Stealthing : 34% des masculinistes cautionnent le retrait du préservatif

Une étude OpinionWay pour Sidaction révèle qu'un homme sur dix comprend cette pratique qualifiée de viol par surprise

Stealthing : 34% des masculinistes cautionnent le retrait du préservatif
Représentation symbolique du retrait non consenti du préservatif dans un contexte éducatif Nathalie Rousselin / INFO.FR

Plus d'un homme sur dix affirme comprendre le retrait non consenti du préservatif pendant un rapport sexuel, selon une étude OpinionWay pour Sidaction publiée le 2 décembre 2025. Cette pratique, appelée stealthing, atteint 34% d'approbation chez les hommes adhérant aux théories masculinistes. En France, contrairement à plusieurs pays européens, aucune disposition légale spécifique ne sanctionne encore ce comportement, laissant les victimes dans un vide juridique.

L'essentiel

  • 34% des hommes adhérant aux théories masculinistes cautionnent le retrait non consenti du préservatif selon l'étude OpinionWay pour Sidaction publiée le 2 décembre 2025
  • Une femme sur dix aurait été exposée au stealthing en France d'après une enquête du collectif Nous Toutes de 2020
  • Le Sénat a adopté à l'unanimité en juin 2025 une redéfinition du viol intégrant la notion de consentement libre, éclairé, spécifique, préalable et révocable
  • La Cour de cassation a reconnu le 11 septembre 2024 que l'état de sidération peut caractériser une absence de consentement dans les cas de viol
  • Aucune disposition légale spécifique ne sanctionne le stealthing en France, contrairement à plusieurs pays européens dont le Canada

Six mois après les faits, Enola peine encore à trouver les mots. « Je n’ai jamais été d’accord pour un rapport non protégé. Pour moi, c’est un viol par surprise », confie-t-elle dans les colonnes du Parisien. Son témoignage illustre une réalité inquiétante révélée par une étude OpinionWay pour Sidaction, publiée à l’occasion de la journée internationale de lutte contre le sida le 1er décembre 2025. Le stealthing, terme anglais signifiant « furtivement », désigne le retrait non consenti du préservatif pendant une relation sexuelle.

Une pratique banalisée par une frange masculine

Les chiffres de l’enquête OpinionWay sont sans appel : plus d’un homme sur dix affirme « comprendre » le fait de retirer le préservatif pendant l’acte sans prévenir, s’il estime qu’on le lui a imposé. Mais c’est dans les milieux masculinistes que cette tolérance atteint des sommets : 34% des hommes adhérant à ces théories cautionnent cette pratique, selon les données publiées par Le Parisien.

Du côté des victimes, majoritairement des femmes, une sur dix aurait été exposée au stealthing selon une enquête du collectif Nous Toutes datant de 2020. Ces chiffres, bien que datés, témoignent d’une réalité persistante et probablement sous-estimée, de nombreuses victimes ne reconnaissant pas immédiatement la nature criminelle de l’acte subi.

Un vide juridique français préoccupant

Contrairement à plusieurs pays européens qui ont légiféré sur la question, la France ne dispose d’aucune disposition légale spécifique sanctionnant le stealthing. Le code pénal définit actuellement le viol comme « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, ou tout acte bucco-génital commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise », comme le rappelle Public Sénat.

Une évolution législative est toutefois en cours. Le Sénat a adopté à l’unanimité en juin 2025 une proposition de loi portée par les députées Véronique Riotton et Marie-Charlotte Garin, redéfinissant le viol « comme tout acte sexuel non-consenti ». Le texte précise que « le consentement est libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable » et qu’il « ne peut être déduit du seul silence ou de la seule absence de réaction de la victime ». Cette avancée pourrait permettre de mieux appréhender juridiquement le stealthing.

La jurisprudence évolue sur la notion de consentement

Les tribunaux français commencent à intégrer des notions plus protectrices des victimes. Le 11 septembre 2024, la chambre criminelle de la Cour de cassation a établi un précédent en reconnaissant que l’état de sidération pouvait caractériser une absence de consentement, comme le rapporte Actu-Juridique. Cette décision marque une évolution dans la compréhension juridique du consentement et de ses limites.

L’affaire des viols de Mazan, dont le procès s’est ouvert en septembre 2024 à Avignon, a également replacé la question du consentement au cœur du débat public. Comme l’explique Le Club des Juristes, le viol par surprise consiste pour un auteur à tromper sa victime en abusant de sa faiblesse : « Le consentement de la victime n’est alors pas forcé, à la différence des autres moyens du viol, il est soit vicié, soit tout simplement inexistant. »

Les obstacles à la reconnaissance des victimes

Les avocates Zoë Royaux et Sophie Soubiran, membres de la Force juridique de la Fondation des Femmes, pointent les difficultés auxquelles se heurtent les victimes. « La loi dit qu’une personne qui a des relations sexuelles est, par principe, d’accord. Il faut donc démontrer la culpabilité, mais les quatre critères de définition du non-consentement restent larges, flous, souvent très difficiles à caractériser », expliquent-elles dans une analyse publiée par la Fondation des Femmes.

Les procédures pour viols ou agressions sexuelles conduisent ainsi souvent à mettre en cause l’attitude de la victime. « On attend d’elle qu’elle soit ‘parfaite’ : elle est interrogée sur les vêtements qu’elle portait, ce qu’elle avait bu, ses relations avec son ou ses agresseur(s), sa sexualité, etc. », dénoncent les avocates. Cette inversion de la charge de la preuve place les victimes dans une position particulièrement vulnérable.

Vers une reconnaissance internationale du stealthing

Plusieurs pays ont déjà franchi le pas en criminalisant explicitement le stealthing. Le Canada, notamment, a adopté une approche inversant la charge de la preuve : il appartient au partenaire de s’assurer du consentement de l’autre. Cette législation plus protectrice pourrait servir de modèle pour une future évolution du droit français.

En attendant, les associations de défense des droits des femmes multiplient les campagnes de sensibilisation. L’objectif : faire reconnaître que le consentement à un rapport sexuel protégé ne vaut pas consentement à un rapport non protégé. Le retrait du préservatif sans accord modifie fondamentalement la nature de l’acte consenti, exposant la victime à des risques sanitaires (IST, grossesse non désirée) qu’elle n’avait pas acceptés.

« Je n’ai jamais été d’accord pour un rapport non protégé. Pour moi, c’est un viol par surprise », témoigne Enola dans Le Parisien.

La publication de cette étude OpinionWay intervient dans un contexte de profonde remise en question des rapports de genre et de la culture du consentement. Alors que la société française débat de la définition du viol et de l’agression sexuelle, le stealthing apparaît comme un angle mort du droit pénal, une zone grise où les victimes peinent à faire valoir leurs droits. La question reste posée : combien de temps encore faudra-t-il attendre avant que la loi française reconnaisse explicitement cette pratique comme ce qu’elle est, un acte de violence sexuelle ?

Sources

  • Le Parisien (2 décembre 2025)
  • OpinionWay pour Sidaction (1er décembre 2025)
  • Public Sénat (19 juin 2025)
  • Actu-Juridique (2 décembre 2024)
  • Le Club des Juristes (16 septembre 2024)
  • Fondation des Femmes (24 mai 2021)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.