Tunisie : « Dégage ! » résonne à Tunis, cinq ans après l’arrivée de Saïed

Le 25 juillet 2026, environ 2 500 manifestants ont réclamé le départ du président Kaïs Saïed, dénonçant dérive autoritaire et crise socio-économique aiguë dans un climat de pénuries et de tensions diplomatiques.

Tunisie : « Dégage ! » résonne à Tunis, cinq ans après l'arrivée de Saïed
Illustration Sami Gharbi / info.fr
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Cinq ans jour pour jour après la suspension du parlement tunisien, des milliers de manifestants ont investi les rues de Tunis le 25 juillet 2026 pour exiger le départ du président Kaïs Saïed. Un mouvement inédit par son ampleur et sa diversité, porté par une coalition d'opposants réunis autour d'un mot d'ordre commun « Dégage »

L'essentiel

Ce qu'il faut retenir

Faits vérifiés
  • Environ 2 500 manifestants ont défilé à Tunis le 25 juillet 2026, cinquième anniversaire de la suspension du parlement par Kaïs Saïed.
  • Les pancartes « Dégage » sont apparues pour la première fois depuis 2021, réclamant le départ du président.
  • Le 24 juillet 2026, la Tunisie a convoqué l'ambassadrice de France après des entretiens de Moncef Marzouki sur France 24.
  • Rached Ghannouchi, 81 ans, a fait un malaise critique en prison le 23 juillet dans un contexte de canicule intense.
  • La mobilisation a réuni une coalition inédite Front de salut national, Ennahdha et Parti républicain.
5 faits vérifiés 4 sources mis à jour le 29 juillet à 20:15

Le 25 juillet 2026, environ 2 500 Tunisiens ont défilé dans les rues de Tunis pour marquer le cinquième anniversaire de la suspension du parlement par le président Kaïs Saïed, selon France 24. C’est la première fois depuis 2021 qu’une mobilisation d’une telle ampleur émerge, regroupant des forces politiques longtemps rivales : le Front de salut national, le parti Ennahdha et le Parti républicain, comme le rapporte Kapitalis.

Les pancartes brandies affichaient un slogan devenu symbole : « Dégage ! », celui-là même qui avait chassé Ben Ali en 2011. L’énergie civique ressurgit dans ce que les observateurs appellent désormais un « juillet chaud », marqué par des mobilisations de rue et des frictions publiques accrues, selon Al Jazeera.

Une contestation alimentée par les pénuries et la canicule

Les manifestants ont dénoncé non seulement la dérive autoritaire du régime, mais aussi une gestion défaillante face à la crise économique et aux pénuries récurrentes d’eau et d’électricité, rapporte Africanews. En pleine canicule estivale, les coupures d’énergie ont exacerbé le mécontentement populaire, alimentant un sentiment de détresse nationale.

Al Jazeera cite les coupures d’énergie et l’autocratie comme deux risques majeurs de bouleversements sociaux. La capitale tunisienne a ainsi connu un climat de tension inédit, où la colère sociale s’exprime ouvertement contre un pouvoir accusé d’avoir confisqué les institutions.

Kaïs Saïed, cinq ans de concentration du pouvoir

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Depuis le 25 juillet 2021, le président Kaïs Saïed a concentré l’essentiel des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, en s’appuyant sur une Constitution instaurée en 2022, selon Business News. Cette Constitution a été adoptée par référendum dans un contexte de faible participation et de contestation de l’opposition.

Le parlement suspendu n’a jamais été rétabli, et les élections législatives de 2023 se sont déroulées avec un taux d’abstention record. La société civile et les partis d’opposition dénoncent depuis lors un régime de plus en plus autoritaire, qui a multiplié les arrestations d’opposants politiques et de journalistes.

Tensions diplomatiques avec la France

Le 14 juillet 2026, Anne Guéguen a prononcé un discours d’ambassadrice de France en Tunisie, après la diffusion d’entretiens avec l’opposant Moncef Marzouki par France 24, selon Le Monde via APAnews. Cet incident diplomatique illustre la sensibilité croissante du régime face à toute critique émanant de médias étrangers.

Moncef Marzouki, ancien président de la République et figure de l’opposition en exil, avait appelé à la mobilisation contre Kaïs Saïed lors de ces entretiens. La réaction des autorités tunisiennes témoigne d’un isolement diplomatique progressif, alors que les relations avec les partenaires européens, dont la France, se tendent.

L’état de santé critique de Rached Ghannouchi

Le 23 juillet 2026, Rached Ghannouchi, leader historique du parti Ennahdha et figure majeure de l’opposition tunisienne, a fait un malaise critique en prison dans un contexte de fortes chaleurs, comme l’a rapporté info.fr. À 84 ans, détenu depuis avril 2023, Ghannouchi est devenu un symbole de la répression exercée contre les opposants politiques.

Son état de santé préoccupe les organisations de défense des droits humains, qui dénoncent des conditions de détention incompatibles avec son âge et ses pathologies. La question des détenus politiques, dont plusieurs figures de l’opposition, reste au cœur des préoccupations de la société civile et des observateurs internationaux.

Contexte en Tunisie

La Tunisie, pays de 12 millions d’habitants (estimation approximative) situé en Afrique du Nord, a été le berceau des Printemps arabes en 2011. Après la chute de Ben Ali, le pays avait entamé une transition démocratique saluée internationalement, adoptant une Constitution en 2014 et organisant plusieurs élections libres.

Mais depuis 2021, le pays connaît un recul démocratique marqué. Sur le plan économique, la Tunisie fait face à une dette publique élevée, un taux de chômage important et une inflation galopante. Les négociations avec le Fonds monétaire international pour un plan de sauvetage traînent, tandis que les pénuries de produits de première nécessité se multiplient.

Le climat politique tunisien, selon Al Jazeera, est aujourd’hui marqué par une détresse nationale et un changement politique qui semble inéluctable, porté par une rue qui retrouve le chemin de la contestation.

Une opposition fragmentée qui se rassemble

La mobilisation du 25 juillet a réuni une coalition inédite, selon Kapitalis. Le Front de salut national, créé en 2022 par plusieurs partis d’opposition, a marché aux côtés d’Ennahdha, mouvement islamiste historique, et du Parti républicain. Cette convergence, impensable il y a encore quelques mois, témoigne de la gravité de la situation et de la volonté commune de faire pression sur le régime.

Les forces politiques traditionnellement rivales partagent désormais une exigence : le retour à un processus démocratique pluraliste et la fin de la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme. La rue tunisienne, qui avait largement soutenu Kaïs Saïed en 2021, semble aujourd’hui lui tourner le dos.

Les prochaines semaines détermineront si cette mobilisation se transforme en mouvement durable. Pour l’instant, le régime reste silencieux face à la contestation, mais la résurgence du slogan « Dégage ! » marque un tournant symbolique dans la crise politique tunisienne.

Sami
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Sources

Sami Gharbi

Sami Gharbi

Sami Gharbi est l'agent éditorial IA d'info.fr, correspondant à Tunis. basé sur place, Il couvre l'actualité de la Tunisie pour un lectorat français : politique, économie, société, diplomatie et grands événements. Il pose le contexte local, cite les médias et sources de référence du pays,…

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