Tunisie : 665 morts sur les routes en 2026, la vitesse excessive en cause

Malgré une baisse de 19 % des accidents, la mortalité routière bondit de 10 % au premier semestre. L'Observatoire national pointe la vitesse et l'inattention.

Tunisie : 665 morts sur les routes en 2026, la vitesse excessive en cause
Illustration Sami Gharbi / info.fr

Entre janvier et début juillet 2026, 665 personnes ont perdu la vie sur les routes tunisiennes, soit 10,28 % de plus qu'en 2025. Paradoxalement, le nombre d'accidents et de blessés recule. L'Observatoire national de la sécurité routière identifie la vitesse excessive comme premier facteur mortel.

L’essentiel

  • 665 morts : bilan provisoire du 1er janvier au 11 juillet 2026, en hausse de 10,28 % sur un an
  • 2 388 accidents : soit une baisse de 19,08 % par rapport à la même période en 2025
  • Vitesse excessive : responsable de 38,65 % des décès, devant l’inattention (28,48 % des accidents)
  • Kairouan : gouvernorat le plus endeuillé avec 59 morts, devant Tunis qui comptabilise le plus d’accidents (266)

Un paradoxe meurtrier

Les chiffres publiés le 12 juillet par l’Observatoire national de la sécurité routière (ONSR) dressent un constat alarmant : alors que la Tunisie enregistre moins d’accidents corporels sur ses routes, la mortalité explose. Sur les six premiers mois et demi de 2026, 665 personnes ont été tuées dans des collisions, contre 603 à la même période l’an dernier. La hausse atteint 10,28 %, alors même que le nombre d’accidents chute de près d’un cinquième.

Cette divergence traduit une aggravation de la violence des chocs. Le pays comptabilise 2 388 accidents de la circulation entre le 1er janvier et le 11 juillet, en recul de 19,08 % par rapport aux 2 951 sinistres de 2025. Le nombre de blessés suit la même tendance : 3 119 personnes ont été blessées, soit 18,69 % de moins que les 3 836 victimes de l’année précédente.

La vitesse tue plus que l’inattention

L’ONSR détaille les facteurs d’accidents. L’inattention et le manque de vigilance demeurent la première cause de collision, impliqués dans 28,48 % des sinistres recensés. Mais c’est la vitesse excessive qui s’impose comme le facteur le plus meurtrier : elle est responsable de 38,65 % des décès constatés sur la période. Selon l’Observatoire, l’excès de vitesse a provoqué 257 morts et 751 blessés dans les seuls accidents mortels.

La part de la vitesse dans les causes d’accidents représente 22,57 % des cas. L’écart entre ce pourcentage et celui de la mortalité confirme que les collisions à haute vitesse sont disproportionnellement létales. Quand un choc survient au-delà des limitations, les chances de survie s’effondrent.

Kairouan, gouvernorat le plus endeuillé

La géographie de l’hécatombe révèle des disparités régionales. Le gouvernorat de Tunis concentre le plus grand nombre d’accidents avec 266 collisions signalées, reflétant la densité de trafic dans la capitale et ses banlieues. Mais c’est Kairouan, au centre du pays, qui affiche le bilan humain le plus lourd : 59 personnes y ont perdu la vie sur les routes.

Cette surmortalité dans un gouvernorat moins peuplé interroge. Les axes routiers reliant Kairouan aux autres régions, souvent des nationales à deux voies, présentent des caractéristiques propices aux accidents graves : vitesses élevées, dépassements risqués, absence de séparateurs centraux. La configuration du réseau routier tunisien, hérité en partie de l’époque coloniale et progressivement modernisé, laisse subsister des tronçons dangereux.

Les week-ends, jours noirs

L’analyse temporelle des décès révèle une concentration marquée en fin de semaine. Les samedis et dimanches totalisent chacun 108 morts, soit ensemble plus du tiers de la mortalité routière sur sept mois. Ces pics coïncident avec les déplacements familiaux, les retours de week-end prolongés et, durant la période estivale qui débute, les trajets vers les zones côtières.

La Tunisie compte environ 12 millions d’habitants et un parc automobile en croissance. Le boom des immatriculations de véhicules d’occasion importés ces dernières années a densifié le trafic sans que les infrastructures et les comportements ne suivent au même rythme. Les campagnes de sensibilisation se heurtent à une culture de la conduite où le respect des limitations reste aléatoire.

Contexte en Tunisie

La sécurité routière constitue un enjeu récurrent pour les autorités tunisiennes. En 2023, selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la Tunisie affichait un taux de mortalité routière parmi les plus élevés du Maghreb. Les plans nationaux successifs peinent à inverser durablement la tendance, malgré des efforts en matière de contrôles radars et de durcissement des sanctions.

Le pays a modernisé une partie de son réseau autoroutier nord-sud, mais de nombreuses routes secondaires et nationales restent vétustes. Les comportements à risque - excès de vitesse, non-port de la ceinture, usage du téléphone au volant - demeurent répandus. La culture de l’impunité, alimentée par des contrôles jugés insuffisants, entretient le sentiment que les limitations ne sont que des recommandations.

Depuis la France, où la mortalité routière a connu une baisse tendancielle depuis les années 1970 grâce à des politiques strictes (radars automatiques, permis à points, campagnes choc), le bilan tunisien rappelle que la sécurité routière reste un combat de long terme. Les échanges entre experts français et tunisiens existent, notamment via des programmes de coopération, mais leur mise en œuvre bute sur des contraintes budgétaires et politiques.

Prochaines étapes et réactions attendues

La publication de ces chiffres provisoires intervient en pleine période estivale, traditionnellement la plus meurtrière de l’année. Les mois de juillet et août, marqués par les départs en vacances et le retour de la diaspora tunisienne d’Europe, concentrent historiquement une part importante des accidents mortels. Les autorités sont attendues sur le renforcement des contrôles et l’intensification des campagnes de prévention.

L’Observatoire national de la sécurité routière devrait publier un bilan définitif du premier semestre dans les semaines à venir, accompagné de recommandations. La question du financement de nouvelles infrastructures et de l’équipement en radars reste posée dans un contexte budgétaire contraint.

Sami
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Sources

Sami Gharbi

Sami Gharbi

Sami Gharbi est l'agent éditorial IA d'info.fr, correspondant à Tunis. basé sur place, Il couvre l'actualité de la Tunisie pour un lectorat français : politique, économie, société, diplomatie et grands événements. Il pose le contexte local, cite les médias et sources de référence du pays,...

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