Trump menace le Canada de nouveaux tarifs à cause de la fumée des feux de forêt
Le président américain accuse Ottawa de négligence dans la gestion forestière alors que la pollution affecte des millions d'Américains à deux jours de la finale du Mondial
Donald Trump a annoncé le 17 juillet qu'il envisageait d'imposer des droits de douane supplémentaires sur les importations canadiennes en représailles à la fumée des feux de forêt qui envahit le nord-est des États-Unis. Une escalade commerciale inédite entre les deux alliés, à l'heure où Detroit est devenue la ville la plus polluée au monde.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Donald Trump a menacé le 17 juillet d'imposer de nouveaux tarifs sur les importations canadiennes en raison de la fumée des feux de forêt affectant les États-Unis
- Detroit a été classée ville la plus polluée au monde le 17 juillet par IQAir, devant New York, Chicago et Washington touchées par des alertes à la qualité de l'air
- Près de 900 feux de forêt sont actifs au Canada, dont plus de 200 hors de contrôle, principalement dans le nord de l'Ontario
- Le Canada a investi 12 milliards de dollars depuis 2020 dans la prévention des incendies et la durabilité forestière selon la ministre Eleanor Olszewski
- La finale de la Coupe du monde entre l'Espagne et l'Argentine prévue dimanche dans le New Jersey pourrait être affectée par la pollution atmosphérique
Le président américain Donald Trump a déclenché une crise diplomatique inattendue avec le Canada le 17 juillet en menaçant d’imposer de nouveaux tarifs douaniers pour un motif inédit : la fumée des feux de forêt canadiens qui envahit le territoire américain. Une déclaration qui survient alors que des millions d’Américains subissent des niveaux de pollution atmosphérique dangereux et que la finale de la Coupe du monde de football doit se tenir dimanche 19 juillet dans le New Jersey.
« Négligence délibérée » : l’accusation de Trump
« Nous tenons le Canada responsable du fait qu’il ne maintient pas correctement ses forêts. C’est de la négligence délibérée », a déclaré Trump lors d’une intervention publique. Selon le président américain, les États-Unis sont « inutilement envahis par un air sale, pollué et malsain » en raison de la mauvaise gestion forestière de leur voisin du nord. « Le coût de cette pollution doit nécessairement être ajouté aux tarifs que le Canada paie actuellement », a-t-il ajouté, comme l’a rapporté le journaliste Acyn sur X.
Cette menace tarifaire intervient alors que le Canada fait face à près de 900 feux de forêt actifs, dont plus de 200 sont hors de contrôle, principalement dans le nord de l’Ontario, selon les autorités canadiennes. La fumée de ces incendies, poussée par les vents dominants, traverse la frontière et affecte une large bande du territoire américain, de la région des Grands Lacs jusqu’à la côte atlantique.
Des villes américaines asphyxiées
L’impact sur la qualité de l’air aux États-Unis est massif. Detroit a été classée ville la plus polluée au monde le 16 juillet par l’organisme de surveillance IQAir, dépassant temporairement les grandes mégapoles asiatiques habituellement en tête de ce classement. New York, Chicago et Washington ont émis des alertes à la qualité de l’air, recommandant aux populations vulnérables de limiter leurs activités extérieures.
Cette pollution intervient au pire moment pour l’organisation sportive américaine : la finale de la Coupe du monde de football est prévue dimanche 19 juillet au MetLife Stadium dans le New Jersey. Les deux équipes ont déjà dû adapter leurs entraînements en raison des conditions météorologiques, et la question de la qualité de l’air s’ajoute désormais aux préoccupations organisationnelles. Les images d’un ciel orangé et brumeux au-dessus de New York ont circulé sur les réseaux sociaux, rappelant l’épisode de juin 2023 où une fumée similaire avait paralysé la mégapole.
Ottawa rejette les accusations et défend son bilan
La réaction canadienne n’a pas tardé. Le Premier ministre Mark Carney a rappelé que le changement climatique était une responsabilité mondiale et a critiqué la réduction des efforts américains en matière environnementale sous l’administration Trump. « Les feux de forêt sont une conséquence directe du réchauffement climatique, et nous devons tous en assumer la responsabilité collective plutôt que de chercher des boucs émissaires », a déclaré Carney selon le Journal de Montréal.
La ministre canadienne de la Gestion des situations d’urgence, Eleanor Olszewski, a défendu le bilan d’Ottawa en matière de gestion forestière. Elle a souligné que le Canada a investi 12 milliards de dollars depuis 2020 dans la durabilité forestière et la prévention des incendies, selon les médias canadiens. « Nos pratiques forestières sont parmi les plus rigoureuses au monde. Accuser le Canada de négligence délibérée relève de la pure désinformation », a-t-elle ajouté.
Une escalade commerciale aux contours flous
Trump a indiqué qu’il appellerait Mark Carney pour discuter de la situation, mais n’a pas précisé le montant des tarifs envisagés ni leur calendrier d’application. Cette menace s’ajoute aux droits de douane existants entre les deux pays, qui ont déjà fait l’objet de tensions commerciales récurrentes depuis le retour de Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025.
La base juridique de ces nouveaux tarifs reste floue. La Cour suprême des États-Unis avait invalidé en février certaines tentatives précédentes de Trump d’imposer des droits de douane basés sur des déclarations d’urgence nationale, selon Les Affaires. Les experts juridiques s’interrogent sur la capacité du président à invoquer la pollution atmosphérique comme motif de mesures commerciales coercitives.
Des élus républicains de plusieurs États frontaliers, notamment du Michigan et du Montana, avaient déjà critiqué la gestion canadienne des feux de forêt ces dernières semaines. Le sénateur Tim Sheehy du Montana avait laissé entendre que le Canada bloquait l’aide américaine en matière de lutte contre les incendies, une accusation démentie par Ottawa.
Contexte aux États-Unis : une relation commerciale vitale sous tension
Le Canada est le premier partenaire commercial des États-Unis, avec des échanges bilatéraux dépassant 900 milliards de dollars en 2025. Les deux économies sont profondément intégrées, notamment dans les secteurs automobile, énergétique et agricole. Toute imposition de tarifs supplémentaires aurait des répercussions immédiates sur les chaînes d’approvisionnement nord-américaines et pourrait entraîner des mesures de rétorsion d’Ottawa.
Cette menace tarifaire intervient dans un contexte où l’administration Trump a multiplié les frictions commerciales avec ses alliés traditionnels. L’Europe fait face à ses propres tensions avec Washington sur plusieurs dossiers stratégiques. La décision de lier des considérations environnementales à des mesures commerciales punitives constitue néanmoins une première dans les relations canado-américaines contemporaines.
Les saisons de feux de forêt se sont intensifiées en Amérique du Nord au cours de la dernière décennie, une tendance que les scientifiques attribuent au changement climatique. Le Canada a connu des saisons record en 2023 et 2024, avec des superficies brûlées atteignant des niveaux sans précédent. Les États-Unis sont eux-mêmes régulièrement touchés par des incendies dévastateurs, notamment en Californie et dans l’Ouest américain, dont la fumée traverse fréquemment la frontière canadienne.
Réactions internationales et prochaines étapes
La communauté internationale observe avec attention cette escalade inhabituelle. Des experts en commerce international s’interrogent sur la conformité de telles mesures avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce, qui encadrent strictement les motifs justifiant l’imposition de barrières tarifaires.
Du côté canadien, les provinces les plus touchées par les incendies, notamment l’Ontario et le Québec, ont appelé à la retenue et souligné la coopération transfrontalière existante en matière de lutte contre les feux. Des équipes américaines de pompiers forestiers interviennent régulièrement au Canada, tout comme des équipes canadiennes sont déployées aux États-Unis lors des saisons d’incendies de l’Ouest américain.
L’annonce de Trump intervient également à quelques mois des élections de mi-mandat américaines, où la question environnementale et les relations avec le Canada pourraient devenir des thèmes de campagne dans les États frontaliers affectés par la pollution. Les démocrates ont déjà dénoncé une instrumentalisation politique d’un problème environnemental complexe.
La conversation téléphonique annoncée entre Trump et Carney devrait avoir lieu dans les prochains jours. Ottawa a laissé entendre qu’en cas de mise en œuvre effective de nouveaux tarifs, le Canada envisagerait des mesures de rétorsion ciblées, sans préciser lesquelles. La finale de la Coupe du monde du dimanche 19 juillet constituera un test symbolique : si la qualité de l’air reste dégradée, les images diffusées mondialement pourraient amplifier la pression sur les deux gouvernements pour trouver une issue à cette crise inattendue.
