Stellantis Vesoul : Ruffin alerte sur 190 emplois menacés par le transfert à Poissy

Le candidat présidentiel a visité le site haute-saônois le 29 avril, dénonçant des délocalisations qui vident l'industrie française de sa substance.

Stellantis Vesoul : Ruffin alerte sur 190 emplois menacés par le transfert à Poissy
Illustration Laurent Clerc / info.fr

François Ruffin s'est rendu le 29 avril 2026 à l'usine Stellantis de Vesoul pour soutenir les salariés menacés par le transfert de l'activité moteurs vers Poissy. La décision, annoncée le 16 avril, touche 190 emplois. Les syndicats parlent de « coup de massue ».

François Ruffin s’est rendu le 29 avril 2026 à l’usine Stellantis de Vesoul pour soutenir les salariés menacés par le transfert de l’activité moteurs vers Poissy. La décision, annoncée le 16 avril, touche 190 emplois. Les syndicats parlent de « coup de massue ».

L’essentiel

  • 190 emplois impactés : 60 CDI et 130 intérimaires concernés par le transfert de l’assemblage de moteurs de Vesoul vers Poissy (Yvelines), annoncé le 16 avril 2026 lors d’un CSE extraordinaire.
  • Départ entre mai et juin 2026 : L’activité, arrivée à Vesoul en 2021 après la fermeture du site d’Hérimoncourt (Doubs), quittera le département en quelques semaines.
  • 3 800 salariés sur site : Stellantis reste le premier employeur privé de Haute-Saône, mais les effectifs sont passés de 5 000 en 2003 au niveau actuel.
  • Visite politique le 29 avril : François Ruffin, député de la Somme et candidat à la présidentielle, a rencontré salariés et syndicalistes sur place.
  • Réunion en préfecture le 20 avril : Syndicats (CFTC, CGT) et élus locaux ont alerté le ministre de l’Industrie Sébastien Martin sur l’avenir du site.

Une décision annoncée brutalement

Le 16 avril 2026, lors d’un comité social et économique extraordinaire, la direction de Stellantis a officialisé le transfert de l’activité d’assemblage de moteurs du site de Vesoul vers l’usine de Poissy, dans les Yvelines. L’annonce a pris les équipes de court selon les syndicats. La CFTC et la CGT ont immédiatement dénoncé une décision « politique » et un « non-sens économique », selon France 3 Franche-Comté.

Les 190 emplois concernés se répartissent entre 60 CDI et 130 intérimaires. Pour les salariés en contrat, la direction a annoncé une garantie d’emploi équivalent sur le site. Les intérimaires, eux, n’ont pas de filet comparable. Le départ est prévu entre mai et juin 2026, laissant peu de marge de manœuvre aux représentants du personnel.

Ruffin à Vesoul : « Le pays sous-développé, c’est la France »

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Treize jours après l’annonce, François Ruffin a fait le déplacement à Vesoul. Le candidat à la primaire de la gauche pour la présidentielle 2027 a rencontré salariés et syndicalistes dans l’usine. Selon L’Est Républicain, il a trouvé des équipes marquées par le « dégoût et l’abattement ».

Dans un registre offensif, Ruffin a mis en cause les choix stratégiques du groupe : « Quand on donne tout à l’actionnaire, cela fait qu’on n’investit pas », a-t-il déclaré, selon France 3 Franche-Comté. Sur X, il a été plus direct encore, visant dirigeants et ministres : « Maintenant, le pays sous-développé, c’est la France ! À cause de dirigeants, PDG et ministres qui ont délocalisé, qui versent aux financiers plutôt que d’investir. »

La visite s’inscrit dans une tournée de terrain que Ruffin multiplie dans les bassins industriels fragilisés, à mesure que la campagne présidentielle prend forme. Elle a été couverte par plusieurs médias régionaux et nationaux, signe d’une résonance au-delà de la Haute-Saône.

Un site à l’histoire industrielle mouvementée

L’activité moteurs n’était arrivée à Vesoul qu’en 2021, transférée depuis Hérimoncourt (Doubs) après la fermeture de ce site historique vieux de 210 ans. Cinq ans plus tard, l’assemblage de moteurs repart. Vers Poissy cette fois, dans ce qui ressemble à une valse d’activités dictée par les arbitrages internes du groupe, selon L’Argus.

Stellantis investit 20 millions d’euros par an sur le site de Vesoul, soit 120 millions depuis 2019, et prévoit 100 embauches en 2026 (contre 70 initialement prévues), selon L’Argus. Le site conserve l’activité logistique de distribution de pièces de rechange en Europe, avec de nouveaux marchés comme les pneumatiques et le transfert du magasin Opel de la région parisienne. Ces éléments, mis en avant par la direction, n’ont pas suffi à dissiper l’inquiétude des syndicats sur la trajectoire à long terme du site.

Syndicats et élus mobilisés en préfecture

Dès le 20 avril, une réunion s’est tenue en préfecture de Haute-Saône. Syndicalistes et élus locaux y ont partagé leur inquiétude face au préfet et réclamé des compensations. Selon France Bleu Besançon, trois syndicats étaient représentés. L’objectif : interpeller l’État avant que le transfert ne soit irréversible.

Le maire de Vesoul Alain Chrétien et le président du département Laurent Seguin ont conjointement alerté le ministre de l’Industrie Sébastien Martin. Leur message, rapporté par L’Argus : « Le site Stellantis de Vesoul ne peut en aucun cas être une variable d’ajustement des équilibres du groupe. » L’opposition municipale a de son côté demandé la création d’une instance partenariale avec les collectivités pour bâtir une feuille de route industrielle, selon L’Est Républicain.

Contexte en Haute-Saône

La Haute-Saône est le département le plus industriel de France : plus d’un emploi sur cinq y relève de l’industrie, selon les données INSEE 2025. Ce tissu, dense mais fragile, a perdu 0,8 % de ses emplois industriels en 2025, soit environ 580 postes, dans un contexte régional de recul de 6 300 emplois en un an.

Le site Stellantis de Vesoul en est la pièce maîtresse. Premier employeur privé du département avec environ 3 800 salariés (1 565 CDI et 700 intérimaires), il concentre une part significative de l’économie locale. La perte des 5 000 emplois de 2003 à aujourd’hui illustre une érosion lente mais continue.

À l’échelle nationale, l’industrie automobile a perdu 139 000 emplois entre 2010 et 2023, passant de 425 500 à 286 800 postes, selon des données croisées entre letrois.info et l’INSEE. La filière ne représente plus que 9,2 % de l’emploi industriel français en 2023. Le cas Vesoul s’inscrit dans cette dynamique de fond que les visites politiques de terrain tentent de mettre en lumière à l’approche de la présidentielle.

Le secteur automobile n’est pas le seul à concentrer les tensions sociales. Dans un autre registre, la question des conditions de travail dans les grandes entreprises industrielles revient régulièrement dans l’actualité nationale.

Prochaines étapes pour les salariés

Le CSE a été consulté le 23 avril pour avis formel sur le transfert. Des propositions de reclassement et de formations ont été soumises aux 60 CDI concernés. Pour les 130 intérimaires, les modalités d’accompagnement restent à préciser à ce stade. La création d’une instance partenariale entre Stellantis et les collectivités locales, demandée par l’opposition municipale, n’a pas encore été actée par la direction du groupe.

Le départ effectif de l’activité moteurs est attendu dans les semaines qui viennent. La question de la prochaine activité appelée à compenser ce départ sur le site de Vesoul reste sans réponse officielle pour l’heure.

Sources

Laurent Clerc

Laurent Clerc

Laurent est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Haute-Saône (70), avec Vesoul pour chef-lieu. Spécialité du département : PSA et patrimoine thermal Luxeuil. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Bourgogne-Franche-Comté.

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