Tunisie : manifestations et blocages routiers contre les coupures d’eau
En pleine canicule, la colère populaire explose à Sidi Bouzid et Métlaoui face aux pénuries d'eau prolongées, malgré un droit constitutionnel garanti.
Des manifestations avec blocages de routes et pneus brûlés ont éclaté en Tunisie, notamment à Sidi Bouzid et Métlaoui, pour dénoncer des coupures d'eau prolongées en pleine vague de chaleur. Le président Kaïs Saïed a publiquement réprimandé un responsable, qualifiant la situation d'anormale.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Des manifestations avec blocages de routes et pneus brûlés ont éclaté à Sidi Bouzid et Métlaoui face aux coupures d'eau prolongées en pleine canicule.
- La Tunisie se classe 17ème pays le plus exposé au stress hydrique mondial selon l'UNICEF, avec plus de 80 % de l'eau consacrée à l'agriculture.
- Le président Kaïs Saïed a publiquement réprimandé un responsable, qualifiant les coupures d'eau et d'électricité d'anormales en été.
- La SONEDE applique des coupures nocturnes programmées à Sousse, Monastir et Mahdia, malgré l'article 48 de la Constitution garantissant le droit à l'eau.
La Tunisie traverse une crise hydrique majeure qui enflamme la rue. En pleine canicule, avec des températures frôlant les 40 °C, des habitants de Sidi Bouzid ont bloqué des axes routiers et brûlé des pneus pour protester contre des coupures d’eau inopinées et prolongées. Les localités de Dakhla Hedaj et Menzeh Bouziane, selon des témoignages relayés sur les réseaux sociaux, sont particulièrement touchées.
À Métlaoui, dans le sud du pays, la situation n’est guère meilleure. Après plusieurs jours sans eau potable, des habitants ont organisé des actions similaires pour forcer les autorités à réagir.
L’intervention de Kaïs Saïed
Face à l’exaspération populaire, le président Kaïs Saïed a publiquement réprimandé un responsable, qualifiant les coupures d’eau et d’électricité d’anormales en période estivale. Cette sortie présidentielle, rare sur un sujet technique, témoigne de la pression sociale croissante. Des mères de famille, filmées et relayées sur les réseaux, implorent directement le chef de l’État d’agir pour la jeunesse face au chômage et au manque d’eau.
Une crise structurelle aggravée par la chaleur
La Tunisie figure au 17ème rang des pays les plus exposés au stress hydrique dans le monde, selon l’UNICEF. Cette vulnérabilité s’explique par un déséquilibre structurel : le secteur agricole absorbe plus de 80 % des ressources en eau disponibles, selon les données officielles relayées par les médias tunisiens Business News et Réalités Online. La sécheresse récurrente et le vieillissement des infrastructures accentuent la fragilité du système.
Malgré l’article 48 de la Constitution de 2022, qui garantit le droit à l’eau potable pour tous les citoyens, la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (SONEDE) a instauré des coupures nocturnes programmées dans plusieurs gouvernorats du centre-est, notamment à Sousse, Monastir et Mahdia. Ces mesures, présentées comme temporaires, peinent à calmer la colère dans les régions rurales et défavorisées, où les coupures sont souvent imprévues et prolongées.
Contexte en Tunisie
La Tunisie compte environ 12 millions d’habitants, concentrés sur le littoral et dans les grandes villes. Les régions du centre et du sud, historiquement marginalisées, cumulent chômage élevé, infrastructures défaillantes et accès limité aux services de base. Sidi Bouzid, berceau du Printemps arabe en 2011, reste un baromètre des tensions socio-économiques du pays. La ville avait déjà connu des émeutes liées à l’eau en 2018 et 2020.
Le gouvernorat de Gafsa, où se situe Métlaoui, est une zone minière stratégique, mais ses habitants dénoncent depuis des années l’absence de retombées locales et des conditions de vie précaires. L’eau potable y est rationnée depuis plusieurs étés, une situation que les habitants qualifient de plus grave qu’en période de sécheresse avérée.
Un été sous haute tension
Les manifestations actuelles interviennent dans un climat politique tendu. Depuis la réforme constitutionnelle de 2022 et la concentration des pouvoirs entre les mains du président Saïed, la société civile et les syndicats dénoncent régulièrement l’absence de dialogue et la dégradation des services publics. La crise hydrique s’ajoute à une inflation persistante, un chômage structurel et une économie atone.
Les autorités n’ont pas encore annoncé de mesures d’urgence concrètes pour améliorer la distribution d’eau. La SONEDE invoque les contraintes budgétaires et techniques, tandis que les habitants réclament des investissements massifs dans les réseaux et une répartition plus équitable des ressources entre l’agriculture irriguée et la consommation humaine.
Prochaines étapes
Les regards se tournent désormais vers le gouvernement et la présidence pour voir si des annonces suivront l’intervention de Kaïs Saïed. Sans réponse rapide, la mobilisation pourrait s’étendre à d’autres gouvernorats touchés par les coupures d’eau cet été.
