Suisse : une nouvelle centrale nucléaire rapporterait 1,6 milliard CHF par an
Une étude économique publiée ce 12 juillet chiffre l'impact d'un réacteur EPR alors que le Parlement vient de rouvrir la voie au nucléaire
Une nouvelle centrale nucléaire générerait 1,6 milliard de francs suisses de valeur ajoutée chaque année et créerait plus de 2900 emplois, selon une étude de Bak Economics publiée ce dimanche. Ces projections interviennent quelques semaines après la levée parlementaire de l'interdiction de construire de nouveaux réacteurs.
L’essentiel
- Valeur ajoutée : 1,6 milliard de francs suisses par an sur 60 ans d’exploitation d’une centrale nucléaire
- Emplois : Plus de 2900 postes créés par le projet
- Construction : 7,4 milliards de francs de valeur ajoutée nationale, soit 51 % du coût total
- Sécurité d’approvisionnement : Gain estimé à 520 millions de francs par an
- Référendum : Lancé le 30 juin 2026 contre la levée de l’interdiction du nucléaire
L’institut Bak Economics a publié ce 12 juillet une étude commandée par economiesuisse qui évalue l’impact économique d’une nouvelle centrale nucléaire en Suisse. Le rapport modélise un réacteur de type EPR mis en service à l’horizon 2050 et exploité pendant 60 ans. Les chiffres avancés placent le débat sur le nucléaire helvétique sur le terrain économique, alors que le Parlement a voté en juin dernier la levée de l’interdiction de construire de nouveaux réacteurs atomiques.
1,6 milliard de francs de valeur ajoutée annuelle
Selon Bak Economics, l’exploitation d’une nouvelle centrale générerait 1,6 milliard de francs suisses de valeur ajoutée par an. Ce chiffre intègre l’ensemble de la chaîne de valeur : exploitation directe, maintenance, emplois induits et fiscalité. L’étude estime que chaque franc de subvention étatique investi générerait 1,50 franc de PIB et 15 centimes de recettes fiscales supplémentaires.
La phase de construction rapporterait à elle seule 7,4 milliards de francs à l’économie helvétique, soit 51 % du coût total du projet. Les impôts directs générés par l’exploitation représenteraient environ 95 millions de francs par an pour l’État, précise le rapport.
Plus de 2900 emplois créés
Le projet soutiendrait la création de plus de 2900 emplois, selon les projections de l’institut. Ces postes concernent aussi bien l’exploitation directe de la centrale que les secteurs connexes : ingénierie, maintenance, logistique et services. L’étude ne détaille pas la répartition géographique de ces emplois sur le territoire suisse.
Le renforcement de la sécurité d’approvisionnement en électricité, argument central des partisans du nucléaire, est chiffré à un gain annuel de 520 millions de francs. Cette estimation repose sur la stabilité de production d’un réacteur EPR face aux fluctuations des énergies renouvelables intermittentes.
Contexte en Suisse
La publication de cette étude s’inscrit dans un moment charnière pour la politique énergétique helvétique. En juin 2026, le Parlement suisse a approuvé la levée de l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires, interdiction inscrite dans la loi depuis 2017 après l’accident de Fukushima et la décision de sortir du nucléaire.
Face à cette décision historique, une large coalition d’opposants - écologistes, socialistes et organisations environnementales - a officiellement lancé un référendum le 30 juin 2026 contre la modification de la Loi sur l’énergie nucléaire, rapporte l’administration fédérale. Le texte sera soumis au vote populaire, selon la tradition démocratique directe suisse.
Un débat économique et politique
L’étude de Bak Economics, financée par economiesuisse, l’organisation faîtière des entreprises helvétiques, alimente le camp favorable au nucléaire avec des arguments économiques. Les opposants contestent généralement la pertinence des chiffrages à long terme et mettent en avant les risques liés aux déchets radioactifs, les coûts de démantèlement et le potentiel des énergies renouvelables.
La Suisse compte actuellement quatre centrales nucléaires en activité (Beznau I et II, Gösgen et Leibstadt), qui produisent environ un tiers de l’électricité du pays. Le parc solaire et éolien reste encore modeste comparé aux standards européens, selon swissinfo.ch.
Prochaine étape
Le référendum lancé fin juin devra récolter 50 000 signatures valides dans un délai de 100 jours pour être soumis au vote populaire. Si le scrutin valide la levée de l’interdiction, les autorités et les exploitants potentiels devront encore définir les sites, les procédures d’autorisation et les modalités de financement d’un projet qui ne verrait le jour, selon l’étude, qu’à l’horizon 2050.
Sources
- swissinfo.ch : According to a study, building a new nuclear power station would be worthwhile for Switzerland
- 20 minutes : Une nouvelle centrale nucléaire rapporterait plus que ses coûts
- Administration fédérale suisse : Lancement du référendum contre la modification de la Loi sur l'énergie nucléaire