneurs de livre de l’introduction affichent un écart d’un billion de dollars : Morgan Stanley vise 300 dollars, Goldman Sachs 205 dollars, selon MarketWatch.
- Fait 3 : Raymond James (Brian Gesuale) fixe l’objectif le plus haut de la place à 800 dollars, tandis que MoffettNathanson reste à 131 dollars, sous le prix d’introduction.
- Fait 4 : l’action SPCX a intégré le Nasdaq-100 le 7 juillet 2026 par procédure accélérée, selon ETF.com, mais a reculé de 5 % le même jour, selon The Street.
- Fait 5 : le 8 juillet 2026, le titre évoluait autour de 150 dollars, selon un rapport de l’Associated Press.
Une avalanche de notes le jour de la levée du silence
Le 7 juillet 2026 restera une date charnière pour l’un des dossiers les plus scrutés de la place américaine. Ce jour-là, la période de silence réglementaire imposée depuis l’introduction en bourse de SpaceX a pris fin, selon Forbes, libérant d’un coup les analystes des banques syndiquées pour publier leurs premières notes de recherche. L’opération elle-même n’avait rien d’anodin : le 12 juin 2026, SpaceX avait levé 75 milliards de dollars en vendant ses actions à 135 dollars pièce, ce qui en fait, selon Vantage Markets, la plus grande introduction en bourse de l’histoire. Un mois plus tard, presque à heure fixe, une dizaine de bureaux d’études ont dégainé simultanément leurs objectifs de cours, un rituel classique de Wall Street mais rarement aussi suivi.
Un écart de valorisation qui dépasse les mille milliards de dollars
Le contraste le plus frappant vient des deux banques qui ont piloté l’introduction elles-mêmes. Morgan Stanley, via son analyste Adam Jonas, cible 300 dollars par action, alors que Goldman Sachs, sous la plume d’Eric Sheridan, se limite à 205 dollars, selon MarketWatch. L’écart, rapporté au nombre total d’actions en circulation, représente environ un billion de dollars de valorisation implicite entre les deux scénarios, un différentiel rarement observé entre teneurs de livre d’une même opération. Ce genre de divergence traduit moins un désaccord sur les chiffres publiés que sur la manière de valoriser un projet industriel encore jeune en bourse, où les repères comptables classiques s’appliquent mal à des activités comme Starship ou Starlink.
Deutsche Bank, Oppenheimer, Raymond James : la course au chiffre le plus haut
Du côté des voix les plus optimistes, Deutsche Bank a ouvert le bal avec une recommandation d’achat et un objectif de 255 dollars, porté par l’analyste Edison Yu, qui a qualifié SpaceX de « sommet de l’ambition civilisationnelle », selon MarketWatch. Chez Oppenheimer, Tim Horan vise 250 dollars et projette, sur cinq ans, une valorisation pouvant atteindre 10 000 milliards de dollars grâce à l’intégration verticale du groupe, de la fabrication des fusées à l’exploitation des satellites Starlink, d’après MLQ.ai. Mais c’est Raymond James qui détient la palme de l’optimisme : son analyste Brian Gesuale fixe l’objectif le plus élevé de la place à 800 dollars, soit près de six fois le prix d’introduction, en misant sur un lanceur Starship qu’il juge encore largement sous-évalué par le marché, selon TradingView. Cette lecture rejoint celle de Citi, dont les analystes soulignent que Starship offrirait à SpaceX un accès quasi exclusif à des marchés estimés à plusieurs milliers de milliards de dollars, d’après Dow Jones.
MoffettNathanson, seule voix dissonante
Face à ce concert haussier, une note tranche nettement : celle de MoffettNathanson, qui a initié sa couverture avec une recommandation neutre et un objectif de 131 dollars, le plus bas de Wall Street et, fait notable, inférieur au prix d’introduction de 135 dollars, selon Investing.com. Ce positionnement isolé rappelle qu’au-delà de l’enthousiasme technologique, certains analystes restent attentifs aux fondamentaux financiers d’une entreprise dont la rentabilité réelle des activités spatiales commerciales demeure difficile à isoler des paris technologiques de long terme comme Starship ou les futurs projets martiens.
Le marché hausse les épaules : -5 % et entrée au Nasdaq-100
La réaction du marché tranche avec cette pluie de recommandations. Le 7 juillet 2026, jour même de la publication de ces notes, l’action SPCX a pourtant reculé de 5 %, selon The Street, alors même qu’elle intégrait ce jour-là l’indice Nasdaq-100 par une procédure d’inclusion accélérée réservée aux entrées en bourse d’ampleur exceptionnelle, selon ETF.com. Le lendemain, 8 juillet 2026, le titre évoluait autour de 150 dollars, selon un rapport de l’Associated Press, soit un niveau qui reste dans la fourchette basse des objectifs bancaires mais nettement au-dessus du prix d’introduction. Ce décalage entre la ferveur des bureaux d’études et la prudence des investisseurs illustre une dynamique classique des grandes IPO technologiques : les banques qui ont structuré l’opération ont un intérêt commercial à soutenir le titre, tandis que le marché, lui, attend des preuves concrètes de rentabilité avant de valider des multiples aussi élevés.
Contexte pour les investisseurs français
Pour un lecteur français, ce dossier reste largement extraterritorial sur le plan boursier : SPCX est coté au Nasdaq et non sur Euronext Paris, ce qui limite l’accès direct des particuliers hexagonaux, sauf via des courtiers internationaux ou certains supports indiciels exposés aux valeurs technologiques américaines. L’enjeu dépasse toutefois la seule mécanique financière. Les marchés évoqués par Citi, ceux du lancement lourd et de l’exploitation orbitale à grande échelle, sont aussi ceux sur lesquels l’Europe cherche à maintenir une capacité autonome via son propre lanceur, un terrain de comparaison que les sources consultées ne détaillent pas chiffre par chiffre, mais qui explique l’attention portée en France à la trajectoire boursière de SpaceX au-delà du seul cercle des marchés américains.
Les prochaines semaines diront si les objectifs les plus ambitieux, ceux de Raymond James ou d’Oppenheimer, trouvent un écho dans les prochains résultats financiers publiés par SpaceX, ou si la prudence du marché, matérialisée par ce recul de 5 % en pleine vague haussière, s’avère la lecture la plus juste.
Sources
- Forbes : Fin de la période de silence réglementaire de SpaceX
- MarketWatch : Morgan Stanley et Goldman Sachs divergent sur l'objectif de cours de SpaceX
- The Street : L'action SpaceX recule malgré son entrée au Nasdaq-100
- Associated Press : Le titre SPCX évolue autour de 150 dollars