Toulon : six mises en examen dans la disparition de deux militaires
Cinq membres d'une même famille sont poursuivis pour traite d'êtres humains, trois pour meurtre, dans une enquête ouverte à Toulon
Le parquet de Toulon a mis en examen six membres d'une même famille dans l'enquête sur la disparition de deux militaires originaires du Pacifique. Trois d'entre eux sont poursuivis pour meurtre. Sept autres victimes présumées ont témoigné.
L’essentiel
- Six mises en examen : le père, la mère, deux fils et deux filles d’une même famille, décidées fin mai 2026 par le parquet de Toulon.
- Trois poursuites pour meurtre : la mère et ses deux fils sont mis en examen pour les meurtres présumés des deux militaires disparus, en plus de la traite d’êtres humains.
- Deux disparitions : Jacques Pakeso, matelot de Nouvelle-Calédonie, disparu en mai 2022, et Mike Gineste, légionnaire de Polynésie française, disparu en mai 2023.
- Sept victimes présumées supplémentaires : des militaires ultramarins affirment avoir été dépouillés et séquestrés par la même famille entre 2011 et 2025.
- Ossements découverts : des restes humains ont été retrouvés sur deux sites des Bouches-du-Rhône, en cours d’expertise.
Six membres d’une même famille mis en examen
Le parquet de Toulon a confirmé l’ouverture d’une information judiciaire visant six membres d’une même famille, dans le cadre de la disparition de deux militaires originaires du Pacifique. Selon le parquet de Toulon, cité par le site drom-com.fr, cinq d’entre eux ont été mis en examen fin mai 2026 pour traite d’êtres humains en bande organisée et séquestrations en bande organisée : le père, la mère, les deux fils et la fille aînée. Tous ont été placés en détention provisoire.
Trois de ces cinq personnes, la mère et ses deux fils, sont en plus poursuivies pour les meurtres présumés des deux militaires disparus, précise marine-oceans.com. La sixième membre de la famille, la plus jeune des filles, a été mise en examen pour non-dénonciation de crimes et placée sous contrôle judiciaire, selon Actu17 et Libération. Aucune de ces personnes n’a été condamnée à ce stade : la mise en examen ouvre l’instruction, elle ne vaut pas culpabilité.
Deux militaires disparus entre 2022 et 2023
L’enquête porte sur les disparitions de Jacques Pakeso, matelot originaire de Nouvelle-Calédonie, porté disparu depuis mai 2022, et de Mike Gineste, légionnaire originaire de Polynésie française, disparu depuis mai 2023, rapporte le site tntvnews.pf. Les deux hommes avaient initialement été classés comme déserteurs par leurs armées respectives, avant que l’enquête judiciaire ne prenne une autre orientation.
Des ossements humains ont été découverts sur deux sites distincts des Bouches-du-Rhône, selon Actu17 et Charente Libre. Des expertises sont en cours pour déterminer s’ils correspondent aux deux disparus. Selon des informations rapportées par TNTV News et reprises par France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’un des fils mis en examen aurait reconnu que les deux militaires avaient été tués.
Sur X, Var-Matin a rappelé un antécédent troublant : un homme avait été retrouvé mort en 2022 sur un terrain à Fréjus déjà fréquenté par la famille aujourd’hui mise en examen, qui aurait ensuite utilisé les moyens de paiement et le véhicule du défunt.
Sept autres victimes présumées
Au-delà des deux disparitions, sept autres jeunes militaires ultramarins affirment avoir été progressivement dépouillés de leurs moyens de paiement et de leurs documents d’identité, puis violentés et séquestrés par la même famille, sur une période allant de 2011 à 2025, selon les informations recoupées par Le Parisien, Actu17, TNTV News et Charente Libre. Ce faisceau de témoignages est à l’origine des poursuites pour traite d’êtres humains en bande organisée, qui concernent l’ensemble des faits reprochés à la famille, au-delà des deux disparitions les plus médiatisées.
Ce mode opératoire présumé, consistant à cibler des militaires jeunes et isolés, arrivés depuis peu dans le Var, structure aujourd’hui l’ensemble du dossier confié aux juges d’instruction toulonnais.
La pression politique monte depuis la Polynésie
L’affaire a dépassé le cadre judiciaire local. La sénatrice de Polynésie française Lana Tetuanui a interpellé le gouvernement pour demander la création d’une commission d’enquête parlementaire, selon tntvnews.pf. Elle vise notamment la manière dont les armées ont géré ces disparitions, en particulier la qualification initiale de désertion retenue pour les deux militaires, aujourd’hui remise en cause par l’enquête.
BFM Var a relayé cette démarche : Du côté de la défense, l’avocat de la famille de Jacques Pakeso a fait un point sur l’état de l’instruction, comme le montre ce reportage de la1ere :
Contexte dans le Var
Toulon, où l’information judiciaire a été ouverte, abrite la principale base navale de la Méditerranée française et concentre une importante population militaire, active et de passage, notamment de jeunes recrues originaires des territoires ultramarins. Cette présence militaire dense dans le département explique en partie que les faits reprochés à la famille mise en examen se soient déroulés dans le Var, où plusieurs des victimes présumées auraient été affectées ou en transit. Le tribunal judiciaire de Toulon est le siège naturel de ce type d’enquête impliquant des militaires stationnés dans le département, dont le poids démographique et économique reste marqué par la présence de la Marine nationale et des armées.
L’instruction se poursuit à Toulon. Les expertises sur les ossements retrouvés dans les Bouches-du-Rhône, ainsi que les auditions des sept victimes présumées, devraient permettre aux juges d’instruction de préciser l’ampleur des faits reprochés à la famille.
Sources
- drom-com.fr : Militaires du Pacifique disparus dans le Var : le parquet de Toulon confirme cinq mises en examen dont trois pour meurtre
- marine-oceans.com : Var : une mère et ses deux fils mis en examen pour le meurtre de deux militaires disparus
- TNTV News : Affaire criminelle à Toulon : une famille soupçonnée de la disparition de deux militaires du Pacifique
- TNTV News : Disparition de deux militaires du Pacifique : Lana Tetuanui veut une commission d'enquête parlementaire