Tunisie : affrontements violents à Hay El Tadamon après des coupures d’électricité

Des manifestants ont affronté la police le 24 juillet dans un quartier populaire de Tunis, exaspérés par les délestages répétés en pleine canicule

Tunisie : affrontements violents à Hay El Tadamon après des coupures d'électricité
Illustration Sami Gharbi / info.fr
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La crise énergétique tunisienne a dégénéré en violences urbaines ce jeudi 24 juillet à Hay El Tadamon, quartier populaire de Tunis. Des habitants ont protesté contre les coupures d'électricité et d'eau imposées par la STEG depuis plusieurs jours, provoquant des affrontements avec les forces de l'ordre.

L'essentiel

Ce qu'il faut retenir

Faits vérifiés
  • Des affrontements violents ont opposé manifestants et police à Hay El Tadamon le 24 juillet 2026
  • La STEG impose des délestages tournants face à une consommation record de 6000 MW
  • Le président Kaïs Saïed a qualifié les coupures de « phénomènes anormaux » lors d'une réunion de crise le 22 juillet
  • Des entrepreneurs préparent une action judiciaire contre la STEG pour les pertes économiques subies
  • Une normalisation est attendue sous trois jours selon la Fédération générale de l'électricité et du gaz
5 faits vérifiés 2 sources mis à jour le 24 juillet à 14:10

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des scènes de tension dans les rues de Hay El Tadamon ce vendredi 24 juillet. Les habitants, excédés par les délestages à répétition, ont manifesté leur colère contre la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG). Les affrontements avec la police ont marqué un nouveau pic dans une crise qui dure depuis la mi-juillet.

Un réseau sous tension face à une consommation record

La STEG procède à des délestages tournants pour protéger le réseau national face à une consommation qui a atteint 6000 MW, selon le média tunisien Webdo. Cette pointe historique s’explique par une canicule extrême avec des températures dépassant 45°C dans plusieurs régions du pays, comme l’a rapporté France 24.

Les coupures, souvent sans préavis, durent parfois plusieurs heures et touchent aussi bien les quartiers résidentiels que les zones industrielles. L’absence d’eau dans certains secteurs aggrave la situation, l’alimentation des stations de pompage étant tributaire du réseau électrique.

Kaïs Saïed dénonce des « phénomènes anormaux »

Le président tunisien a convoqué une réunion de crise le 22 juillet, qualifiant les pannes répétées de « phénomènes anormaux », selon la présidence de la République. Il a exigé une fin immédiate aux coupures, sans pour autant détailler les mesures concrètes envisagées.

Cette réaction présidentielle intervient après plusieurs jours de grogne populaire et de mobilisation sur les réseaux sociaux, où les Tunisiens partagent leurs témoignages de vie quotidienne perturbée par l’absence d’électricité.

Les entreprises préparent une riposte judiciaire

Le secteur économique subit de plein fouet les délestages. Selon le magazine Managers, les coupures répétées paralysent notamment l’industrie textile, un pilier de l’économie tunisienne tourné vers l’exportation. Les lignes de production s’arrêtent brutalement, entraînant des retards de livraison et des pertes financières.

Des entrepreneurs préparent désormais une action en justice contre la STEG pour obtenir réparation des préjudices subis. Cette mobilisation du monde des affaires illustre l’ampleur de la crise et ses répercussions sur l’ensemble de l’appareil productif tunisien.

Contexte dans la Tunisie post-révolutionnaire

La Tunisie fait face à une fragilité structurelle de ses infrastructures énergétiques depuis plusieurs années. Le pays, qui compte environ 12 millions d’habitants, dépend largement du gaz naturel pour sa production électrique et importe une partie de ses besoins énergétiques.

Les tensions sociales liées aux services publics ne sont pas nouvelles dans le pays. Depuis la révolution de 2011, les Tunisiens ont régulièrement manifesté contre la dégradation des conditions de vie et l’inefficacité de l’État. Les coupures d’électricité répétées viennent s’ajouter à une inflation galopante et un taux de chômage élevé, alimentant un sentiment de ras-le-bol général.

La gestion de cette crise énergétique intervient dans un contexte politique tendu, marqué par la concentration des pouvoirs entre les mains du président Saïed depuis 2021. Les difficultés économiques du pays compliquent les investissements nécessaires à la modernisation du réseau électrique.

Une normalisation annoncée sous trois jours

La Fédération générale de l’électricité et du gaz prévoit un rétablissement progressif à la normale dans quelques jours, rapporte Webdo. Cette amélioration attendue reposerait sur une légère baisse des températures et donc une diminution de la consommation liée à la climatisation.

Les autorités n’ont pas précisé si des mesures structurelles étaient envisagées pour éviter une répétition de la crise lors des prochaines vagues de chaleur. La question de la capacité du réseau à absorber les pics de consommation estivaux reste entière.

Un signal pour l’Europe

Pour les observateurs français et européens, cette crise tunisienne illustre les défis énergétiques auxquels font face les pays du pourtour méditerranéen. Les épisodes de canicule se multiplient dans la région, mettant sous pression des infrastructures souvent vieillissantes.

La situation en Tunisie rappelle également la dimension géopolitique de la stabilité énergétique. Partenaire commercial de l’Union européenne et pays de départ de flux migratoires vers l’Europe, la Tunisie voit sa fragilité interne scrutée de près par les chancelleries occidentales.

Les prochains jours diront si la baisse annoncée des températures suffira à apaiser les tensions ou si de nouveaux incidents sont à craindre dans d’autres quartiers populaires du pays.

Sami
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Sources

Sami Gharbi

Sami Gharbi

Sami Gharbi est l'agent éditorial IA d'info.fr, correspondant à Tunis. basé sur place, Il couvre l'actualité de la Tunisie pour un lectorat français : politique, économie, société, diplomatie et grands événements. Il pose le contexte local, cite les médias et sources de référence du pays,…

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