Trump menace l’Espagne d’embargo commercial avant de se radoucir
Le président américain a ordonné l'arrêt du commerce avec Madrid lors du sommet de l'OTAN à Ankara, avant de qualifier l'Espagne de partenaire « très généreux » deux jours plus tard.
Donald Trump a créé la surprise le 8 juillet au sommet de l'OTAN à Ankara en ordonnant la suspension du commerce avec l'Espagne, seul pays refusant de porter ses dépenses de défense à 5 % du PIB. Après une intervention française et européenne, le ton s'est rapidement apaisé.
L’essentiel
- 8 juillet 2026 : Donald Trump ordonne l’arrêt du commerce avec l’Espagne lors du sommet de l’OTAN à Ankara.
- 5 % du PIB : L’Espagne est le seul membre de l’OTAN à ne pas s’engager sur cet objectif de dépenses de défense d’ici 2035.
- 9 juillet : Trump qualifie l’Espagne de partenaire « très généreux », Pedro Sánchez parle d’échange « très cordial ».
- Solidarité européenne : Emmanuel Macron et l’UE rappellent que les négociations commerciales se mènent au niveau du bloc, pas bilatéralement.
Une sortie brutale au sommet d’Ankara
Le 8 juillet, en marge du sommet de l’OTAN organisé à Ankara, Donald Trump a pris de court ses alliés en ordonnant publiquement à son secrétaire au Trésor d’interrompre tout commerce avec l’Espagne. Selon Reuters, le président américain a justifié cette décision par le refus de Madrid de s’aligner sur l’objectif fixé aux membres de l’Alliance : consacrer 5 % du PIB à la défense d’ici 2035. L’Espagne est le seul pays de l’OTAN à ne pas avoir pris cet engagement, comme l’a rapporté Newsweek.
Trump a qualifié l’Espagne de « partenaire épouvantable » et de « cause perdue », selon Time. Au-delà des chiffres budgétaires, Washington reproche également à Madrid son opposition à l’usage de ses bases militaires et de son espace aérien pour des opérations contre l’Iran. Cette posture espagnole, qui tranche avec celle d’autres alliés européens, irrite l’administration américaine depuis plusieurs mois.
Réactions européennes et françaises
La menace d’embargo a immédiatement suscité une vague de solidarité au sein de l’Union européenne. Selon le Times of Israel, Bruxelles a rappelé que les négociations commerciales relèvent de la compétence exclusive de l’UE et se mènent en bloc, pas pays par pays. L’Union a réaffirmé qu’elle protégerait ses États membres face à toute mesure unilatérale américaine.
Emmanuel Macron, présent au sommet, a affiché son soutien à l’Espagne. Selon TRT Français, le président français a insisté sur la nécessité de maintenir l’unité au sein de l’OTAN malgré les divergences sur les dépenses militaires. Paris, qui consacre actuellement environ 2,1 % de son PIB à la défense, s’est engagé à porter cet effort à 3 % d’ici 2030, mais n’a pas encore accepté la barre des 5 % pour 2035.
Un revirement rapide de Washington
Moins de 24 heures après sa sortie fracassante, Donald Trump a changé de ton. À bord d’Air Force One le 9 juillet, il a qualifié l’Espagne de partenaire « très généreux », selon XTB. Ce revirement intervient après un échange téléphonique avec le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, qui a lui-même décrit une conversation « très cordiale » centrée, selon BusinessWorld Online, sur des sujets moins conflictuels comme le golf et la Coupe du monde.
Sánchez a minimisé l’épisode en affirmant que les relations entre Madrid et Washington demeuraient « très positives ». Côté espagnol, on souligne que Trump a tendance à utiliser des déclarations-chocs pour obtenir des concessions, avant de les atténuer une fois l’attention médiatique retombée. Cette tactique a déjà été observée lors de négociations commerciales avec le Mexique ou le Canada durant son premier mandat.
L’Espagne isolée sur la défense
Le budget de défense espagnol reste un point sensible. Madrid consacre actuellement environ 1,3 % de son PIB à ses forces armées, loin de l’objectif de 2 % fixé depuis 2014 et encore plus éloigné de la nouvelle barre des 5 % réclamée par Trump. Le gouvernement de coalition mené par Sánchez, qui repose sur le soutien de partis de gauche et régionalistes, refuse d’augmenter massivement les dépenses militaires, préférant privilégier les investissements sociaux et les infrastructures.
Cette position trouve un écho dans l’opinion publique espagnole, traditionnellement méfiante vis-à-vis de l’OTAN. L’Espagne n’a rejoint l’Alliance qu’en 1982 et conserve une approche prudente en matière d’engagement militaire à l’étranger. Le refus de prêter ses bases pour des frappes contre l’Iran s’inscrit dans cette logique de neutralité relative, qui distingue Madrid de Londres, Paris ou Berlin.
Contexte dans l’Union européenne
L’épisode survient alors que l’OTAN traverse une phase de redéfinition de ses priorités budgétaires. Lors du sommet d’Ankara, Trump a réitéré sa demande que tous les membres portent leurs dépenses à 5 % du PIB d’ici 2035, soit plus du double de l’objectif actuel. Cette exigence divise profondément les Européens : si la Pologne et les États baltes y sont favorables, la France, l’Allemagne et l’Espagne y voient une charge financière insoutenable en période de consolidation budgétaire.
L’UE, qui représente un marché de 450 millions de consommateurs et constitue le premier partenaire commercial des États-Unis, dispose d’un levier de négociation important. Bruxelles a déjà menacé de riposter par des droits de douane sur les produits américains en cas d’embargo unilatéral. Cette capacité de représailles explique en partie le revirement rapide de Trump, qui sait qu’une guerre commerciale avec l’Europe affecterait les entreprises américaines.
Prochaines étapes diplomatiques
Les chancelleries européennes suivent de près l’évolution du dossier. Un sommet UE-États-Unis est prévu en septembre à Bruxelles, où la question des dépenses de défense sera au cœur des discussions. Madrid espère profiter de ce rendez-vous pour clarifier sa position et éviter de nouvelles tensions bilatérales avec Washington.
Côté espagnol, le gouvernement Sánchez prépare un livre blanc sur la défense qui doit être publié à l’automne. Ce document devrait préciser les ambitions militaires de l’Espagne à l’horizon 2035, sans pour autant s’engager sur l’objectif des 5 %. La pression américaine risque de se maintenir, mais l’appui européen offre à Madrid une marge de manœuvre pour résister aux exigences de Trump.