Troyes : le couvre-feu controversé des mineurs enflamme le conseil départemental
L'arrêté municipal de François Baroin et son orientation vers le CDE suscitent des critiques vives des élus d'opposition et de la LDH.
Le conseil départemental de l'Aube a été le théâtre, lundi 22 juin, de vifs débats autour du couvre-feu estival instauré pour les mineurs non accompagnés à Troyes. L'opposition dénonce un détournement du Centre départemental de l'enfance (CDE). La mesure, qualifiée d'improvisée, reste contestée.
L’essentiel
- Fait 1 : François Baroin, maire de Troyes, a signé le 18 juin 2026 un arrêté instaurant un couvre-feu estival pour les mineurs non accompagnés en centre-ville, jusqu’au 1er septembre.
- Fait 2 : Lors du conseil départemental du 22 juin, un élu a déclaré : « Le CDE, ce n’est pas un centre pour des enfants qui ont cassé des abribus. »
- Fait 3 : Les Jeunes socialistes de l’Aube jugent la décision « improvisée, incohérente et hors sol », tandis que la LDH y voit une revendication du Rassemblement national.
Le conseil départemental de l’Aube s’est réuni lundi 22 juin dans une ambiance tendue. En cause : l’arrêté municipal pris le 18 juin par le maire LR de Troyes, François Baroin, instaurant un couvre-feu pour les mineurs non accompagnés dans le centre-ville, jusqu’au 1er septembre, période coïncidant avec la Coupe du monde estivale.
L’originalité de la mesure réside dans le renvoi des mineurs concernés vers le Centre départemental de l’enfance (CDE), établissement relevant du conseil départemental. Ce lien a provoqué un vif débat politique autour de l’usage de la protection de l’enfance à des fins de sécurité publique.
Ce qui s’est passé
L’arrêté, qualifié de « vrai-faux couvre-feu » par plusieurs médias régionaux, impose aux mineurs non accompagnés de ne pas circuler sans adulte dans le centre-ville de Troyes entre certaines heures, selon des modalités non précisées dans le texte. Les forces de l’ordre peuvent interpeller les contrevenants et les conduire au CDE, qui serait sollicité pour les prendre en charge.
François Baroin n’a pas commenté publiquement le débat du conseil départemental. Son cabinet a indiqué que l’arrêté visait à « prévenir les troubles à l’ordre public pendant une période à risque ». Aucun bilan des interpellations n’a été communiqué à ce stade.
Les critiques au conseil départemental
Lors de la séance du 22 juin, plusieurs élus ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une instrumentalisation du CDE. Une déclaration rapportée par L’Est Éclair résume le sentiment : « Le Centre départemental de l’enfance, ce n’est pas un centre pour des enfants qui ont cassé des abribus. »
Les élus d’opposition ont pointé le manque de concertation préalable avec le département, qui gère le CDE. Selon une source proche du conseil, le président de l’assemblée a demandé un rapport juridique sur la légalité de cette orientation.
Réactions de la gauche et de la LDH
La section auboise des Jeunes socialistes a publié un communiqué le 24 juin qualifiant la décision d’« improvisée, incohérente et hors sol ». Le texte dénonce une mesure « inspirée d’une proposition du Rassemblement national » formulée en juin, sans préciser laquelle. De son côté, la Ligue des droits de l’homme (LDH) a comparé le dispositif à une « vieille revendication de l’extrême droite », estimant que le maire « met en œuvre ce que le RN réclame depuis des années ».
Ces critiques s’inscrivent dans un climat politique local déjà tendu, comme dans d’autres collectivités où l’opposition conteste des décisions municipales. À Angers, par exemple, l’opposition a dénoncé le vote d’une nouvelle indemnité pour le président de la SPL de restauration scolaire, jugée excessive. Plus près de Troyes, des mesures répressives rappellent aussi les demandes de fermeture de commerces à Marseille dans le cadre de l’opération Jumbo.
Contexte dans l’Aube
Le département de l’Aube compte environ 310 000 habitants, avec une concentration urbaine autour de Troyes (près de 60 000 habitants). Le secteur de la protection de l’enfance y est géré par le conseil départemental, qui finance et encadre plusieurs structures, dont le CDE de Troyes. En 2025, le budget alloué à l’enfance et à la famille représentait 14 % des dépenses du département. Le sujet du contrôle des mineurs non accompagnés est récurrent dans la ville, mais l’arrêté du 18 juin marque une première par son lien direct avec le CDE.
Le président du conseil départemental de l’Aube, Philippe Pichery (LR), n’a pas pris position publiquement. Un porte-parole a indiqué que « le département examine les modalités pratiques de la mise en œuvre » et qu’« une réunion de travail avec la mairie est prévue dans les prochains jours ».
Prochaine étape
La commission permanente du conseil départemental doit se pencher le 6 juillet sur un éventuel avis juridique concernant l’usage du CDE. En parallèle, la LDH a annoncé son intention de saisir la préfecture de l’Aube pour vérifier la conformité de l’arrêté au droit des mineurs. Le débat est loin d’être clos.