TotalEnergies restructure ses actifs pétroliers en Afrique australe. Le groupe français vient d'annoncer la reprise de 40% du champ Mopane en Namibie, dans le cadre d'un accord d'échange avec le portugais Galp. Cette opération intervient alors que l'entreprise multiplie les projets controversés sur le continent, notamment au Mozambique où elle s'apprête à relancer un mégaprojet gazier suspendu depuis 2021.
L'essentiel
- TotalEnergies reprend 40% du champ pétrolier Mopane en Namibie dans le cadre d'un accord d'échange avec le portugais Galp
- Le projet doit encore être validé par le gouvernement namibien à Windhoek, qui l'estime stratégique malgré les critiques des ONG
- Cette opération intervient alors que TotalEnergies relance son projet gazier de 20 milliards de dollars au Mozambique, suspendu depuis 2021
- Le groupe fait face à une plainte pour complicité de crimes de guerre au Mozambique, déposée en novembre 2025 par l'ONG ECCHR
- Les organisations environnementales dénoncent ces projets comme des "bombes climatiques" incompatibles avec les objectifs climatiques internationaux
Le géant pétrolier français TotalEnergies redessine sa carte africaine. L’entreprise vient d’officialiser la reprise de 40% du champ pétrolier incluant la découverte Mopane en Namibie, selon un accord négocié avec le groupe portugais Galp. Cette transaction s’inscrit dans une stratégie de réorganisation des actifs du groupe en Afrique australe, où TotalEnergies jongle entre plusieurs projets d’envergure, certains porteurs d’espoirs économiques, d’autres vivement contestés pour leur impact environnemental.
Un échange de participations avec le portugais Galp
L’accord entre TotalEnergies et Galp repose sur un mécanisme d’échange complexe. Le groupe français cède en contrepartie des parts dans d’autres licences d’exploration et s’engage à cofinancer une partie des investissements nécessaires au développement du champ Mopane. Cette découverte pétrolière, située dans les eaux namibiennes, représente un potentiel stratégique important pour les deux partenaires, dans un contexte où les réserves d’hydrocarbures conventionnelles se raréfient.
La Namibie, qui dispose de ressources pétrolières offshore prometteuses découvertes ces dernières années, cherche à valoriser ces gisements pour diversifier son économie. Le gouvernement de Windhoek considère ce type de projet comme stratégique pour le développement national, malgré les critiques croissantes des organisations environnementales qui dénoncent l’exploitation de nouvelles réserves fossiles à l’heure de l’urgence climatique.
Une validation gouvernementale encore attendue
Le projet doit encore franchir l’étape cruciale de l’approbation par les autorités namibiennes. Windhoek examine actuellement les termes de l’accord et les garanties environnementales associées. Cette validation gouvernementale conditionnera le lancement effectif des opérations de développement du champ, dont le calendrier précis n’a pas été communiqué par TotalEnergies.
Les organisations non gouvernementales multiplient les alertes sur l’impact climatique de tels projets. Elles qualifient régulièrement les nouveaux développements pétroliers et gaziers de « bombes climatiques », pointant du doigt l’incompatibilité entre l’exploitation de nouvelles réserves fossiles et les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. La Namibie, comme de nombreux pays africains, se trouve prise entre impératifs de développement économique et responsabilité environnementale.
TotalEnergies multiplie les projets controversés en Afrique
Cette opération namibienne intervient dans un contexte plus large de repositionnement africain pour TotalEnergies. Le groupe est notamment au cœur d’une polémique majeure au Mozambique, où il s’apprête à relancer son mégaprojet Mozambique LNG. Selon L’Usine Nouvelle, TotalEnergies a annoncé le 25 octobre 2025 avoir levé l’état de force majeure sur ce projet de 20 milliards de dollars, suspendu depuis 2021 après des attaques djihadistes.
« Avant de relancer complètement le projet, le Conseil des ministres du Mozambique doit approuver un addendum au plan de développement contenant le budget et le calendrier actualisés », a indiqué le groupe à Reuters.
Le projet mozambicain soulève de multiples controverses. Reclaim Finance et plusieurs ONG ont dénoncé les conditions imposées par TotalEnergies au gouvernement mozambicain, notamment une demande de compensation de 4,5 milliards de dollars pour les surcoûts liés à la suspension du projet. L’organisation accuse le géant français de prendre « en otage l’un des pays les plus pauvres » du monde.
Des accusations de complicité de crimes de guerre
La situation se complique encore pour TotalEnergies au Mozambique. Selon TF1 Info, l’ONG allemande European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR) a déposé en novembre 2025 une plainte à Paris visant le groupe pour « complicité de crimes de guerre, torture et disparitions forcées ». L’association accuse TotalEnergies d’avoir « directement financé et soutenu matériellement » des forces armées mozambicaines accusées d’exactions contre des civils entre juillet et septembre 2021.
Ces allégations, que TotalEnergies conteste fermement, s’ajoutent aux plaintes déjà déposées par des sous-traitants et des familles de victimes de l’attaque de Palma en mars 2021, qui avait fait plus de 800 morts selon l’ONG Acled. Le groupe est accusé de n’avoir pas assuré la sécurité des personnes présentes sur le site et à proximité.
Une stratégie africaine sous haute surveillance
Le repositionnement de TotalEnergies en Afrique australe illustre les tensions croissantes entre impératifs économiques et pressions environnementales et sociales. Le groupe détient désormais des participations majeures dans plusieurs projets d’hydrocarbures sur le continent, du Mozambique à la Namibie en passant par l’Angola, tout en faisant face à une contestation de plus en plus organisée.
Les enjeux financiers sont colossaux. Au Mozambique, le projet LNG représente à lui seul le plus gros investissement privé de l’histoire du continent africain, avec une capacité de production prévue de 43 millions de tonnes de gaz par an. En Namibie, les découvertes récentes laissent entrevoir un potentiel similaire, susceptible de transformer l’économie du pays mais aussi d’accroître significativement les émissions de gaz à effet de serre.
La question demeure : TotalEnergies parviendra-t-il à concilier ses ambitions de développement en Afrique avec les exigences croissantes en matière de responsabilité environnementale et sociale ? La validation ou le rejet du projet Mopane par les autorités namibiennes constituera un indicateur important de la capacité des États africains à imposer leurs conditions aux majors pétrolières.
Sources
- L'Usine Nouvelle (27 octobre 2025)
- Reclaim Finance (27 octobre 2025)
- L'Agefi (27 octobre 2025)
- TF1 Info (18 novembre 2025)
- Le Monde (16 septembre 2025)