Tours : l’enquête sur les violences sexuelles lors de bizutages en médecine classée sans suite

Le parquet de Tours a prononcé le classement sans suite le 22 avril 2026, faute de témoignages suffisants pour caractériser les infractions.

Tours : l'enquête sur les violences sexuelles lors de bizutages en médecine classée sans suite
Illustration Camille Bodin / info.fr

Treize mois d'enquête pénale pour rien. Le parquet de Tours a classé sans suite, mercredi 22 avril 2026, les investigations ouvertes pour soupçons de violences sexuelles et sexistes lors de bizutages organisés par des étudiants en médecine. Sur le plan disciplinaire, seize étudiants ont déjà été sanctionnés fin mars.

Tout avait débuté par une banderole. En septembre 2024, lors d’une soirée de l’association des Carabins de Tours, un texte sexiste faisant l’apologie du viol sous GHB - intitulé « GHBites » - avait été déployé. Le choc provoqué par cet incident avait conduit à un signalement, puis à l’ouverture d’une enquête judiciaire en mars 2025 pour bizutage, atteintes sexuelles et violences aggravées, portant sur des faits survenus entre octobre 2023 et septembre 2024, selon France Info.

Treize mois d’enquête, aucune poursuite

La procureure de Tours Catherine Sorita-Minard a prononcé le classement sans suite le 22 avril 2026. La raison avancée : l’impossibilité d’identifier des témoins permettant de caractériser les infractions pénales, selon ICI Touraine. L’enquête avait pourtant duré treize mois.

Pourtant, les faits décrits dans le rapport de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR), remis en mars 2025, étaient accablants. Basé sur 48 témoignages, ce document recensait des actes humiliants - consommer de la pâtée pour chien ou des glaçons d’urine - et des rapports sexuels non consentis. Philippe Roingeard, président de l’université de Tours, avait lui-même déclaré que des étudiants avaient subi des « rapports oraux que la justice peut qualifier de viol », selon La Nouvelle République.

L’écart entre la gravité des faits rapportés et l’absence de poursuites pénales illustre la difficulté récurrente à obtenir des témoignages formels dans ce type d’affaire en milieu universitaire fermé.

Seize étudiants sanctionnés sur le plan disciplinaire

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Le volet pénal s’arrête là. Mais la voie disciplinaire, elle, a abouti. Fin mars 2026, seize étudiants en médecine et odontologie ont été exclus pour des durées allant de six mois à deux ans, souvent avec sursis, pour faits de bizutage et atteinte à la réputation de l’établissement, selon France 3 Centre-Val de Loire.

Sabine Barrat, présidente de la section disciplinaire, a indiqué que « les sanctions prononcées reconnaissent la gravité des faits tout en laissant place à une prise de conscience individuelle et collective », selon ICI Touraine.

L’université engage une refonte de sa politique de prévention

L’affaire a mis en lumière des pratiques anciennes au sein des associations étudiantes en santé. Dès septembre 2025, le week-end d’intégration avait été annulé suite au scandale, selon La Nouvelle République. Les soirées organisées par les associations ont été encadrées.

En novembre 2025, une convention avait été signée entre l’université de Tours, la préfecture d’Indre-et-Loire et le recteur pour structurer la prévention des violences sexistes et sexuelles. Ce type de dispositif, avec des actions de sensibilisation annuelles et un comité de pilotage, rappelle les démarches engagées dans d’autres établissements confrontés à des comportements collectifs dégradants au sein de cercles associatifs.

L’université prévoit désormais un plan d’action de 27 mesures contre les violences sexistes et sexuelles et le bizutage, dont une cellule d’écoute pour les victimes et des formations obligatoires, applicables dès la rentrée 2026, selon ICI Touraine. La question des recours juridiques pour les victimes qui n’ont pas été entendues pénalement reste, elle, sans réponse.

Prochaine étape : la mise en œuvre effective du plan de 27 mesures à la rentrée universitaire 2026, premier test concret de la volonté affichée par l’établissement de rompre avec ces pratiques.

Sources

Camille Bodin

Camille Bodin

Correspondante à Tours, elle suit les châteaux de la Loire, le tourisme, les tensions sur la ligne TGV et les débats sur la métropole. Issue de l'IUT info-com de Tours, elle a grandi en Touraine. Méthode rigoureuse : interroger les professionnels du patrimoine, les hôteliers, les élus, croiser les données de fréquentation avant de publier.

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