Toulouse : six règlements de comptes en cinq mois, une multiplication par cinq
Depuis janvier 2026, la ville rose enchaîne les fusillades liées au trafic de drogue, au rythme inédit de six incidents en cinq mois.
Six règlements de comptes armés en cinq mois à Toulouse, contre un seul sur la même période en 2025 la multiplication par cinq des incidents alarme les autorités. Deux morts et au moins sept blessés depuis janvier, dans des quartiers déjà marqués par la violence liée au narcotrafic.
Six règlements de comptes armés en cinq mois à Toulouse, contre un seul sur la même période en 2025 : la multiplication par cinq des incidents alarme les autorités. Deux morts et au moins sept blessés depuis janvier, dans des quartiers déjà marqués par la violence liée au narcotrafic.
L’essentiel
- Multiplication par cinq : six règlements de comptes armés recensés à Toulouse de janvier à mai 2026, contre un seul sur la même période en 2025, selon le compte journaliste @canardumidi.
- Quatre fusillades simultanées : le 9 avril 2026, quatre incidents en 30 minutes dans les quartiers du Mirail et d’Empalot, trois blessés dont un grave, selon France 3 Régions.
- Un mort aux Izards : le 2 mai 2026, un jeune homme de 22 ans tué par balles près d’un point de deal ; un suspect arrêté, piste de règlement de comptes confirmée (20 Minutes).
- 900 trafiquants déférés : entre février et décembre 2025 en Haute-Garonne, dont 28 % de récidivistes et 247 incarcérations (La Dépêche).
- PNACO opérationnel : le Parquet national anti-criminalité organisée est entré en fonction le 5 janvier 2026 pour centraliser les affaires de narcotrafic complexes.
La chronologie : un incident après l’autre depuis janvier
Le bilan est factuel et dense. Fin janvier 2026, une fusillade mortelle frappe le quartier de Bagatelle, selon La Dépêche du Midi. Le 15 mars, un homme est atteint au ventre lors d’une fusillade nocturne et se retrouve entre la vie et la mort. Le 9 avril, quatre fusillades éclatent en trente minutes dans les secteurs du Mirail et d’Empalot : trois blessés, dont un grièvement touché, selon France 3 Régions. Le même reportage qualifie la situation de comparable à celle de Marseille.
Le 16 avril, une nouvelle fusillade survient près d’une crèche à Empalot. Le député local François Piquemal en alerte sur X :
Le 2 mai, un jeune homme de 22 ans est tué par balles aux Izards, près d’un point de deal identifié. Un suspect a été arrêté, confirmant la piste d’un règlement de comptes lié au trafic de stupéfiants, selon 20 Minutes. Au total, au moins huit attaques liées au narcotrafic sont recensées depuis début 2026, faisant un mort et sept blessés au 9 avril, chiffre qui a depuis évolué avec les incidents ultérieurs.
Neuf avril : « la même problématique qu’à Marseille »
La nuit du 9 avril reste le pic de cette séquence. Quatre fusillades en trente minutes dans deux quartiers distincts : une coordination ou une réponse en chaîne entre bandes rivales. France 3 Régions rapporte la formule d’un enquêteur évoquant « la même problématique qu’à Marseille ». Trois personnes sont hospitalisées, dont une en urgence absolue. Les investigations pointent le trafic de drogue comme mobile principal.
La journaliste @canardumidi a résumé l’ampleur du phénomène sur X :
Le procureur Charmatz avait prévenu dès janvier
Le 27 janvier 2026, le procureur de la République de Toulouse, David Charmatz, avait posé le diagnostic sans ambiguïté dans La Dépêche du Midi : « Le narcotrafic tue à Toulouse. » Il soulignait que les règlements de comptes à l’arme blanche ou à feu étaient devenus hebdomadaires en 2025 et persistaient début 2026. Ce bilan intervenait après une année 2025 déjà chargée : près de 900 trafiquants déférés en Haute-Garonne entre février et décembre, dont 28 % de récidivistes, pour 247 incarcérations représentant 248 années de prison ferme cumulées. Le sentiment d’insécurité, lui, ne reculait pas. Ces données restent à ce jour la référence chiffrée publique la plus complète sur le volet judiciaire.
Cette problématique de récidive et de réponse pénale dépasse d’ailleurs le seul département : à Perpignan, un protocole d’expulsion accélérée des détenus étrangers a été signé en mai 2026 pour tenter de réduire la pression carcérale.
Contexte dans la Haute-Garonne
Toulouse n’en est pas à ses premières tensions liées au narcotrafic. Depuis 2018, la ville a connu une intensification progressive des règlements de comptes : 49 incidents recensés jusqu’en 2022, dont 20 pour la seule année 2020, selon des données croisées par Revue Conflits et France 3. La ville rose partage avec Marseille et Montpellier une géographie de quartiers sensibles structurés autour de points de deal anciens, avec des dynamiques de recomposition des réseaux qui génèrent des pics de violence.
En 2025, la délinquance globale a progressé de 4 % en Haute-Garonne, soit environ 4 000 faits supplémentaires enregistrés selon L’Opinion. Cette hausse générale fournit le cadre dans lequel s’inscrit la flambée des règlements de comptes armés de 2026. Les quartiers touchés - Izards, Mirail, Empalot, Bagatelle - concentrent depuis des années les tensions liées à la distribution de stupéfiants.
La situation toulousaine fait écho à d’autres faits divers violents dans le Sud-Ouest et au-delà : en Guadeloupe, à Goyave, un habitant et un gendarme ont été blessés par balles en quelques heures début mai, illustrant une géographie nationale de la violence armée qui déborde les seules métropoles continentales.
Le PNACO et la réponse institutionnelle
Sur le plan judiciaire national, le Parquet national anti-criminalité organisée (PNACO) est entré en fonction le 5 janvier 2026, selon le gouvernement. Il centralise les dossiers les plus complexes liés au narcotrafic et à la criminalité organisée. Son champ d’action recouvre les réseaux structurés qui alimentent les points de deal des grandes agglomérations. Si son impact concret sur la situation toulousaine reste à ce stade difficile à mesurer, son activation coïncide avec la période d’escalade documentée.
La pression judiciaire locale n’avait pourtant pas faibli en 2025 : 900 déférements, des centaines d’années de prison prononcées. Cela n’a pas suffi à enrayer la dynamique. Le procureur Charmatz l’avait lui-même reconnu : le sentiment d’insécurité persiste malgré les résultats des enquêtes.
Sur le plan local, les tensions sécuritaires à Toulouse ne se limitent d’ailleurs pas au seul narcotrafic : la ville a connu en parallèle plusieurs faits divers impliquant d’autres formes de violence urbaine ces dernières semaines.
Un rythme inédit qui interroge les dispositifs en place
Six incidents en cinq mois, soit un tous les trois semaines en moyenne depuis janvier : le rythme est sans précédent pour la même fenêtre temporelle depuis que ces données sont suivies systématiquement. La concentration des faits sur des quartiers précis - et la réactivité des tireurs le 9 avril avec quatre fusillades en trente minutes - suggère des affrontements entre groupes organisés, et non des incidents isolés.
Les autorités n’ont pas communiqué à ce stade sur un éventuel renforcement des dispositifs de sécurité dans les quartiers concernés. La prochaine étape judiciaire sera le traitement du dossier ouvert après la mort du jeune homme de 22 ans aux Izards le 2 mai, avec un suspect en garde à vue. Les résultats des enquêtes sur les quatre fusillades du 9 avril n’ont pas été rendus publics à la date de publication.
Sources
- La Dépêche du Midi : "Le narcotrafic tue" : le procureur de la République de Toulouse dresse un bilan noir
- France 3 Régions : 4 fusillades en 30 minutes à Toulouse, 3 blessés, nouveaux règlements de comptes sur fond de trafic de drogue
- 20 Minutes : Toulouse : un jeune homme tué par balles près d'un point de deal
- info.gouv.fr : Lutte contre le narcotrafic : le Parquet national anti-criminalité organisée entre en fonction