Toulouse lance les lâchers de moustiques stériles au cimetière de Terre-Cabade
La mairie expérimente la Technique de l'Insecte Stérile contre le moustique tigre 200 000 mâles stérilisés lâchés chaque semaine pendant 40 semaines.
Toulouse a lancé le 26 mai 2026 son premier lâcher de moustiques tigres mâles stériles au cimetière de Terre-Cabade. La méthode, développée par la startup montpelliéraine Terratis, vise à effondrer la population locale de moustiques tigres sur deux ans. Coût environ 180 000 € à la charge de la mairie.
Toulouse a lancé le 26 mai 2026 son premier lâcher de moustiques tigres mâles stériles au cimetière de Terre-Cabade. La méthode, développée par la startup montpelliéraine Terratis, vise à effondrer la population locale de moustiques tigres sur deux ans. Coût : environ 180 000 € à la charge de la mairie.
L’essentiel
- Premier lâcher : 26 mai 2026 à 14h30, cimetière de Terre-Cabade (33 ha), en présence de la conseillère municipale Annamaria Tripicchio-Rogier et de Clelia Oliva (présidente de Terratis).
- Volume : environ 200 000 mâles stériles lâchés par semaine, 2 fois par semaine, pendant 40 semaines (mai-octobre).
- Coût : ~180 000 € sur 2 ans pour la mairie de Toulouse.
- Efficacité attendue (selon Terratis) : réduction de plus de 50 % la première année, 80-90 % la deuxième.
- Contexte sanitaire : 89 cas autochtones de chikungunya recensés en Occitanie en 2025, contre zéro en 2024.
Un premier lâcher au plus grand cimetière de Toulouse
Mardi 26 mai à 14h30, des équipes de Terratis ont ouvert les premières boîtes de moustiques mâles au cimetière de Terre-Cabade. Le site, mis en service en 1840 et fort de quelque 28 000 tombes et 20 000 caveaux sur 33 hectares, est l’un des plus infestés de la ville selon la mairie. Il avait déjà été équipé en 2024-2025 de 14 bornes antimoustiques de type Qista, capturant des centaines de milliers d’insectes - sans parvenir à enrayer la prolifération.
La conseillère municipale déléguée à l’animal, Annamaria Tripicchio-Rogier, et Clelia Oliva, présidente et cofondatrice de Terratis, ont assisté au lâcher inaugural. Christophe Privat, directeur des services à la population de la mairie, a justifié le choix de la méthode : « C’est une approche innovante qui a eu de bons résultats, des publications scientifiques nous ont indiqué que cette technique était efficace », selon France 24.
Comment fonctionne la Technique de l’Insecte Stérile
La TIS repose sur un principe simple. Des mâles de moustiques tigres sont élevés en laboratoire puis stérilisés par exposition aux rayons X. Ils ne sont ni génétiquement modifiés ni radioactifs. Surtout, comme tous les mâles de l’espèce, ils ne piquent pas.
Une fois lâchés, ils s’accouplent avec les femelles sauvages. Or la femelle du moustique tigre ne s’accouple qu’une seule fois dans sa vie. Clelia Oliva l’a résumé pour 20 Minutes : « Ces moustiques transmettent des spermatozoïdes stériles à la femelle qui ne s’accouple qu’une seule fois dans sa vie et les femelles concernées vont pondre des œufs vides ». La population décline mécaniquement à chaque génération.
Le protocole prévu à Toulouse : deux lâchers par semaine, environ 3 000 mâles par boîte répartis sur une trentaine de points de dépôt, pour un total de 200 000 individus hebdomadaires. La zone couverte inclut le cimetière et ses abords, soit environ 50 hectares au total. La campagne court de mai à octobre, soit 40 semaines.
Des résultats attendus sur deux ans
Terratis table sur une réduction de plus de 50 % - entre 60 et 70 % dans les meilleurs cas - dès la première année, et de 80 à 90 % à l’issue de la deuxième. Ces estimations sont celles de la société et restent à vérifier dans le contexte toulousain.
La méthode a déjà été déployée à Montpellier (quartier Malbosc), Brive-la-Gaillarde, Lyon/Mions et à La Réunion, selon 20 Minutes et La Dépêche du Midi. Terratis, créée en 2024 par Clelia Oliva à l’issue d’une thèse à l’IRD sur la TIS, industrialise progressivement le procédé. Toulouse est sa première expérimentation à grande échelle dans la région toulousaine.
Contexte en Haute-Garonne
Le moustique tigre (Aedes albopictus) est présent à Toulouse depuis une dizaine à quinze ans. En 2025, l’Occitanie a enregistré 89 cas autochtones de chikungunya - un record absolu - contre aucun en 2024, selon La Dépêche du Midi. L’ARS a renforcé sa surveillance dès mai 2026. La Haute-Garonne est l’un des départements les plus densément peuplés du sud-ouest (environ 1,4 million d’habitants), ce qui accentue l’exposition collective aux nuisances et aux risques de transmission vectorielle.
La forte activité économique et industrielle de Toulouse s’accompagne d’une pression urbaine qui favorise la prolifération de l’insecte : espaces verts nombreux, eau stagnante dans les zones densément bâties, températures estivales élevées. La mairie avait déjà tenté les bornes de capture sans résultat suffisant. La TIS représente une montée en gamme de la réponse municipale, adossée cette fois à un partenariat privé sur deux ans.
D’autres villes du sud de la France - dont Agen dans le Lot-et-Garonne voisin - font face aux mêmes pressions sanitaires saisonnières sans disposer encore de dispositifs comparables.
Prochaine étape : évaluation et possible extension
Les lâchers doivent se poursuivre jusqu’en octobre 2026. Une évaluation de l’efficacité est prévue à l’issue de la première saison, avec une décision sur l’extension du dispositif à d’autres secteurs de la ville. La mairie n’a pas encore précisé les critères retenus pour juger du succès de l’expérimentation.
Sources
- La Dépêche du Midi : Toulouse va lâcher des milliers de moustiques pour lutter contre les moustiques
- 20 Minutes : Moustique tigre : Après Montpellier, Toulouse s'essaie au lâcher de spécimens stériles
- France 3 Occitanie : La population des moustiques tigres devrait baisser de moitié d'ici un an
- France Bleu / ICI Occitanie : Des lâchers de moustiques stériles pour empêcher les femelles de pondre