Trump envisage une grâce pour les fondateurs du wallet Bitcoin Samourai

Le président américain ouvre la porte à une clémence présidentielle pour les développeurs du portefeuille crypto axé sur la confidentialité, actuellement poursuivis par la justice

Trump envisage une grâce pour les fondateurs du wallet Bitcoin Samourai
Interface de portefeuille Bitcoin Samourai sur smartphone avec symboles de confidentialité Alexandre Mercier / INFO.FR

Dans un contexte où Donald Trump multiplie les déclarations sur des dossiers sensibles, le président américain a affirmé lundi 15 décembre qu'il envisagerait une grâce présidentielle pour les dirigeants de Samourai Wallet, un portefeuille Bitcoin axé sur la confidentialité. Cette annonce intervient alors que les fondateurs du service font face à des poursuites judiciaires aux États-Unis pour blanchiment d'argent et exploitation d'une entreprise de transmission monétaire non autorisée.

L'essentiel

  • Donald Trump a déclaré lundi 15 décembre 2025 qu'il envisagerait une grâce présidentielle pour les fondateurs de Samourai Wallet, poursuivis pour blanchiment de plus de 2 milliards de dollars
  • Les développeurs Keonne Rodriguez et William Lonergan Hill ont été arrêtés en avril 2024 pour exploitation d'un service de transmission monétaire non autorisé
  • Cette position s'inscrit dans le virage pro-crypto de Trump, qui a promis durant sa campagne de faire des États-Unis la capitale mondiale du Bitcoin
  • L'affaire cristallise le débat entre droit à la vie privée financière et lutte contre le blanchiment d'argent dans l'écosystème des cryptomonnaies
  • Une grâce présidentielle créerait un précédent majeur et pourrait influencer les poursuites contre d'autres services similaires comme Tornado Cash

Lundi 15 décembre 2025, depuis le Bureau ovale où il multipliait les déclarations sur des dossiers internationaux allant de l’Ukraine à Hongkong, Donald Trump a glissé une annonce qui a fait réagir la communauté crypto mondiale. Le président américain a indiqué qu’il envisagerait d’accorder une grâce présidentielle aux fondateurs de Samourai Wallet, un portefeuille Bitcoin controversé spécialisé dans la protection de la vie privée des transactions en cryptomonnaies. Cette déclaration s’inscrit dans une journée particulièrement active pour le président, qui a également évoqué la libération du magnat hongkongais Jimmy Lai et les négociations sur la guerre en Ukraine.

Un wallet crypto dans le viseur de la justice américaine

Samourai Wallet, développé pour offrir un niveau élevé d’anonymat aux utilisateurs de Bitcoin, est au cœur d’une bataille judiciaire depuis plusieurs mois. Les autorités américaines reprochent à ses fondateurs d’avoir facilité le blanchiment de plus de 2 milliards de dollars en cryptomonnaies. Le portefeuille utilise des techniques avancées comme le CoinJoin, qui mélange plusieurs transactions Bitcoin pour brouiller les pistes et rendre impossible le traçage des fonds.

Les développeurs de Samourai, Keonne Rodriguez et William Lonergan Hill, ont été arrêtés en avril 2024 dans le cadre d’une opération coordonnée entre le FBI et les autorités fiscales américaines. Selon l’acte d’accusation, ils auraient consciemment facilité des transactions illicites pour des utilisateurs impliqués dans le trafic de drogue, le ransomware et d’autres activités criminelles. Le service aurait généré plus de 4,5 millions de dollars de revenus depuis son lancement en 2015.

Une position pro-crypto qui se confirme

La déclaration de Trump sur Samourai Wallet s’inscrit dans une évolution notable de sa position sur les cryptomonnaies. Après avoir qualifié le Bitcoin d' »arnaque » lors de son premier mandat, le président a radicalement changé de cap durant sa campagne de 2024, promettant de faire des États-Unis « la capitale mondiale du Bitcoin ». Cette promesse lui a valu le soutien massif de l’industrie crypto, qui a contribué à hauteur de dizaines de millions de dollars à sa campagne.

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Trump a nommé plusieurs personnalités favorables aux cryptomonnaies à des postes clés. Son administration a également annoncé son intention de réviser les régulations jugées trop strictes par l’industrie, notamment celles mises en place par la SEC sous l’administration précédente. Une grâce présidentielle pour les fondateurs de Samourai serait cohérente avec cette orientation politique, bien qu’elle soulève des questions sur la lutte contre le blanchiment d’argent.

Le débat sur la vie privée financière relancé

L’affaire Samourai Wallet cristallise un débat fondamental dans l’écosystème crypto : jusqu’où peut aller le droit à la vie privée financière ? Les défenseurs du projet argumentent que la confidentialité est un droit fondamental et que les outils comme Samourai ne sont pas différents de l’argent liquide, qui permet également des transactions anonymes. Ils soulignent que la majorité des utilisateurs cherchent simplement à protéger leur vie privée face à la surveillance généralisée, pas à commettre des crimes.

« La technologie elle-même est neutre. C’est comme poursuivre les fabricants de voitures parce que certains criminels les utilisent pour s’enfuir », défendent les partisans de la confidentialité crypto dans les forums spécialisés.

À l’inverse, les autorités de régulation insistent sur le fait que ces outils facilitent objectivement le crime organisé. Les enquêteurs ont documenté l’utilisation de Samourai par des opérateurs de ransomware, des trafiquants de drogue du darknet et des fraudeurs fiscaux. Le département de la Justice soutient que les fondateurs n’ont pas seulement créé un outil, mais ont activement commercialisé ses capacités d’anonymisation auprès d’utilisateurs cherchant à échapper à la loi.

Une journée de déclarations tous azimuts

L’annonce sur Samourai intervient dans un contexte où Trump a multiplié les prises de position lundi 15 décembre. Selon Le Monde, le président a révélé avoir demandé à Xi Jinping la libération de Jimmy Lai, le magnat hongkongais des médias condamné pour sédition. Trump a également affirmé, comme le rapporte L’Opinion, que les négociations sur la guerre en Ukraine progressaient et qu’un accord était « plus proche que jamais ».

Cette multiplication de déclarations sur des sujets variés en une seule journée illustre le style de communication particulier du président, qui aime annoncer simultanément plusieurs initiatives pour maintenir l’attention médiatique. La mention de Samourai Wallet, glissée au milieu d’autres sujets géopolitiques majeurs, pourrait sembler anecdotique mais elle envoie un signal fort à l’industrie crypto américaine, qui pèse désormais plusieurs centaines de milliards de dollars.

Des implications juridiques et politiques complexes

Si Trump décidait effectivement d’accorder une grâce présidentielle aux fondateurs de Samourai, ce serait la première fois qu’un président américain utiliserait ce pouvoir pour des développeurs de technologies crypto poursuivis pour des infractions liées au blanchiment. Une telle décision créerait un précédent juridique majeur et pourrait compliquer les poursuites futures contre d’autres services similaires comme Tornado Cash, dont le développeur Alexey Pertsev est également poursuivi.

Les critiques, notamment au sein du Parti démocrate, y verraient probablement une complaisance envers la criminalité financière et un affaiblissement des outils de lutte contre le blanchiment. Les procureurs fédéraux qui ont passé des mois à construire le dossier contre Samourai pourraient également voir leur travail remis en question. À l’inverse, l’industrie crypto y verrait la confirmation que l’administration Trump est sérieuse dans sa volonté de créer un environnement favorable à l’innovation blockchain, même au prix de controverses.

La question reste ouverte de savoir si cette déclaration restera au stade de l’intention ou se concrétisera par une grâce effective. Le procès des fondateurs de Samourai n’est pas encore terminé, et traditionnellement, les grâces présidentielles interviennent après une condamnation. Trump pourrait-il accorder une grâce préventive, comme Gerald Ford l’avait fait pour Richard Nixon ? Cette possibilité, bien que constitutionnellement permise, soulèverait des questions politiques et juridiques majeures dans un dossier qui touche à la fois à l’innovation technologique et à la sécurité nationale.

Sources

  • Le Monde (16 décembre 2025)
  • L'Opinion (16 décembre 2025)
  • Anadolu Ajansı (16 décembre 2025)
Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.